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"La Russie a grandement sous-estimé la force de la résistance ukrainienne"

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Par Stefan Grobe  & Euronews
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Les combats se concentrent dans l'est de l'Ukraine
Les combats se concentrent dans l'est de l'Ukraine   -   Tous droits réservés  Bernat Armangue/AP

Les combats se poursuivent dans l’est de l’Ukraine. La situation semble peu progresser sur le terrain. L'avenir du Donbass se joue à Sievierodonetsk, estime le président ukrainien. Kyiv a donc concentré sur place ses forces défensives. Euronews a interrogé Neil Melvin, directeur des études sur la sécurité internationale au Royal United Services Institute, pour détailler les stratégies militaires déployées par les deux camps.

Euronews :

La Russie déploie ses forces pour contrôler le Donbass. Mais les succès militaires sont fragmentés. Pourquoi la Russie connaît-elle autant de difficultés ?

Neil Melvin :

Je pense que l'on voit que le conflit évolue vraiment en Ukraine. Nous sommes maintenant dans une seconde phase. La Russie a rencontré des difficultés dans la première phase, elle a été vaincue à Kyiv et désormais elle se concentre sur le Donbass et joue sur ses forces. Mais ces forces sont l'artillerie et la puissance aérienne, et cela veut dire une progression lente, souvent un kilomètre par jour en détruisant de nombreuses vieilles villes du Donbass, et ensuite l'envoi de l'infanterie.

Euronews :

Est-ce qu'il y a une erreur fondamentale dans la stratégie russe ?

Neil Melvin :

Je dirais tout d'abord que la Russie a grandement sous-estimé la force de la résistance ukrainienne. Elle a donc développé une structure de force inappropriée. Elle essaye maintenant de s'adapter à cela mais elle a du mal dans un certain nombre de domaines. Je pense tout d'abord qu'elle n'a pas les effectifs dont elle a besoin, elle n'a pas assez de troupes pour percer. Ensuite, je pense que la guerre a montré que la modernisation militaire russe n'est pas aussi réussie que ce que le Kremlin pense ou veut penser, et qu'il a souvent estimé. Les capacités russes ont montré des lacunes dans de nombreux domaines.

Euronews :

L'Occident a renforcé l'arsenal ukrainien avec des armes plus modernes, quel impact cela peut avoir sur le rapport de force ?

Neil Melvin :

L'Ukraine souffre pour le moment dans deux domaines où elle n'a pas les mêmes capacités que la Russie : l'artillerie et l'aviation. Et la Russie frappe les forces ukrainiennes dans le Donbass à 30 - 40 kilomètres de distance. Les Ukrainiens ne peuvent pas vraiment répondre c'est pourquoi nous voyons beaucoup de victimes parmi les forces ukrainiennes, jusqu'à 100 morts par jour et 500 blessés. Les capacités fournies par l'Occident sont faites pour équilibrer le champ de bataille en donnant à l'Ukraine la possibilité de riposter, en fournissant une artillerie qui peut atteindre 50 à 80 kilomètres, en donnant des systèmes d'artillerie qui peuvent atteindre les pièces russes.

Euronews :

Les forces ukrainiennes peuvent-elles repousser la Russie dans le Donbass avec l'aide des armes occidentales ?

Neil Melvin :

La grande question actuellement est : l'Ukraine peut-elle mener une contre-offensive à large échelle qui repoussera les forces russes des territoires conquis ? Je pense qu'elle peut probablement le faire. Je suis sceptique sur le fait de renvoyer la Russie hors du territoire ukrainien, y compris la Crimée, annexée par les Russes. Mais il se peut qu'une fois les forces russes repoussées, la volonté politique de se battre sera endommagée de façon à ouvrir un processus politique, un processus diplomatique, qui pourrait faire évoluer la guerre vers une voie où un accord de paix deviendrait davantage possible.