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« L'Europe est mortelle », prévient Emmanuel Macron alors qu'il appelle à plus d'unité et de souveraineté de l'UE

Le président français Emmanuel Macron prononce un discours sur l'Europe dans l'amphithéâtre de l'université de la Sorbonne, le 25 avril 2004 à Paris
Le président français Emmanuel Macron prononce un discours sur l'Europe dans l'amphithéâtre de l'université de la Sorbonne, le 25 avril 2004 à Paris Tous droits réservés Christophe Petit Tesson, Pool via AP
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Par Alice Tidey
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Cet article a été initialement publié en anglais

L'UE doit repenser de toute urgence son modèle économique et sa défense pour ne pas se retrouver à la traîne par rapport à ses rivaux, a insisté jeudi le dirigeant français.

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Le modèle européen risque d'être anéanti par la rivalité entre les États-Unis et la Chine et la prochaine décennie sera décisive pour sa survie, a averti jeudi le président français Emmanuel Macron. Il appelle l'Union européenne à devenir toujours plus unie et souveraine.

Dans un discours de 108 minutes prononcé à la Sorbonne, où il y a sept ans et nouvellement élu, il avait prononcé un premier discours sur sa vision de l'Europe, Emmanuel Macron a répété à de nombreuses reprises que « les règles du jeu ont changé » sur plusieurs fronts : la géopolitique, l'économie et le commerce, et la culture.

« Nous devons être lucides quant au fait que notre Europe d'aujourd'hui est mortelle. Elle peut mourir. Elle peut mourir et cela dépend uniquement de nos choix, mais ces choix doivent être faits dès maintenant », a insisté Emmanuel Macron.

« L'époque où l'Europe achetait son énergie et ses engrais à la Russie, externalisait sa production en Chine et déléguait sa sécurité aux États-Unis d'Amérique est révolue », a-t-il ajouté. Des mesures positives ont été prises ces dernières années, a-t-il noté, mais il a néanmoins averti que « nous n'en sommes pas à une telle échelle ».

Ses principales préoccupations sont la guerre en Ukraine et ses implications pour la défense et la sécurité de l'Europe, ainsi que la capacité des acteurs industriels et technologiques européens à survivre face à ce qu'il a décrit comme le « subventionnement excessif » de leurs économies par les États-Unis et la Chine.

« Une défense crédible »

Pour faire face au nouveau paysage géopolitique, le président français juge qu'il faut construire « une défense crédible du continent européen ».

« L'Europe doit savoir comment défendre ce qui lui est cher auprès de ses alliés chaque fois qu'ils sont prêts à le faire à nos côtés, et seuls si nécessaire ».

« Les États-Unis d'Amérique ont deux priorités : d'abord, les États-Unis d'Amérique, ce qui est légitime, et ensuite, la Chine. Et la question européenne ne constitue pas une priorité géopolitique pour les années et les décennies à venir, quelle que soit la force de notre alliance. »

Désignant la Russie comme la principale menace de l'UE, le président français propose que les travaux sur une « initiative de défense européenne » débutent d'ici quelques mois, d'abord en tant que « concept stratégique » à partir duquel les « capacités pertinentes » seront ensuite mises en place.

Pour ce faire, insiste Emmanuel Macron, l'industrie de défense européenne doit « produire plus vite, de manière toujours plus européenne ». Il rappelle sa position, défendue ces derniers mois auprès de ses partenaires européens, selon laquelle cette augmentation des investissements pourrait être financée par une augmentation de la dette de l'UE. Il répète aussi son souhait pour une « préférence européenne » en matière d'achat de matériel militaire.

L'UE devrait également faire davantage entendre sa voix sur le front diplomatique, souligne le dirigeant français, et établir davantage de « partenariats réciproques » avec des pays tiers « pour montrer qu'elle (l'UE) n'est jamais la vassale des États-Unis et qu'elle sait également comment s'adresser à toutes les régions du monde : aux pays émergents, à l'Afrique, à l'Amérique latine ».

