EventsÉvènementsPodcasts
Loader
Suivez-nous
PUBLICITÉ

La soie, une affaire de cœur et de prestige à Lyon comme en Chine

La soie, une affaire de cœur et de prestige à Lyon comme en Chine
Tous droits réservés euronews
Tous droits réservés euronews
Par Yegor Shyshov & Paul Hackett
Publié le Mis à jour
Partager cet article
Partager cet articleClose Button
Copier/coller le lien embed de la vidéo de l'article :Copy to clipboardLien copié

Dans cet épisode, nous voyageons entre les villes de la soie de Suzhou, dans l'est de la Chine, et de Lyon, pour découvrir comment cette étoffe précieuse a façonné les cultures orientale et occidentale.

PUBLICITÉ

La soie a toujours été associée à la Chine, mais la ville chinoise de Suzhou, en particulier, est véritablement assimilée à cette étoffe. Surnommée la Venise de l'Orient, ses grands canaux et ses jardins rappellent encore aujourd'hui la prospérité que cette cité a acquise grâce à ses échanges commerciaux avec le reste du monde.

Le Kesi, un artisanat qui vaut de l'or

Le Kesi est un artisanat local des plus estimés. Cette méthode unique de tissage de la soie, avec sa technique spécifique de chaîne et de trame, est appréciée depuis des millénaires. Un proverbe dit que son prix vaut de l'or.

Maître du tissage de la soie, Ma Huijuan nous explique ce qui est le plus difficile dans le Kesi. "D'un point de vue technique, ce sont les couleurs de transition figurant dans le dessin en mosaïque," indique-t-elle. "Il y a beaucoup de couleurs combinées et plus il y en a, plus c'est long à réaliser," fait-elle remarquer. Ainsi, la réalisation d'une pièce peut lui prendre une année.

Ma Huijuan exerce l'un des artisanats les plus précieux de Suzhou, le Kesi, une méthode unique de tissage de la soie
Ma Huijuan exerce l'un des artisanats les plus précieux de Suzhou, le Kesi, une méthode unique de tissage de la soieEuronews

L'une des principales caractéristiques de la tapisserie Kesi est de faire passer le fil tout en coupant transversalement. Tout d'abord, le tisserand utilise des fils de soie naturelle pour créer une trame. Il y entrelace, ensuite, des fils colorés avant de les couper aux points de transition, ce qui laisse des marques en forme d'étoile.

"Dans le Kesi, les possibilités sont infinies : le nombre de fils et de couleurs que vous utilisez dépend de vous," affirme Ma Huijuan. "Tout dépend donc de l'expérience de chacun : c'est pour cela que les machines ne remplaceront jamais les maîtres artisans," lui fait remarquer notre reporter Igor Shyshov. "Le Kesi est fait à la main, petit à petit, à l'aide d'un outil en forme de peigne," précise-t-elle.

Le tisserand utilise des fils de soie naturelle pour créer une trame, puis il y entrelace des fils colorés avant de les couper aux points de transition
Le tisserand utilise des fils de soie naturelle pour créer une trame, puis il y entrelace des fils colorés avant de les couper aux points de transitionEuronews

L'éloge du temps

À bien des égards, le Kesi est un défi pour notre société moderne au rythme effréné. C'est un travail de passion qui porte rarement ses fruits à court terme, mais qui, au fil du temps, crée une valeur et un patrimoine exceptionnels.

"Il y a des raisons de procéder lentement : l'objectif est l'équilibre," indique Ma Huijuan. "Quand j'accueille un apprenti, la première chose que je lui demande, c'est s'il a l'esprit tranquille et on peut voir dans son travail s'il met du cœur à l'ouvrage," ajoute-t-elle.

"Le cadeau le plus précieux que les vers à soie nous offrent"

Aujourd'hui, Suzhou conserve son statut de pôle majeur de la soie. Sa réussite pérenne est notamment due au mûrier blanc. Cet arbre, nourriture très appréciée des vers à soie, prospère dans cette région de la Chine.

Nous rendons visite à Zhou Dan, éleveuse de vers à soie. Elle nous présente sa serre où ces extraordinaires créatures se nourrissent de feuilles de mûrier.

"La durée de vie totale d'un ver à soie est de 46 jours et comporte cinq stades," décrit-elle. "Dans les trois premiers jours du cinquième stade, il s'enroule dans un cocon blanc," poursuit-elle. "La soie la plus longue peut atteindre 1 800 mètres," indique l'éleveuse. "Le ver forme la soie en une seule fois et si vous trouvez le début du fil, vous pouvez l'extraire entièrement," renchérit-elle. "Le lac Taihu est le berceau de la soie ; en réalité, c'est le cadeau le plus précieux que les vers à soie nous offrent," estime-t-elle.

Zhou Dan, éleveuse de vers à soie, avec le journaliste Igor Shyshov
Zhou Dan, éleveuse de vers à soie, avec le journaliste Igor ShyshovEuronews

Lyon et la soie : des liens centenaires

En France, le goût pour les étoffes luxueuses a conduit Lyon à devenir l'un des plus grands pôles mondiaux du tissage de la soie.

