Un collectif écologiste derrière le canular d'oléoduc sous plusieurs villes françaises

Panneau annonçant le faux passage d'un oléoduc sous un parc public à Grenoble.
Panneau annonçant le faux passage d'un oléoduc sous un parc public à Grenoble. Tous droits réservés Le bruit qui court
Tous droits réservés Le bruit qui court
Par Gael Camba
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Des militants écologistes sont derrière une opération de grande ampleur qui simulait un projet d'oléoduc sous plusieurs villes françaises et belges.

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Un oléoduc géant passant par Marseille, Lyon, Paris et Bruxelles ? C'est bien ce que laissaient penser des milliers de lettres d'expropriations adressées à des riverains, des permis de construire en plein centre-ville et même un compte Twitter d'une société inexistante à l'origine du faux projet intitulé "Wecop".

Tous ces éléments équivoques ont été créés de toutes pièces par un collectif d'activistes écologistes "Le bruit qui court". L'objectif est de dénoncer le projet, réel cette fois, d'oléoduc géant de TotalEnergies en Ouganda et en Tanzanie. "On a fait en France ce que Total fait en Ouganda", indique la vidéo du collectif expliquant le mode opératoire de la supercherie.

Lundi 24 avril au matin, les habitants de Marseille ou Lyon ont découvert des avis de travaux sur leurs portes d'entrée et des lettres d'expropriation venant de TotalEnergies dans leurs boîtes aux lettres. Tout portait à croire qu'un réel projet était en cours sous plusieurs grandes villes françaises.

Le bruit qui court
Un faux "permis de démolir" affiché à Grenoble devant un espace vert par le collectif Le bruit qui court dans le cadre du canular.Le bruit qui court

Le collectif a maintenu son dispositif toute la journée avec un faux standard téléphonique qui a reçu plus de 1 000 appels. Des bénévoles étaient aux commandes pour répondre aux appels et reprendre "l'argumentaire bidon de Total, version européenne", explique le collectif.

"Mettre la pression à Total"

"L'un des objectifs était de toucher plus de personnes", indique Julie Pasquet, co-fondatrice du collectif. "On voulait toucher la presse quotidienne régionale, mettre le sujet dans l'espace médiatique et mettre la pression à Total."

Julie Pasquet explique à Euronews qu'on ne parle pas assez du projet EACOP de TotalEnergies en Ouganda et en Tanzanie. La mobilisation était un moyen de parler du projet de TotalEnergies dans les médias. "L'objectif est réussi car tous les médias ont parlé d'EACOP, on a réussi à montrer du doigt ce projet", s'enthousiasme Julie Pasquet.

Publication d'un faux projet d'oléoduc traversant la France

Le faux projet européen aurait parcouru 1 443 kilomètres dans l'optique d'acheminer 480 000 barils de pétrole brut par jour. "On a vu l'effet que ça a eu, c'est impossible de faire ça en France", assure la co-fondatrice du collectif. "On ne peut plus laisser faire ça dans des pays qui sont des dictatures."

Contacté par Euronews, TotalEnergies n'a pas souhaité commenter ce canular.

Un vrai projet derrière le canular

Le vrai projet de TotalEnergies : Tilenga-EACOP (Oléoduc de pétrole brut d'Afrique de l'Est), prévoit le forage de plus de 400 puits en Ouganda ainsi qu'un oléoduc de 1 443 kilomètres entre la ville de Hoima en Ouganda et le port de Tanga en Tanzanie.

"Si le projet n'est pas acceptable en Europe pourquoi le serait-il en Afrique ?"
Julie Pasquet
Co-fondatrice du Bruit qui court

Le site du projet assure œuvrer pour avoir "le moins d'impact possible et en cherchant à éviter les zones densément peuplées et sensibles du point de vue environnemental". Pourtant, le pompage du pétrole se fera en partie au sein du plus grand espace protégé d'Ouganda, le parc national des Murchison Falls, un site classé par l'Union internationale pour la conservation de la nature.

TotalEnergies reconnait que le pipeline traversera certaines réserves et un parc national comme le montre la représentation élaborée par Euronews ci-dessous.

L'oléoduc longera également sur 400 kilomètres le lac Victoria, le plus grand lac d'Afrique, les ONG alertent sur l'impact sérieux pour toute la zone si un incident devait se déclarer.

Lionel Grandclément / Euronews
Représentation montrant le tracé du projet d'oléoduc de TotalEnergies en rouge traversant des zones protégées en vert.Lionel Grandclément / Euronews

Le projet devrait également affecter environ 19 000 foyers selon TotalEnergies, un foyer pouvant abriter plusieurs personnes. Les ONG estiment que 100 000 riverains perdront un bout de terrain ou seront totalement expropriées.

TotalEnergies explique également que ce projet créera 58 000 emplois localement ainsi que 11 000 emplois directs pendant la phase de construction.

Une mobilisation utile ?

Ce type d'action est-il utile ? "On peut arrêter ce projet en continuant la mobilisation", assure Julie Pasquet. "La mobilisation fonctionne car Total a annoncé qu’il n’a pas assez de financements et qu’il rallonge la date de financement." Plusieurs banques internationales comme HSBC, le Crédit Suisse ou la Deutsche Bank ainsi que des banques françaises comme la Société Générale, la BNP et le Crédit Agricole se sont effectivement retirées du projet.

"Plus la population s'indignera, moins il sera possible pour eux de continuer ces actes climaticides !" tonne Julie Pasquet.

En février 2023, la demande en justice de six associations de protection de l'environnement et de défense des droits de l'Homme visant à faire annuler le projet EACOP a été déclarée irrecevable en première instance par le tribunal judiciaire de Paris.

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