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Les océans, un bien commun à connaître pour mieux le protéger

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Les océans, un bien commun à connaître pour mieux le protéger
Tous droits réservés  Thierry Winn/Euronews
Par Denis Loctier

Des millions d'amateurs de mer, de soleil et de plage visitent Malte chaque année. Mais ce jour-là, une petite troupe de pratiquants de snorkeling n'est pas là que pour le plaisir. Ils s'apprêtent à participer à une balade gratuite accompagnée de deux guides de l'Aquarium national de Malte pour acquérir quelques notions sur la vie marine et son importance pour nous tous à l'occasion du Med Coast Day, une journée dédiée à la protection de la mer Méditerranée.

"J'aime beaucoup cette zone personnellement," précise Thais Amaral, responsable pédagogique à l'Aquarium, qui guide le groupe. "On y trouve quelques herbiers de Posidonia oceanica : c'est le nom scientifique d'une espèce que l'on appelle la posidonie, on les surnomme les "poumons de la Méditerranée" car elles produisent beaucoup d'oxygène," explique-t-elle avant d'ajouter : "Elles constituent un habitat pour de nombreuses espèces, mais elles protègent aussi de l'érosion."

"Quand vous voyez des déchets, ramassez-les !"

L'une des participantes nous confie son enthousiasme pour cette visite : "C'est la première fois que je fais une visite guidée de snorkeling, cela me permet d'en savoir plus sur ce que je regarde d'habitude sans connaître."

"C'est le meilleur moyen de sensibiliser," assure un jeune homme qui fait partie des visiteurs. "Les enfants, les gens de mon âge et les personnes plus âgées apprécient ; je trouve que c'est une activité qui convient à tous, c'est génial !" estime-t-il.

"On a aussi récupéré quelques déchets : des hameçons, des sacs en plastique [au cours de cette sortie]," fait remarquer Daniel de Castro, conservateur de l'Aquarium national de Malte. "Comme cela, on fait passer ce message au grand public : quand vous voyez des déchets autour de vous, ramassez-les," souligne-t-il.

Un déficit émotionnel à combler dans le grand public

De telles initiatives visent à résoudre un problème fondamental : le grand public ne semble pas assez connaître le milieu marin pour se soucier de le protéger. La plupart des gens éprouvent un certain détachement émotionnel à l'égard de cette question selon l'ambassadeur de l'océan pour Malte, Alan Deidun qui voit dans les campagnes de science citoyenne, l'un des moyens d'y remédier.

"L'Union européenne a une stratégie pour la croissance bleue qui consiste à générer plus d'activité économique à partir de la mer, mais on doit veiller à ce que cela soit fait de manière durable," déclare Alan Deidun. "L'un des moyens d'y parvenir, c'est de mieux faire connaître les océans auprès des citoyens et des décideurs politiques car vous seriez surpris de constater qu'en réalité, certains d'entre eux savent très peu de choses sur les océans," indique-t-il.

Coalition européenne

Mieux faire connaître les milieux marins, c'est l'objectif de la Coalition européenne pour l'Océan (EU4Ocean) soutenue pour l'Union européenne. L'initiative réunit des organisations, projets et individus qui innovent pour sensibiliser les citoyens, mènent des programmes dans l'éducation ou placent cette question au centre de l'action politique ou du débat public.

"Le mot d'ordre," insiste Aaron Farrugia, ministre maltais chargé de l'environnement, "c'est d'impliquer les gens et de leur faire comprendre très tôt ce que les océans signifient pour nos moyens de subsistance et notre avenir."

Le Maltais Karmenu Vella, ancien Commissaire européen à l'environnement, aux affaires maritimes et à la pêche, renchérit : "Comment nous - enfants, étudiants, gens des médias, politiciens, décideurs, tout le monde - pouvons-nous ne pas être suffisamment bien informés, ni impliqués en vue de préserver le plus grand bien commun de notre planète dont nous dépendons tous ?"

Au niveau local, des festivals comme les "Coast Days" font partie des initiatives qui permettent d'impliquer le public, notamment les enfants ravis d'en apprendre plus sur le milieu marin en s'amusant. À l'échelle européenne, la Coalition EU4Ocean encourage la diffusion de connaissances sur les océans dans les écoles et via des projets destinés aux jeunes, la campagne #MakeEUBlue et les expositions thématiques organisées dans différentes institutions.

