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Sous-représentées mais très innovantes : l'apport des femmes dans l'économie bleue

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Sous-représentées mais très innovantes : l'apport des femmes dans l'économie bleue
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Par Denis Loctier  & Euronews

Dans cet épisode d'Ocean, notre équipe s'intéresse aux peaux des poissons qui peuvent s'avérer utiles à la fabrication de produits de maroquinerie ou d'accessoires de mode. Une ressource qui abonde sur la face atlantique française.

Cette édition d'Ocean se penche également sur une entreprise grecque d'aquaculture quasi exclusivement composée de femmes faisant preuve d'une grande innovation ; le sexe féminin étant sous-représenté dans l'industrie de la mer.

Du cuir de poisson tanné et produit localement

L'Aquitaine, région côtière du sud-ouest de la France est connue pour ses dunes de sable, ses vins de Bordeaux, ainsi que pour ses délicieux produits de la mer. Grace à son immense façade atlantique, le territoire vit de l'industrie de la pêche, et ses habitants y consomment beaucoup de poisson.

Si bien que Marielle Philip, la vingtaine, a décidé de reprendre une méthode nordique, apprise de sa mère, qui consiste à produire du cuir de poisson.

"Il y a beaucoup de poissons qui est consommé. Il y a de l'élevage aussi, notamment de la pisciculture de truites. Donc pourquoi pas valoriser les déchets de cette filière, les peaux, et les transformer en cuir ?" s'est demandée la jeune entrepreneuse, qui trouve sa matière première chez les poissonniers locaux.

À la Poissonnerie de l'Aiguillon, à Arcachon, les clients demandent régulièrement aux vendeurs que la peau soit enlevée "parce qu'ils ne la mangent pas toujours" précise Maïder Taudin, poissonnière dans ce commerce.

"C'est quelque chose qui part à la poubelle, on n'en fait rien" poursuit-elle.

Une matière première bon marché pour Marielle, qui peut ainsi assurer dans son atelier une production à moindre coût. Mais le processus de création du cuir de son entreprise, Femer Peau Marine, est assez long.

"Cela prend à peu près deux semaines entre le moment où on a la peau crue et le moment où on a une peau colorée et finie. Ça va passer par une succession de bains" explique-t-elle.

"Le bain de tannage, puis des bains de couleur et ensuite les peaux vont être travaillées de manière mécanique, c'est à dire aplaties et étirées, pour pouvoir leur donner une souplesse et puis une certaine finesse. Dans le processus, on utilise des broyats de plantes, donc on ne met pas de produits chimiques, donc cela reste assez vertueux".

"C'est pareil que du cuir classique. La seule différence, c'est que dessus on a un motif, on a un motif d'écailles. Donc, de la même manière, en fait, que le cuir d'autruche, ça a du motif, le crocodile a des écailles, le serpent - donc on va être dans cette gamme là qu'on appelle les cuirs exotiques" explique-t-elle.

Une valorisation des déchets soutenue par l'UE

Cette méthode innovante reçoit le soutien du Fonds européen pour la mer, la pêche et l'aquaculture, permettant à l'entreprise de Marielle de développer son "cuir marin", et de le fournir à de petits fabricants locaux, comme Karine Coutière, artisan du cuir de la marque Pas Kap.

"Chaussures bébés, chaussures femmes, porte-cartes, bagage, sac à main, petite pochette, bracelet, porte clés, c'est à l'infini" se énumère la commerçante.

"Je trouve que la peau de poisson a ce petit côté précieux et original, tout en étant très respectueux de l'environnement. Moi, je suis fière de travailler avec cette matière première, très fière !" se réjouit-elle.

Une entreprise d'aquaculture féminine, éco-responsable

En Europe, elles représentent moins de 4% des effectifs des navires de pêche et moins d'un quart des ressources humaines dans l'aquaculture. Une sous-représentation qui ne les empêche pas de se démarquer.

Sur l'île grecque de Céphalonie, une entreprise d'aquaculture dirigée par des femmes est ainsi allée à contre-courant. À la tête, de Kefalonia Fisheries depuis la fin des années 1990, Lara Barazi-Geroulanou a multiplié par trente la production de son entreprise, tout en respectant l'environnement. Elle élève des bars et des daurades dans des cages flottantes pour des clients du monde entier.

