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Philharmonique de Vienne : un dévouement total à la musique

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Par Katharina Rabillon

Les musiciens du légendaire Philharmonique de Vienne consacrent leur vie à la musique. Chaque année, ils interprètent plus de trois cents opéras et donnent cent concerts symphoniques en partageant leur art et leur passion avec les spectateurs du monde entier.

"Je crois qu'il faut que ce soit une vocation parce que ce métier est tellement prenant," fait remarquer Karin Bonelli, flûtiste au sein de l'orchestre viennois. "Aucune journée ne se ressemble, mais c'est ce qui rend cela tellement palpitant car la routine n'existe pas," renchérit sa collègue, la harpiste Anneleen Lenaerts.

Une grande complicité relie les deux musiciennes : "On se connaît très bien parce qu'on travaille beaucoup ensemble à Vienne et quand on voyage, on est comme une grande famille," indique Anneleen Lenaerts. "On est ensemble presque 24 h sur 24, du petit-déjeuner au dîner," s'amuse Karin Bonelli.

En tournée, les aspects logistiques sont parfois complexes comme nous l'explique la harpiste : "Évidemment, ma harpe doit voyager avec le fret et je la retrouve au maximum une heure avant le début du concert. Alors qu'une partie de mes collègues ont la possibilité de répéter et de s'échauffer dans leur chambre d'hôtel, nous, on ne peut pas ; cela nous complique les choses en tournée car c'est comme dans le sport, il faut s'entraîner tous les jours," souligne-t-elle.

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La harpiste Anneleen Lenaertseuronews

"Un métier tellement magnifique et varié"

"C'est par hasard que je me suis mise à la harpe," poursuit-elle. "J'ai commencé par le piano, puis je voulais jouer dans l'orchestre local et faire de la clarinette ou du hautbois pour pouvoir aller aux répétitions avec une petite valise," fait remarquer la musicienne. "Mais le chef d'orchestre voulait un harpiste et il pensait que ce devait être moi," raconte-t-elle.

Karin Bonelli nous confie être issue d'une famille de musiciens : "Mes parents sont quasiment tous flûtistes : c'est comme une malédiction familiale," lance-t-elle dans un sourire. "Mon oncle était flûtiste, mon frère est flûtiste, on a cela dans le sang," dit-elle.

La jeune femme apprécie son métier "tellement magnifique et varié". "On joue à l'opéra, on donne des concerts philharmoniques, on est en tournée, puis on participe au Festival de Salzbourg," énumère-t-elle. "Il y a des jours où l'on a une répétition le matin, une autre l'après-midi, un opéra le soir et entre-temps, on est nombreux à donner des cours," déclare-t-elle.

"Joue comme si ta vie en dépendait"

Nous accompagnons Karin Bonelli, tout juste rentrée de tournée, à un cours de préparation d'audition qu'elle donne à l'Université de musique et des arts de la scène de Vienne.

"Je fais de la préparation d'audition parce que c'est quelque chose qui me tient à cœur : l'audition, c'est la porte d'entrée de notre métier, d'une vie dans un orchestre," insiste-t-elle avant d'indiquer à son élève : "Joue comme si ta vie en dépendait !"

"C'est comme un champion d'athlétisme dans les starting-blocks qui n'a que quelques minutes pour donner le meilleur de lui-même," explique Karin Bonelli. "Chacun doit trouver son propre chemin," ajoute-t-elle. "En tant qu'enseignant, on ne peut jouer qu'un rôle de guide de montagne, les élèves doivent grimper tous seuls," estime-t-elle.

Après des années de travail acharné et de dévouement, Karin Bonelli est devenue la première instrumentiste à vent du Philharmonique de Vienne.

"Dès l'âge de quatre ans, devant le concert du Nouvel An à la télé," raconte la flûtiste du Philharmonique de Vienne, "je disais : "C'est là que je serai un jour, maman !" et elle répondait toujours : "Oui, on verra !" Puis, à l'âge de 23 ans, mon rêve est devenu réalité : c'était incroyable !" se souvient-elle avec émotion.

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La flûtiste Karin Bonellieuronews

Un riche héritage

L'héritage musical du Philharmonique de Vienne se transmet de génération en génération. Son riche patrimoine est documenté dans les archives historiques de l'orchestre.

Silvia Kargl est la gardienne de ce trésor qui comporte des milliers d'objets, lettres et photos uniques. Elle nous montre "une partition très précieuse de Ludwig van Beethoven :  un passage au piano extrait de son opéra "Fidelio". C'est une édition très rare, je crois qu'il n'en existe que cinq copies dans le monde," précise-t-elle. 

Puis elle nous présente un autre document de très grande valeur conservé dans ces archives : le décret de fondation du  Philharmonique de Vienne, rédigé en 1842 par Otto Nicolai.

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Le décret de fondation du Philharmonique de Vienne, rédigé en 1842 par Otto Nicolaieuronews

"Il n'est pas très impressionnant, on dirait une note," fait remarquer Silvia Kargl. "Mais en réalité, il énonce les principes les plus importants qui sont encore en vigueur aujourd'hui au sein du Philharmonique de Vienne : les musiciens élisent eux-mêmes leurs chefs d'orchestre selon un processus démocratique - ce qui pour l'époque, était une vraie nouveauté -," assure-t-elle avant d'ajouter : "Les musiciens organisent eux-mêmes leurs répétitions et leurs concerts et se partagent les recettes."

Autogestion

L'orchestre est encore aujourd'hui, dirigé de manière autonome. Il gère lui-même sa billetterie, ses programmes et ses tournées. 

"L'autogestion est notre valeur la plus importante parce que, quand on peut tous décider avec qui, quand, où et quelles œuvres on joue, c'est fabuleux," s'enthousiasme Daniel Froschauer, président du Philharmonique de Vienne et premier violon. "Bien sûr, quand vous êtes 148 membres, vous avez 300 opinions différentes : c'est un défi qui me plaît beaucoup," se réjouit-il.

La harpiste Annaleen Lenaerts renchérit : "Ce que j'apprécie également, c'est que tous les musiciens se sentent responsables de la qualité de l'orchestre et de ce que nous défendons."

"Les musiciens du Philharmonique respirent avec les chanteurs" selon Juan Diego Flórez

Les musiciens du Philharmonique de Vienne font également partie de l'orchestre de l'Opéra d'État de Vienne. Ils partagent leur temps entre la fosse et la scène de concert où ils apprécient de travailler avec les chanteurs comme avec le ténor de renommée mondiale Juan Diego Flórez qui en mars dernier, était à l'affiche de "L'Élixir d'amour" de Gaetano Donizetti à l'Opéra d'État de Vienne. Il nous confie admirer l'excellence de l'orchestre.

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Le ténor Juan Diego Flórezeuronews

"À l'Opéra d'État de Vienne, les musiciens doivent interpréter une grande diversité d'œuvres : donc ils doivent écouter et avoir cette sensibilité qui leur permet de suivre les chanteurs, d'être en harmonie avec eux, de respirer avec eux et ils savent parfaitement le faire," insiste-t-il. "En tant que chanteur, on a besoin de sentir que l'orchestre est là, avec nous ; le son qui nous porte nous atteint et on ressent les émotions qui émane de l'orchestre : c'est merveilleux !" se félicite-t-il.

Journaliste • Katharina Rabillon