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La Catalogne peut-elle apprendre à vivre avec la sécheresse

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Par Jeremy Wilks
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Comment la Catalogne s’adapte-t-elle à la sécheresse ? Le réservoir principal qui alimente Barcelone est presque vide et les usines de traitement de l’eau ont atteint leur capacité maximale. Pendant ce temps, des entreprises privées s’efforcent d’économiser et de recycler l’eau. Est-ce suffisant ?

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« Nous allons changer car il n’y a pas d’alternative », explique le scientifique Vicenç Acuña tout en montrant le réservoir de Sau presque vide, en Catalogne. Nous devrions avoir face à nous un immense lac artificiel. Mais au lieu de cela, le mur en béton du barrage est nu, dominant la vallée et l’eau marron restante, plusieurs dizaines de mètres plus bas. Cela fait près de quatre ans qu’il ne pleut pas assez dans la région et ce réservoir, l’une des principales sources d’approvisionnement de la région de Barcelone, est en dessous de 15 % de sa capacité.

Ici, dans l’arrière-pays catalan, près de la ville de Vic, les collines étaient autrefois célèbres pour leurs chutes d’eau. Aujourd’hui, elles attirent les touristes et les journalistes venus photographier une vallée auparavant inondée, et devenue une immense cuvette de poussière.

Début février, la région a officiellement déclaré l’état d’urgence sécheresse, limitant la consommation d’eau pour l’agriculture, l’industrie et l’usage privé, comme le remplissage des piscines.

Le mois de février le plus chaud jamais enregistré

Nous avons connu le mois de février le plus chaud jamais enregistré. Données du Service Copernicus concernant le changement climatique.
Nous avons connu le mois de février le plus chaud jamais enregistré. Données du Service Copernicus concernant le changement climatique.euronews

Notre visite en Catalogne intervient alors que le Service Copernicus concernant le changement climatique informe que ce mois de février a été le plus chaud jamais enregistré dans le monde, avec une température de 0,8 degré Celsius au-dessus de la moyenne 1991-2020.

Nous en sommes désormais à neuf mois consécutifs de records périodiques de chaleur.

De nombreux pays européens ont enregistré des chaleurs largement anormales. Données du Service Copernicus concernant le changement climatique.
De nombreux pays européens ont enregistré des chaleurs largement anormales. Données du Service Copernicus concernant le changement climatique.euronews

En Europe, de nombreux pays ont connu de fortes anomalies de température. Elles ont ainsi été supérieures de 6,8 degrés à la moyenne de février en Roumanie, de 4,6 degrés en Suisse et de 2,9 degrés en Angleterre.

La température de surface des océans en dehors des régions polaires a également battu un nouveau record absolu, avec une moyenne de 21,06 degrés Celsius en février.

La température de surface des océans en dehors des régions polaires a battu un nouveau record absolu. Données du Service Copernicus concernant le changement climatique.
La température de surface des océans en dehors des régions polaires a battu un nouveau record absolu. Données du Service Copernicus concernant le changement climatique.euronews

Comment la Catalogne s’adapte-t-elle ?

Une pression croissante s’exerce aujourd’hui pour accélérer les efforts d’adaptation en Catalogne, une région pour laquelle la sécheresse n’a rien d’une nouveauté. Une grande partie des installations actuelles ont été construites en réponse à une longue période sans pluie significative à la fin des années 2000.

La région n’est pas non plus la seule à souffrir d’un manque de pluie. Des températures supérieures aux normales de manière prolongée, des épisodes de chaleur et de faibles précipitations ont conduit à une grave sécheresse qui touche actuellement le bassin méditerranéen, notamment de nombreuses régions entre le sud de l’Italie, le sud de l’Espagne, Malte, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie.

En quoi consiste concrètement l’adaptation à la sécheresse ? Selon Vicenç Acuña, chercheur à l’Institut catalan de recherche sur l’eau, la première étape consiste à « reconsidérer les activités que nous accomplissons et celles que nous ne souhaitons pas changer pour une raison ou pour une autre. Nous devons être plus efficaces dans l’utilisation de l’eau ».

« Nous devons consommer moins d’eau pour un même usage ou réutiliser l’eau localement afin de ne pas dépendre excessivement de l’eau naturelle des cours d’eau », ajoute-t-il.