Un pacte de prospérité

Pour que les acteurs industriels européens puissent survivre à la concurrence « déloyale » de leurs concurrents américains et chinois qui bénéficient de vastes programmes de subventions, Emmanuel Macron prône une « simplification » des règles.

« Notre modèle économique actuel n'est plus durable », insiste-t-il.

Pour le dirigeant français, les objectifs climatiques de l'UE, le maintien du modèle socio-économique basé sur la solidarité et la redistribution, et le développement de la souveraineté dans les secteurs clés et les chaînes d'approvisionnement sont les bons mais « nous n'y sommes pas parce que nous réglementons trop, nous investissons trop peu, nous sommes trop ouverts et ne défendons pas assez nos intérêts ».

La solution pour lui est un « pacte de prospérité » qui inclurait « des vagues de simplification des règles » au cours de la prochaine mandature afin de permettre aux entreprises de se développer rapidement au niveau européen et une politique industrielle visant à stimuler les secteurs dits verts. L'Europe devrait également viser à devenir un leader mondial dans cinq secteurs clés, notamment l'IA, l'espace, les biotechnologies, les énergies renouvelables et le nucléaire.

L'UE aura besoin d'un « grand plan d'investissement collectif » pour atteindre ces objectifs, explique Emmanuel Macron.

Il se prononce en faveur de l'ajout d'un objectif de croissance ou de climat au mandat de la Banque centrale européenne ainsi que de l'augmentation des recettes provenant des impôts au niveau de l'UE. Il a également demandé que les travaux sur une union des marchés des capitaux soient accélérés et finalisés dans les 12 mois afin d'inciter les banques de l'UE à investir l'épargne européenne dans des produits locaux plutôt que dans des produits étrangers, généralement américains.

« Les idées européennes ont gagné la bataille »

La dernière partie de son discours a été consacrée à la défense des valeurs européennes.

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« Nous ne devons jamais oublier que nous (les Européens) ne sommes pas comme les autres », explique Emmanuel Macron, évoquant l'attachement des Européens à la liberté, à la démocratie, à l'État de droit et à l'égalité. Mais ces valeurs sont de plus en plus menacées par la désinformation et la propagande.

Parmi ses idées pour renforcer les liens intra-européens figurent la création de diplômes européens (une proposition récemment dévoilée par la Commission européenne) et des alliances entre musées et bibliothèques européens, tout en défendant une « majorité numérique » fixée à 15 ans pour protéger les jeunes des éventuels pièges de la vie en ligne. Il soutient également le renforcement du mécanisme d'État de droit de l'UE qui vise à sanctionner les États membres qui portent atteinte aux valeurs de l'Union.

L'équipe du président avait souligné plus tôt cette semaine que le discours était « un moment institutionnel pour un chef d'État » et qu'il serait donc « très distinct d'un exercice de campagne électorale », bien qu'il ait été prononcé six semaines seulement avant les élections européennes de juin.

Le parti centriste du président, Renaissance, et ses partenaires, Modem et Horizons, devraient ensemble se classer loin en deuxième position avec seulement 18 % des voix, selon un sondage réalisé par Ipsos pour Euronews.

Le Rassemblement national (RN) d'extrême droite, quant à lui, devrait remporter une victoire confortable avec environ 31 % des voix. Son leader, Jordan Bardella, 28 ans, présentera le programme du parti pour les élections européennes plus tard dans l'après-midi de jeudi.

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Emmanuel Macron n'a pas cité le parti rival, mais s'en est pris aux forces nationalistes, affirmant que « les idées européennes ont gagné la bataille », certains partis populistes, tels que le RN, ne faisant plus campagne pour la sortie de leur pays de l'UE ou de la zone euro.

« La meilleure façon de connaître l'avenir est de faire des promesses que vous tenez. Donc, ce que je vous propose, c'est que nous fassions ces quelques promesses majeures pour l'Europe au cours de la prochaine décennie et que nous nous battions pour les tenir », a conclu le président français.

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