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L'UE a-t-elle bien fait d'isoler le Hamas ?

Des militants masqués du Hamas agitent des drapeaux islamiques verts lors d'un rassemblement de solidarité avec les Palestiniens à Jérusalem, le 30 avril 2021.
Des militants masqués du Hamas agitent des drapeaux islamiques verts lors d'un rassemblement de solidarité avec les Palestiniens à Jérusalem, le 30 avril 2021. Tous droits réservés Adel Hana/Copyright 2021 The AP. All rights reserved.
Tous droits réservés Adel Hana/Copyright 2021 The AP. All rights reserved.
Par Mared Gwyn Jones
Publié le Mis à jour
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Cet article a été initialement publié en anglais

La démocratie palestinienne que l'UE avait contribué à construire après les accords d'Oslo de 1993, a abouti à la victoire électorale d'un groupe que les 27 considèrent depuis 2006 comme une organisation terroriste. Un résultat qui met l'Union mal à l'aise.

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L'Occident a immédiatement boycotté le gouvernement démocratiquement élu du Hamas jusqu'à ce qu'il accepte de reconnaître Israël et de renoncer à la violence. Le Hamas a refusé et a pris le contrôle de la bande de Gaza, en 2007.

Depuis lors, l'Union européenne est l'un des principaux bailleurs de fonds de la Palestine et apporte une aide humanitaire essentielle aux Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie occupée, soutenant l'économie locale et empêchant la population de sombrer dans la pauvreté.

Mais l'UE a fait cela tout en maintenant une politique stricte de "non contact" avec le Hamas. Elle refuse de s'engager avec le groupe islamiste et l'envoi de l'aide à Gaza passe par l'intermédiaire d'agences des Nations unies et d'autres organisations qu'elle considère comme hors de l'orbite du Hamas, afin de contourner le gouvernement.

Samedi, la Commission européenne a annoncé tripler son aide humanitaire aux Palestiniens pour la porter à 75 millions d'euros. Dans le même temps, elle "passe en revue" environ 396 millions d'euros d'aide au développement non dépensés afin de s'assurer qu'aucun euro de l'UE ne soit parvenu par inadvertance entre les mains du Hamas.

Euronews s'est entretenu avec deux experts très partagés sur la décision de l'UE d'isoler le Hamas et sur son impact sur l'influence diplomatique de l'Union dans la région.

L'aide de l'UE, une "bouée de sauvetage" pour les Palestiniens

Pour Matthew Levitt, directeur du programme Reinhard sur la lutte contre le terrorisme et le renseignement au Washington Institute, le boycott du Hamas par l'Occident est la seule réponse viable à la victoire électorale du groupe.

"Les gens ont le droit de voter pour qui ils veulent, mais cela a des conséquences", affirme Matthew Levitt.

"Le Hamas n'a jamais fait partie de la solution. Nous devons également nous rappeler que l'UE et ses alliés ont maintenu des lignes de communication avec les dirigeants du Hamas après leur victoire aux élections de 2006, mais il était important pour l'Occident à cette époque d'établir comment il traitait les terroristes", ajoute-t-il. 

L'aide continue de l'UE et de ses alliés occidentaux a été - et demeure - une bouée de sauvetage pour les Palestiniens car elle répond à leurs besoins essentiels, explique Matthew Levitt.

L'UE verse chaque année au moins 82 millions d'euros à l'UNRWA, l'agence des Nations unies qui fournit des services de base aux réfugiés palestiniens. Rien qu'en 2022, elle a investi 145,35 millions d'euros dans l'aide au développement pour payer les salaires et les pensions des fonctionnaires palestiniens, investir dans les hôpitaux et soutenir les ménages vulnérables.

Des Palestiniens collectent de la nourriture fournie par l'agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) dans la ville de Gaza, mai 2021
Des Palestiniens collectent de la nourriture fournie par l'agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) dans la ville de Gaza, mai 2021John Minchillo/Copyright 2021 The AP. All rights reserved.

Tamet Qarmout, directeur de l'administration publique à l'Institut d'études supérieures de Doha, qui a travaillé à Gaza pour le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), estime que l'aide de l'UE a également perpétué un état de dépendance des Palestiniens tout en "soulageant" Israël de ses responsabilités.

"Les Palestiniens ont reçu de l'aide au compte-gouttes pour survivre, alors qu'ils ont besoin d'une opération pour survivre. Mais personne n'a voulu prendre cette décision à leur place", analyse-t-il.

Tamet Qarmout estime également qu'en isolant le Hamas, l'Europe s'est rapprochée des intérêts israéliens, ce qui a permis à Israël de faire échouer en permanence le processus de paix.

