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L'extrême droite perd les élections législatives, mais vise déjà l'élection présidentielle de 2027

Le président du parti de droite Rassemblement national, Jordan Bardella, prononce un discours après le second tour des élections législatives, le 7 juillet 2024.
Le président du parti de droite Rassemblement national, Jordan Bardella, prononce un discours après le second tour des élections législatives, le 7 juillet 2024. Tous droits réservés AP Photo/Louise Delmotte
Tous droits réservés AP Photo/Louise Delmotte
Par Alice Tidey
Publié le Mis à jour
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Cet article a été initialement publié en anglais

La coalition de gauche du Nouveau Front populaire a été le vainqueur surprise des élections législatives anticipées de dimanche en France, la coalition centriste de M. Macron arrivant en deuxième position.

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Si le Rassemblement national (RN) a échoué dimanche dans sa tentative d'obtenir la majorité absolue lors des élections législatives anticipées, pour ses dirigeants, comme pour ses militants déçus, cette nouvelle défaite, alors qu'ils paraissaient si proches du pouvoir, doit être nuancée.

Certes, le résultat final en nombre de sièges est plus que décevant (142 sièges comparés aux projections prometteuses entre les deux tours) mais le RN reste d'abord et surtout le premier parti à l'Assemblée nationale (il n'avait que 89 députés avant le 9 juin). Autre raison de rester optismite : la formation d'extrême droite a obtenu le plus de suffrages exprimés que tous les autres partis. Ce qui a fait dire à Marine Le Pen dimanche soir que la "marée monte" et que la victoire n'a été que "différée". Sous-entendu : les résultats de dimanche placerait le RN en bonne position pour l'élection présidentielle de 2027.

"Le Rassemblement national a réalisé aujourd'hui la percée la plus importante de toute son histoire", a déclaré Jordan Bardella, chef du RN, dans un discours de cinq minutes prononcé une demi-heure après la publication des résultats du sondage de sortie des urnes, selon lesquels son parti arriverait en troisième position derrière les coalitions de gauche et centriste.

Les résultats du scrutin, déclenché après la défaite cuisante du RN face à la coalition centriste du président Emmanuel Macron lors des élections européennes de juin, "sont les éléments constitutifs de la victoire de demain", a-t-il affirmé.

Le parti est arrivé en tête du premier tour la semaine dernière avec environ 33 % des voix au niveau national et aurait pu obtenir jusqu'à 240 sièges. Il est resté en tête au cours de la période de l'entre-deux-tours, malgré le front républicain orchestré par les coalitions centriste et de gauche pour empêcher la victoire du RN dans les circonscriptions où trois candidats s'étaient qualifiés.

Mais si le RN a perdu, aucun parti ou coalition n'a obtenu les 289 sièges nécessaires à la majorité absolue et ne peut donc former un gouvernement seul.

"Nous avons de beaux jours devant nous"

"Le Rassemblement national est toujours confronté à son plafond de verre. Sa défaite est due au retrait de nombreux candidats dans le cadre de triangulaires", a déclaré à Euronews Adam Hsakou, coordinateur de programme au German Marshall Fund of the United States.

"Le RN paie sans doute le tollé provoqué par la question des doubles nationaux, qui a animé la campagne électorale. Jordan Bardella n'a pas su calmer le jeu. C'est une leçon pour celui qui incarne parfaitement la normalisation du parti : jeune, issu d'une famille immigrée, il ne porte pas le nom de Le Pen, il est éloquent et efficace sur les réseaux sociaux", ajoute-t-il.

M. Bardella a également rendu le front républicain responsable de la défaite de son parti, le décrivant dans son discours comme "des alliances politiques contre-nature, destinées à empêcher par tous les moyens les Français de choisir librement une autre politique".

Cette "alliance du déshonneur et des arrangements électoraux dangereux", a déclaré M. Bardella, signifie qu'"en pleine crise du pouvoir d'achat, alors que l'insécurité et le désordre frappent durement le pays, la France se trouve privée d'une majorité gouvernementale solide et donc d'un cap clair pour redresser la France".

La députée RN Béatrice Roullaud, qui a conservé son siège dans la sixième circonscription de Seine-et-Marne, a déclaré à Euronews que même si "au final, nous n'avons pas obtenu les résultats que nous espérions, nous avons presque doublé le nombre de députés, donc ce n'est pas mal non plus."

"Ce n'était pas (à faire) cette fois-ci, mais ce sera la prochaine fois, parce que c'est ce que les Français attendent", a-t-elle précisé. "Alors bien sûr, nous avons de bons jours devant nous".

Quentin Hoarau, candidat du parti d'extrême droite dans la cinquième circonscription du Val-d'Oise, a, lui aussi, tenu à souligner que "c'est quand même un score historique qui montre que le Rassemblement national est vraiment en train de s'implanter partout".

Pour Romain, un sympathisant RN de 50 ans, les résultats impliquent "qu'il y aura plusieurs dizaines de personnes qui seront encore mieux préparées à la fonction. Donc, on sera de plus en plus crédible d'ici 2027".

Ce soir, tout commence

Ne pas obtenir la majorité absolue et donc être contraint à une "cohabitation" avec Macron pourrait, en effet, jouer en faveur du RN.

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"Ils ne seront pas contraints d'essayer de gouverner pendant les trois prochaines années et éviteront ainsi toute responsabilité pour ce qui se passera en France au cours des prochaines années", explique Douglas Webber, professeur émérite de sciences politiques à l'école INSEAD.

"Comme ils ne pourront pas être blâmés pour ce qui se passera dans les prochaines années, ils (Marine Le Pen vraisemblablement) auront de bonnes chances de gagner les prochaines élections présidentielles, d'autant plus que ce résultat électoral produira une grande incertitude politique en France. On ne sait pas du tout quel type de gouvernement pourra être formé à partir de ce résultat électoral", a-t-il ajouté.

Bien que M. Macron et son Premier ministre, Gabriel Attal, aient fait part de leur volonté de former un gouvernement de coalition arc-en-ciel qui impliquerait plusieurs partis, ils ont rejeté toute perspective d'alliance avec LFI, qu'ils jugent aussi extrême que le RN.

D'autant que le résultat final est serré. LFI a perdu du terrain même s'il devrait rester le premier groupe au sein de la coalition du Nouveau Front populaire, mais il faudra attendre la constitution des groupes politiques pour y voir plus clair.

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Contrairement à d'autres pays européens, tels que l'Allemagne et les Pays-Bas, la France n'a pas l'habitude de former des coalitions, de sorte que les négociations et le partage du pouvoir pourraient s'avérer difficiles pendant les trois années restantes du mandat de M. Macron.

"Si le nouveau gouvernement progressiste ne tient pas ses promesses, 2027 pourrait bien être l'année de Marine Le Pen. Tous les ingrédients sont réunis pour qu'elle poursuive sa progression au cours des trois prochaines années et réalise son rêve : la présidence de la République", a déclaré M. Hsakou.

Et en attendant, "le Rassemblement national va intensifier son action à l'Assemblée nationale, d'abord en soutenant Marine Le Pen ; dans le pays, ensuite en continuant à œuvrer pour l'unité nationale, le rassemblement de tous les Français et, bien sûr, la nécessaire alternance démocratique ; enfin, au Parlement européen, (où) dès demain (ce lundi), nos députés européens joueront pleinement leur rôle au sein d'un grand groupe", a déclaré M. Bardella.

"Ce soir, tout commence. Un vieux monde s'est écroulé et rien ne pourra arrêter un peuple qui s'est remis à espérer", a-t-il martelé.

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