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Le danger des munitions de guerre disséminées dans les eaux du nord de l'Europe

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Le danger des munitions de guerre disséminées dans les eaux du nord de l'Europe
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Par Denis Loctier  & Euronews
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Plus de 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Europe subit encore les conséquences de ce conflit dévastateur. Si les armes se sont tues, les munitions disséminées aux quatre coins du continent représentent encore une menace.

Cet épisode d'Ocean s'intéresse spécifiquement aux bombes larguées dans les eaux du nord de l'Europe ; selon les estimations, plus d'un million de tonnes de ces vieilles munitions se décomposent lentement dans la Baltique et la mer du Nord, mettant des vies en danger et contaminant l'eau avec des produits chimiques mortels.

Pour tenter de remédier à ce problème, des "chasseurs" scientifiques arpentent des kilomètres carrés de mer en utilisant des technologies innovantes pour repérer et nettoyer les fonds marins avant qu'une ancre ne vienne heurter ces engins potentiellement mortels.

Un nombre colossal de munitions en mer

Notre équipe a suivi Frank Ketelsen, chef des opérations de plongée de l'unité de déminage du Schleswig-Holstein à proximité du port militaire de Kiel.

En règle générale, les plongeurs essaient d'extraire les munitions pour les désamorcer correctement sur la terre ferme. Mais lorsque cela n'est pas possible, ces dernières peuvent être enclenchées directement au fond de la mer.

"Si nécessaire, nous mettons en place des rideaux de bulles d'air pour protéger les mammifères marins, puis nous faisons exploser les munitions" explique Frank Ketelsen.

"On estime que nous avons encore 1,6 million de tonnes de munitions datant des guerres mondiales déversées dans la mer du Nord et la mer Baltique, dont 300 000 tonnes dans la seule mer Baltique" indique Oliver Kinast, chef de l'unité de déminage du Schleswig-Holstein. "Ce chiffre ne tient pas compte des munitions perdues au cours des opérations de combat" précise-t-il.

À ces chiffres colossaux doivent s'ajouter 220 000 tonnes d'armes chimiques, pouvant être dévastatrices pour les écosystèmes d'après des estimations.

Des programmes financés par l'Union européenne tentent d'innover pour repérer plus facilement ces munitions. L'institut GEOMAR a développé un véhicule sous-marin autonome baptisé Luise, pouvant "prendre des photos du fond de la mer ainsi que des mesures avec un magnétomètre" expliqueNikolaj Diller, ingénieur logiciel.

Ce véhicule, développé dans le cadre du projet européen BASTA explore les fonds marins selon une trajectoire programmée, et transmet les données en temps réel. Les photos détaillées et les mesures magnétiques, ainsi que les résultats du balayage acoustique révèlent la forme exacte des objets suspects et la présence de métal dans leur composition.

"En combinant les images de la caméra et les signatures magnétiques, nous pouvons dans de nombreux cas avoir une bonne idée de ce que pourrait être l'objet" explique Marc Seidel, géophysicien.

Analyse chimique et traitement des données

Les munitions sont "dans des enveloppes métalliques soumises à la corrosion depuis 70 à 80 ans" indique Aaron Beck, chercheur en biogéochimie aquatique. "Nous arrivons à un point où tous les produits chimiques qui étaient à l'intérieur vont commencer à sortir" s'alarme-t-il.

Dans ce contexte, les scientifiques du projet ExPloTect ont mis au point un système d'échantillonnage doté de filtres spéciaux pour capturer les particules dissoutes de matières explosives dans l'eau de mer. Cette "nouvelle arme" mise au point par les scientifiques, permet d'accélérer considérablement la détection des munitions sous-marine.

"Nous sommes passés de deux à trois mois entre la collecte d'un échantillon et l'obtention des données à 15 minutes aujourd'hui, lorsque tout fonctionne" se réjouit Aaron Beck. Les données chimiques sont ainsi analysées à l'aide d'un spectromètre de masse compact qui indique la concentration de divers explosifs.

"En raison de la simplicité de la technologie, nous serons en mesure de l'adapter à différents types de structures. Cela nous permettra, par exemple, d'effectuer une surveillance environnementale permanente à long terme sur des champs connus de munitions non explosées. C'est très important également pour décider où commencer la dépollution en premier" indiqueOnno Bliss, directeur du développement commercial, de l'entreprise K.U.M. Umwelt- und Meerestechnik.

Mais comment traiter l'énorme quantité de données recueillies par les véhicules sous-marins ? L'intelligence artificielle pourrait aider, d'après Jann Wendt, fondateur et PDG d'Egeos.

Son entreprise a développé une plateforme logicielle qui rassemble les nouvelles données scientifiques et des documents historiques pertinents : les anciennes archives conservent des kilomètres de pages documentant les opérations militaires côtières. Les algorithmes recherchent des modèles de données pertinents, suggérant des zones susceptibles d'être contaminées par des munitions.

"L'automatisation nous aide vraiment" explique-t-il. "Aujourd'hui, c'est encore un processus assez manuel, mais petit à petit, nous devenons plus intelligents du point de vue de l'analyse des données, et du point de vue des véhicules sous-marins autonomes, ainsi que des capteurs autonomes. Et cela rend l'ensemble du processus moins coûteux."

Économie bleue, tourisme, éolien

Ces risques de détonations et de pollution entravent le développement de nombreux secteurs de l'économie bleue - notamment l'énergie offshore, la navigation, l'aquaculture et le tourisme. "Plus nous développons les ressources offshore, plus nous rencontrons ces munitions, et plus elles doivent être nettoyées. À l'heure actuelle, l'installation de parcs éoliens, la pose de câbles incitent à nettoyer les fonds marin" constate Aaron Beck.

Déblayer les fonds marins est une tâche au large potentiel économique ; des entreprises privées développent déjà des projets à grande échelle pour la récupération et l'élimination de ces munitions sous-marines. Les financements européens permettent d'assurer la continuité de cette mission, pour espérer arrêter cette bombe à retardement à temps.