L'histoire de cette étoffe et de cette ville s'entremêle ainsi, depuis plus de 500 ans. Son destin économique a probablement été scellé en 1540 lorsque le roi François Ier a décidé que toute la soie brute arrivant en France en provenance d'Italie et d'Asie devait d'abord faire étape à Lyon.

Les décrets ultérieurs de Louis XIV et de Napoléon, qui imposent de n'acheter que des produits en soie de Lyon, ont renforcé ce monopole.

Le célèbre métier à tisser Jacquard

Mais c'est sans doute le génie technique d'un autre homme qui a hissé la ville à un autre niveau. Il s'appelait Joseph Marie Jacquard, inventeur du célèbre métier à tisser Jacquard.

Dans le quartier lyonnais de la Croix-Rousse, la Maison des Canuts expose un exemplaire de cette célèbre machine. Son directeur de production Philibert Varenne nous accueille sur place, devant "un métier à tisser équipé d'une mécanique jacquard en superstructure".

PUBLICITÉ

Une machine révolutionnaire pour son époque. "Avant Jacquard, il fallait deux personnes pour tisser : le tisseur et un assistant ou une assistante sur le côté qui devait tirer sur des cordes pour faire lever les fils de chaîne," explique-t-il. "Cette opération de levage se fait ici avec la mécanique Jacquard et, même si c'est fatigant de tisser toute la journée en appuyant sur la pédale, ça l'est moins que d'avoir à tirer sur les cordes," fait-il remarquer.

Une partie du célèbre métier à tisser Jacquard exposé à la Maison des Canuts dans le quartier de la Croix Rousse à Lyon
Une partie du célèbre métier à tisser Jacquard exposé à la Maison des Canuts dans le quartier de la Croix Rousse à LyonEuronews

Alors que certains estiment que ce métier à tisser est l'ancêtre de l'ordinateur, Philibert Varenne confirme. "Je suis assez d'accord avec cette idée puisque la mécanique Jacquard est composée de deux éléments, la carte perforée qui est le programme du dessin, le système binaire, à savoir trou - pas trou, un - zéro, et la machine qui va lire cette carte perforée : ce qui va correspondre à un fil levé ou pas levé," décrit-il. 

Les révoltes des Canuts

Et il n'y aurait pas d'histoire française sans révolution : les révoltes des Canuts, les ouvriers tisserands lyonnais, ont également ouvert une ère de mouvements sociaux qui ont permis d'obtenir des droits plus équitables pour les ouvriers.

Mais la soie a également façonné Lyon d'autres manières. L'une des plus évidentes, c'est son architecture, en particulier les nombreux passages secrets à travers la ville, connus localement sous le nom de traboules, qui permettaient aux tisserands et marchands de transporter rapidement leurs marchandises.

PUBLICITÉ
Les traboules lyonnaises permettaient aux tisserands et marchands de transporter rapidement leurs marchandises
Les traboules lyonnaises permettaient aux tisserands et marchands de transporter rapidement leurs marchandisesEuronews

Des machines historiques irremplaçables

À son apogée, la soierie lyonnaise employait près de 30 000 personnes. Aujourd'hui, c'est un club beaucoup plus fermé. La Soierie Saint-Georges est l'un des derniers ateliers de tissage traditionnels de la ville.

Ludovic de la Calle et son fils Virgile s'y sont spécialisés dans les soies les plus raffinées. "Je travaille actuellement sur un velours ciselé au fer," nous montre le fondateur de la soierie. "C'est une technique très ancienne qui remonte au XVIᵉ siècle, une technique un peu particulière dans le sens où je mélange à la fois, les fils de soie et les fils d'or," précise-t-il.

Nous lui demandons pourquoi il utilise encore un métier à tisser authentique. "Il y a l'intérêt historique, bien évidemment, puisque ces machines ont plus de deux siècles, mais elles ne sont pas du tout dépassées au niveau des réalisations car, grâce à elles, on réalise justement ce que les machines modernes ne font pas ou ne font plus," souligne-t-il.

Ludovic de la Calle, fondateur de la Soierie Saint-Georges
Ludovic de la Calle, fondateur de la Soierie Saint-GeorgesEuronews

Un savoir-faire qui a de l'avenir

"Pour cet atelier, il y a un avenir qui est tout tracé," affirme Ludovic de la Calle. "On parle beaucoup des restaurations du Mobilier national, mais aujourd'hui, il y a aussi des demandes de privés qui souhaitent obtenir ces tissus qui ne peuvent être réalisés que de cette façon," fait-il remarquer.

PUBLICITÉ

Située à l'extrémité ouest de la route de la soie, la ville de Lyon est encore aujourd'hui considérée comme la capitale de cette étoffe et, même si ses métiers à tisser ne tissent plus comme autrefois, les pièces réalisées sur place n'ont rien perdu de leur prestige.

Partager cet article

À découvrir également

La Chine et l'Europe ont une culture maritime en commun

La Chine et les Açores ont un amour commun pour le thé

Des tissus d'Écosse et de Chine inspirés par les couleurs de la nature