"Si les généreux donateurs ont indubitablement aidé le peuple palestinien, ils ont également payé le prix de l'occupation israélienne, ce qui entretient cyniquement et tristement l'occupation", ajoute-t-il. 

"Les agences de l'ONU sont également devenues des agents de l'appareil sécuritaire israélien, mais elles ont également subi d'énormes pressions parce que le Hamas s'est opposé à cet arrangement", précise-t-il encore. 

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"La question clé que l'Europe devait se poser à l'époque était de savoir comment utiliser efficacement l'aide pour s'assurer que les deux parties respectent le processus de paix, de part et d'autre. Mais la discussion n'a jamais été ouverte dans la politique européenne, comme s'il s'agissait d'un tabou", affirme Tamet Qarmout. 

D'anciens dirigeants européens, dont l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair, ont par le passé regretté la décision de boycotter immédiatement le Hamas en 2007, affirmant que la communauté internationale aurait dû engager le dialogue avec les militants islamistes.

Il conviendrait d'enquêter sur un éventuel détournement de fonds

Cependant, Matthew Levitt pense que l'Occident devait établir des lignes rouges claires à l'égard du Hamas.

Il estime également que si la priorité immédiate de l'UE doit être de veiller à ce que l'aide humanitaire continue à parvenir à Gaza, il convient également d'enquêter sur un éventuel détournement de fonds au profit du Hamas.

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"Le fait est que le Hamas contrôle la bande de Gaza et qu'il faut donc supposer qu'une partie de l'aide est détournée. La possibilité de détourner ou d'écrémer l'aide est réelle", assure-t-il.

"Il y a de très bonnes raisons de réévaluer la manière dont l'aide est acheminée, mais pas de savoir si l'aide doit être acheminée", souligne Matthew Levitt. 

Ces dernières années, des membres du Parlement européen ont fait part de leurs inquiétudes quant au possible détournement de fonds européens par le Hamas. Dans une question écrite adressée à la Commission européenne en 2021, l'eurodéputé suédois, Charlie Weimers s'est demandé si les fonds européens d'une valeur de 1,7 million d'euros versés à l'Université islamique de Gaza (IUG) - qui a des liens étroits et bien documentés avec le Hamas - allaient à l'encontre des engagements de l'Union européenne en matière de lutte contre le terrorisme.

Dans sa réponse, Mariya Gabriel, alors Commissaire européenne à l'Education, a affirmé que la Commission avait annulé les accords de subvention avec l'IUG en 2021 après son refus d'accepter une clause stipulant que les bénéficiaires devaient garantir n'avoir aucun lien avec des personnes figurant sur la liste des mesures restrictives de l'UE.

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La semaine dernière, les forces de défense israéliennes ont bombardé l'IUG, affirmant qu'elle était utilisé comme "camp d'entraînement" pour les militants du Hamas.

Mais Tamet Qarmout ajoute que malgré ces affirmations, "aucun élément de preuve" n'a été produit pour démontrer que les fonds de l'UE sont détournés par le Hamas, alors qu'il existe de nombreuses preuves qu'Israël frappe militairement des projets financés par des donateurs dans les territoires palestiniens.

Un garçon palestinien se réfugie dans une école de l'ONU après que sa maison a été détruite par des frappes aériennes israéliennes pendant la guerre de 2021
Un garçon palestinien se réfugie dans une école de l'ONU après que sa maison a été détruite par des frappes aériennes israéliennes pendant la guerre de 2021Khalil Hamra/Copyright 2021 The AP. All rights reserved.

Une augmentation des démolitions israéliennes d'infrastructures palestiniennes, y compris des projets financés par l'UE, a été observée en 2021, ce qui a incité les représentants de l'UE et du Royaume-Uni à visiter les communautés touchées en Cisjordanie.

Dans une déclaration datant de 2021, le Service européen pour l'action extérieure (SEAE) a indiqué que 150 structures financées par des donateurs avaient été détruites par les autorités israéliennes cette année-là, déplaçant 656 personnes, dont 359 enfants, à travers la Cisjordanie.

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Israël a également pris pour cible des puits et des canalisations d'eau au cours de différents conflits, notamment lors de la guerre de 11 jours en 2021, bien que de nombreux projets relatifs à l'eau soient soutenus par des donateurs étrangers.

Bien que l'UE ait condamné à plusieurs reprises les attaques des colons israéliens contre les Palestiniens ainsi que les bombardements ciblés d'infrastructures palestiniennes essentielles, elle n'a jamais cherché à savoir comment Israël avait pu intentionnellement saper les projets de développement de l'UE dans la région.

Lundi, la Commission européenne a annoncé qu'elle intensifierait ses efforts pour apporter de l'aide à Gaza en envoyant des avions de fournitures humanitaires en Égypte, alors que les efforts internationaux pour ouvrir des couloirs humanitaires se poursuivent.

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