"Si on ne se bat pas pour les océans, tout aura disparu dans très peu de temps"

"Il n'y a rien qui élimine véritablement le plastique," explique Thais Amaral, responsable pédagogique à l'Aquarium national de Malte, lors d'une visite guidée au sein de l'aquarium. "Ce qui se passe, c'est qu'il se transforme en minuscules particules, en microplastiques et les filets de pêche - comme ils sont faits en plastique - seront là pour toujours et continueront de piéger des poissons," précise-t-elle.

"Les mers sont en difficulté et malheureusement, les gens n'en sont pas conscients," alerte Thais Amaral. "L'une des principales missions des aquariums et des zoos, ce devrait être d'informer sur les océans. On peut admirer leur beauté et les animaux étonnants qu'ils renferment, mais en même temps, on doit faire quelque chose pour eux, surtout les jeunes générations : si on ne se bat pas pour eux, tout aura disparu dans très, très peu de temps," met-elle en garde.

Aux Pays-Bas, des jeunes deviennent "Sea Rangers"

Autre pays, autre initiative qui vise à inciter les nouvelles générations à s'investir : à Den Helder aux Pays-Bas, une entreprise sociale pionnière permet à de jeunes hommes et femmes motivés de se lancer dans une carrière maritime. Ils acquièrent une année d'expérience de la voile tout en percevant un salaire.

Ce Sea Ranger Service a été fondé en 2016 par le défenseur néerlandais de l'environnement Wietse Van Der Werf.

"L'une des choses qui pose problème dans le secteur maritime, c'est d'attirer les jeunes, de jeunes talents. et l'un des moyens de les inciter à choisir une carrière maritime, c'est de les faire commencer par devenir des Sea Rangers," explique Wietse Van Der Werf.

Ces Sea Rangers, tous âgés de moins de 30 ans, passent environ quinze jours par mois à bord de leur navire. Pendant un an, ils apprennent la théorie dont la cartographie marine, mais aussi les techniques de navigation et le fonctionnement des moteurs et mènent des missions environnementales en mer.

"Ils travaillent à bord d'un voilier spécifique avec un mode de fonctionnement très propre, sans émissions," indique le PDG de Sea Ranger Service. "Ils accomplissent tous types de missions liées à la recherche, à la gestion et à la remise en état de l'environnement marin," dit-il.

Navigation et missions environnementales

La plupart des recrues n'ont aucune expérience de la voile. Elles sont aidées par leurs coéquipiers plus expérimentés et encadrés par des capitaines aguerris.

Nina Hubers, jeune Sea Ranger confie : "Tout a commencé par mon amour pour les océans, j'adore la plongée sous-marine, j'ai commencé à travailler comme maître-nageur et un ami m'a parlé du Sea Ranger Service et cela m'a beaucoup plu ! L'équipage est incroyable, on a très vite l'impression de former une famille et puis, j'apprends beaucoup parce que la voile, c'est totalement nouveau pour moi," admet-elle.

Alors que seules quelques places sont disponibles chaque année, devenir Sea Ranger est un défi de taille. Les candidats qui franchissent le pas suivent des formations délivrées par des vétérans de l'armée et centrées sur la constitution de l'esprit d'équipe, le développement personnel et les techniques de survie.

"Une fois, on a dû construire un pont et on devait tous le franchir," raconte Sophie Hankinson, jeune Sea Ranger. "Cela me paraissait vraiment impossible, mais avec la bonne méthode, le travail d'équipe qui convenait et les bons efforts, au final, on y est arrivé !" reconnaît-elle.

Un modèle à reproduire

Les Sea Rangers remplissent pour le compte d'organismes publics néerlandais, des missions rémunérées visant à surveiller l'état de santé de la mer.

L'entreprise qui entend lutter contre le chômage des jeunes prévoit de développer son modèle économique durable à l'international par le biais d'une franchise. Objectif : former 20 000 jeunes à des emplois dans le secteur maritime d'ici à 2040.

"Il y a des personnes notamment en France, Espagne et Grèce au bord de la Méditerranée, mais aussi en Estonie, Finlande et Pologne au bord de la mer Baltique qui estiment que ce modèle peut aussi donner des résultats chez elles," fait remarquer Wietse Van Der Werf. "On a des discussions avancées avec un certain nombre d'entre elles pour voir si l'on peut le mettre en œuvre dans leur pays," indique-t-il.

Pollution, surexploitation des ressources et changement climatique, les océans doivent affronter des défis toujours plus grands.

Mais il est à espérer que plus ils nous seront connus, plus nous serons nombreux à agir pour faire prendre aux océans, un cap plus durable.

Journaliste • Denis Loctier