"La majorité de notre équipe de direction est composée de femmes : nous avons des femmes fantastiques dans notre service de recherche et développement, dans nos ventes, notre contrôle qualité, notre département ressources humaines" se satisfait-elle.

"Je pense que nous sommes toutes des femmes, sauf dans deux départements" de l'entreprise.

Si les hommes ont tendance à effectuer des tâches plus physiques, comme nourrir les poissons ou plonger pour inspecter les filets, les femmes jouent un rôle clé dans la gestion et l'administration. L'entreprise s'en félicite, car il est plus facile de concilier travail et obligations familiales.

"Nous sommes très flexibles en termes de congé de maternité et de travail à distance. Si quelqu'un me dit, écoutez, je dois partir un peu plus tôt parce que je dois aller chercher mon enfant et ensuite je travaillerai peut-être un peu plus tard ou le week-end - cela me convient parfaitement" explique Lara Barazi-Geroulanou.

Katerina Katsika s'occupe des poissons en cage depuis plus de trente ans, et les conditions climatiques parfois difficiles ne la découragent pas. 

"En hiver, il fait très froid et la mer est agitée, mais je pense que les femmes qui choisissent ce type de travail l'apprécient. C'est agréable de travailler si près de la nature, quand on aime la mer. Je ne pense pas qu'elles y voient un problème, elles aiment ça !" indique-t-elle.

La santé des poissons est sous sa responsabilité. Dans son service, un million de spécimens sont vaccinés chaque année contre les maladies.

"Il faut effectivement de la force physique pour certaines tâches, mais pas pour toutes, donc tous les travaux ici ne sont pas "masculins". Une femme peut faire tout aussi bien !" explique Adelaida Katerelou, Ichtyologiste, en pleine opération vaccination.

La recherche en continu est une partie importante de l'aquaculture. La production repose sur l'écloserie qui est à la fois un laboratoire et une ferme.

Evi Abatzidou dirige l'écloserie de Kefalonia Fisheries. Avec ses collègues, elle supervise la sélection du stock de géniteurs et surveille la croissance des poissons - des œufs minuscules aux larves et aux juvéniles. Les poissons restent dans l'écloserie jusqu'à ce qu'ils soient assez grands pour être transférés dans les cages en mer.

"Nous sélectionnons les meilleurs poissons - ceux qui ont une croissance rapide et une meilleure forme" explique Evi Abatzidou, responsable des écloseries et de la recherche et du développement de Kefalonia Fisheries.

"Nous les utilisons pour être les parents de la prochaine génération. Les procédures d'écloserie sont très scientifiques - elles doivent être très précises, et le travail doit être très minutieux. Les femmes sont très douées pour cela" souligne-t-elle.

Sensibiliser les filles aux métiers de la mer

Les femmes de cette entreprise assurent aussi le contrôle de la qualité du poisson, sa transformation et son conditionnement final.

L'Organisation grecque des producteurs aquacoles qui représente 80 % du secteur, organise des projets de sensibilisation pour les jeunes femmes. L'objectif est de dissiper les idées fausses et de les familiariser davantage, en leur présentant les perspectives de carrière dans cette industrie.

"Nous essayons d'introduire dans les écoles des connaissances sur l'aquaculture. Nous organisons des séminaires, nous écrivons des articles sur les femmes dans l'aquaculture et nous présentons aux femmes les différentes voies, les parcours professionnels qu'elles pourraient suivre si elles voulaient rejoindre ce secteur. Il ne s'agit pas seulement d'emballer et d'être sur l'eau toute la journée, mais elles peuvent être ingénieures, chercheuses, scientifiques, spécialistes de l'alimentation, et elles peuvent même être capitaines si elles le souhaitent" explique Ismini Bogdanou, directrice de la communication et des relations publiques de l'organisation.

Atteindre l'égalité des sexes demandera du temps et des efforts - mais dans son évolution, la pêche parvient à se débarrasser progressivement de son image d'industrie exclusivement masculine.