Une part substantielle des initiatives d’adaptation dans la région provient d’entreprises privées. L’Hôtel Samba, dans la célèbre station balnéaire de Lloret de Mar, est souvent cité comme un exemple de gestion progressive de l’eau. L’établissement a commencé à recycler l’eau des douches et des lavabos pour l’utiliser dans ses systèmes de toilettes il y a 25 ans. Il a ainsi pu économiser plus de 10 000 mètres cubes d’eau en 2023, selon Laura Pérez Flores, sa responsable du développement durable.

L’hôtel travaille aujourd’hui avec des scientifiques pour réutiliser l’eau des douches et des éviers en vue de cultiver des plantes. « Nous faisons l’expérience avec différents légumes comestibles pour voir s’il est viable de les arroser avec ces eaux grises », explique Laura Pérez Flores.

On trouve une autre initiative privée d’économie d’eau soutenue par le Catalan Water Partnership dans l’entreprise de transformation de viande Grup Viñas. Celle-ci avait initialement investi dans sa propre usine de traitement de l’eau afin de réduire les sommes qu’elle devait verser à la société des eaux locale. Elle s’est désormais mise à la réutiliser dans ses installations pour le nettoyage.

Toutefois, la direction exprime sa frustration face aux limites que la législation espagnole impose à sa réutilisation de l’eau. Elle n’est en effet autorisée à utiliser à ce jour que 10 % de l’eau qu’elle traite. Nuria Romero, responsable du développement durable, explique à Euronews : « On nous demande de réduire notre consommation et nous versons de l’eau propre dans les égouts alors que cette eau pourrait être utilisée à d’autres fins. »

Aujourd’hui, moins de la moitié de l’eau consommée dans la région du Grand Barcelone provient de sources conventionnelles comme les réservoirs. Au moins 25 % de la demande sont satisfaits par l’usine de dessalement d’El Prat de Llobregat, à proximité de l’aéroport. Cette immense installation fonctionne à 100 % de sa capacité 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, aspirant l’eau de mer de la Méditerranée à environ deux kilomètres au large et la transformant en eau potable pour la population.

Le site public fonctionne à l’énergie renouvelable et, malgré son coût, le gouvernement catalan s’est engagé à développer ce type d’installation de dessalement, que l’on a davantage l’habitude de trouver au Moyen-Orient et dans certaines régions asiatiques.

« Le processus de dessalement de l’eau de mer est toujours coûteux. Il nécessite une grande quantité d’énergie, ce qui augmente le coût de production. Mais il ne s’agit plus de raisonner d’un point de vue de coûts plus ou moins élevés. C’est une question de disponibilité de l’eau pour la population », explique Carlos Miguel, responsable du site.

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À côté se trouve une usine de régénération de l’eau, au coût moindre, qui fonctionne également à plein temps et au maximum de sa capacité. Elle prélève l’eau de la station d’épuration et la traite à travers une série de membranes et de systèmes de filtration, ce qui lui permet de prendre en charge 180 000 mètres cubes d’eau par jour et de répondre à 25 % de la demande.

Selon la législation européenne, l’eau régénérée ne peut pas être directement injectée dans le système public d’approvisionnement en eau. Elle est donc transportée à environ 16 kilomètres en amont pour être réintroduite dans le fleuve Llobregat. L’eau recyclée se mélange à l’eau naturelle du fleuve avant d’être à nouveau extraite quelques kilomètres en aval, puis filtrée et introduite dans le système d’eau potable. Le processus, rare en Europe, a également l’avantage de soutenir les écosystèmes naturels dans les tronçons inférieurs du fleuve.

Pour l’avenir, ces cycles artificiels sont considérés comme le seul moyen pour la région de Barcelone de répondre de manière durable aux besoins de ses six millions d’habitants et des millions de touristes qui la visitent chaque année. Les autorités locales prévoient d’investir 407 millions d’euros dans des projets visant à atteindre l’objectif de réutilisation de 70 % de l’eau en Catalogne d’ici à 2040.

Cependant, Vicenç Acuña s’inquiète de l’avenir proche. Face au barrage vide de Sau, il met en garde contre une « catastrophe dans quelques mois cet été » si l’absence de précipitations significatives persiste. Il estime que la Catalogne a besoin d’environ 550 mm de pluie ce printemps pour inverser le problème de la sécheresse.

« Il faut que les gouvernements poussent les différents acteurs à travers des incitations fiscales, d’autres mesures ou de nouvelles lois pour véritablement encourager cette transition vers une société économe en eau », conclut-il.

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Sources supplémentaires : Service Copernicus concernant le changement climatique mis en œuvre par le CEPMMT, Associated Press. Remerciements spéciaux au Catalan Water Partnershi

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