Les diamants dans le viseur des nouvelles sanctions de l’UE contre la Russie

La Russie est le plus grand producteur mondial de diamants bruts, une position qui alimente depuis des mois les appels à des sanctions.
La Russie est le plus grand producteur mondial de diamants bruts, une position qui alimente depuis des mois les appels à des sanctions. Tous droits réservés YURI KADOBNOV/AFP or licensors
Par Jorge Liboreiro
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Cet article a été initialement publié en anglais

La Commission européenne a envoyé aux États membres une proposition pour une nouvelle série de sanctions contre la Russie, visant les importations de diamants.

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La Commission européenne propose de sanctionner une nouvelle fois la Russie. Le projet a été transmis mardi soir après plusieurs semaines de consultations en coulisses avec les pays membres afin de tâter le terrain.

Il comprend de nouvelles interdictions d'importation et d'exportation, des actions pour renforcer le plafond des prix du pétrole et des mesures à l'encontre des entreprises de pays tiers qui contournent les sanctions, précise un porte-parole de la Commission européenne à Euronews.

"Le paquet vise également à réduire les revenus restants que la Russie tire de l'exportation de diamants vers l'Europe et ses partenaires. Cela se fait en étroite collaboration avec nos partenaires du G7".

Selon un diplomate s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, le gaz de pétrole liquéfié (GPL), un type de carburant utilisé pour le chauffage, la cuisine et le transport, sera l'un des produits visés par les interdictions.

Les sanctions vont maintenant faire l'objet de négociations entre les 27 États membres et doivent être approuvées à l'unanimité. Si le projet est validé, il s'agira du douzième train de sanctions imposées à la Russie à la suite de l'invasion de l'Ukraine.

Les négociations s'annoncent complexes, car les sanctions sont de plus en plus difficiles à mettre en œuvre à chaque nouveau cycle. Le précédent paquet, qui visait des entreprises basées en Chine et soupçonnées de contourner la loi, a mis plus d'un mois à aboutir.

Le cœur de ces nouvelles mesures sera le commerce de diamants.

La Russie est le premier producteur mondial en volume, et plus de 90 % de ses activités sont contrôlées par une seule entreprise : Alrosa. En 2021, un an avant le déclenchement de la guerre, le pays a exporté pour environ 4 milliards de dollars (3,77 milliards d'euros) de diamants bruts, un montant qui a légèrement diminué en 2022 en raison de l'absence de sanctions.

Cette exemption a été maintes fois dénoncée par Kyiv et les pays d'Europe de l'Est, qui souhaitent priver Moscou d'un maximum de revenus.

La nature secrète de l'industrie du diamant est considérée comme la principale raison de ce retard. Les diamants passent par de multiples mains avant d'atteindre le client final. Les diamants bruts russes sont généralement taillés et polis en Inde, puis négociés à Anvers, en Belgique, d'où ils sont expédiés vers d'autres marchés dans le monde, comme les États-Unis, Hong Kong et les Émirats arabes unis.

Cela signifie qu'un détaillant ne sera probablement pas en mesure de déterminer l'origine exacte d'un diamant particulier, ce qui rend difficile la distinction entre les exportations russes et non-russes.

Conscients de cette situation, l'UE et le G7 ont travaillé à la mise en place d'un système international de traçabilité permettant de suivre les diamants tout au long de la chaîne d'approvisionnement, des mines aux vitrines. Plusieurs idées ont été évoquées ces derniers mois, notamment une méthode basée sur la blockchain proposée par le gouvernement belge, qui tient à préserver la position de leader d'Anvers dans le secteur du diamant.

Le mois dernier, lors d'une visite surprise du président Volodymr Zelensky, le Premier ministre belge, Alexander De Croo, a promis de retirer les "diamants de sang russes" des marchés de détail européens.

"Cela a pris du temps, car nous voulons éviter que les interdictions sur les diamants ne soient contournées", a précisé le dirigeant belge. "Si vous ne le faites que sur le marché de gros, les diamants seront échangés vers d'autres centres diamantaires dans le monde et nous les aurons toujours dans nos magasins. Cela ne fera aucune différence pour la Russie".

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