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La corruption "est devenue plus effrontée" dans les institutions de l’UE

Un manifestant masqué pour dénoncer la corruption
Un manifestant masqué pour dénoncer la corruption Tous droits réservés Darko Bandic/Copyright 2017 The AP. All rights reserved.
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Par Stefan Grobe
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Cet article a été initialement publié en anglais

Le scandale du "Russiagate" pourrait ébranler le paysage politique européen. La société civile regrette le manque de réforme des institutions pour mieux protéger l’intégrité de l’UE.

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C’est un scandale qui pourrait secouer le monde politique européen : le "Russiagate". Plusieurs élus dans différents Etats membres de l’UE sont accusés d'avoir été soudoyés par Moscou pour relayer les arguments du Kremlin.

L'idée est d'influencer l'opinion publique de l'UE avant les élections européennes de juin. Un député allemand de droite aurait accepté 25 000 euros à cette fin.

Euronews a interrogé Nicholas Aiossa, directeur de Transparency International UE, pour évoquer les réformes engagées dans les institutions pour lutter contre ce phénomène.

Euronews :

Si l'on considère la dernière législature du Parlement européen, et en particulier, le scandale du Qatargate, la corruption dans l'UE est-elle devenue un problème plus important qu'auparavant ?

Nicholas Aiossa :

Je ne pense pas qu'elle soit devenue plus importante. Je pense qu'elle est devenue plus effrontée. Le fait que des députés européens, des ex-députés et des membres du personnel de l'UE se promènent avec des valises d'argent, comme s'ils pouvaient agir sans craindre les conséquences, est un vrai problème. Et je pense que ce problème s'est aggravé parce que les institutions n'ont pas procédé aux réformes nécessaires de leurs cadres éthiques et anti-corruption. Les institutions, en particulier le Conseil, n'ont pas adopté la directive anti-corruption. Et la Commission doit utiliser plus rigoureusement les outils préventifs et punitifs dont elle dispose pour lutter contre la corruption. Et tant que cela ne sera pas fait, je pense que la situation ne fera qu'empirer.

Euronews :

Pourquoi le Parlement ne s'est pas montré plus sérieux en matière de réforme ?

Nicholas Aiossa :

Parce que je crains qu'il n'y ait eu une culture de l'impunité qu'on a laissée s'envenimer pendant des décennies et qui a empêché les réformes nécessaires à la suite du scandale. Il n'y a toujours pas (…) de contrôle indépendant de leur comportement éthique. Et lorsqu'il y a des violations des règles, il n'y a pas de sanctions, qui sont mises en place et qui ne sont pas assez fortes pour servir de moyen de dissuasion. Et cette culture perdurera malheureusement jusqu'à ce que certaines de ces réformes soient mises en place.

Euronews :

La corruption est-elle devenue une véritable menace pour la démocratie européenne ?

Nicholas Aiossa :

Oui, la corruption et l'érosion de l'État de droit sont toujours une menace pour la démocratie. Et malheureusement, au cours des dix dernières années, nous avons assisté à un déclin constant dans certains Etats membres en ce qui concerne l'Etat de droit et la capacité à lutter contre la corruption. Je pense que l'un des principaux problèmes, malgré quelques améliorations récentes, dans la boîte à outils de la Commission pour s'attaquer à ce problème, est qu'elle a été trop craintive et trop frileuse à l'idée d'utiliser ces outils pour faire face à des situations dans les États membres.

Euronews :

Pour terminer sur une note plus positive, dans quelle mesure êtes-vous convaincu que la classe politique européenne a retenu la leçon ?

Nicholas Aiossa :

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Je ne suis pas sûre de pouvoir vous donner une note positive, malheureusement. Je ne suis pas aussi confiant, en particulier au cours de l'année écoulée, que je voudrais l'être à ce stade. Je ne pense tout simplement pas que le Parlement, du moins, ait compris la gravité du scandale et que la réponse à celui-ci a été, en fin de compte, faible et maigre. Et lorsqu'il s'est agi de voter, des ajustements très faibles et maigres des règles ont finalement été acceptés. Ils n'ont pas abordé les problèmes structurels liés au contrôle indépendant ou aux sanctions. Je veux dire par là que nous avons encore des députés européens qui se promènent avec des emplois secondaires très lucratifs dans des entreprises qui font du lobbying auprès des mêmes institutions, et ils trouvent cela tout à fait normal. Je pense qu'ils se font du tort et qu'ils nuisent à la réputation du Parlement, malheureusement ; en cette année électorale il est peut-être encore temps d'inverser la tendance. J'espère qu'ils mettront à profit les huit prochaines semaines pour le faire.

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