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L'UE parie sur le Mercosur malgré le retour de l'euroscepticisme

Les agriculteurs de l'UE craignent la concurrence déloyale des importations en provenance d'Amérique latine.
Les agriculteurs de l'UE craignent la concurrence déloyale des importations en provenance d'Amérique latine. Tous droits réservés  AP Photo
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Par Peggy Corlin
Publié le
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Les tensions géoéconomiques poussent les partisans de l'accord commercial UE-Mercosur à accélérer sa ratification. Mais l'accord risque d'exacerber l'euroscepticisme, notamment en France, où la majorité des forces politiques y restent farouchement opposées.

Signé samedi avec l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay, l'accord UE-Mercosur vise à renforcer la position géostratégique de l'Union européenne. Mais il révèle déjà de profondes fractures politiques au sein de l'UE, la France apparaissant comme son opposant le plus virulent.

"Nous avons choisi le commerce équitable plutôt que les droits de douane, un partenariat productif à long terme plutôt que l'isolement", a déclaré Ursula von der Leyen lors de la cérémonie de signature à Asuncion, au Paraguay.

Dans un message publié sur X, elle a qualifié l'accord de "fruit de 25 années de travail" et d'"accomplissement d'une génération", destiné "au bénéfice des générations à venir".

Toutefois, cet accord va à l'encontre des souhaits de Paris, qui a voté contre lors d'un vote clé du Conseil le 9 janvier, même si la majorité des États membres l'a soutenu, alimentant l'idée que le Mercosur serait imposé à la France par Bruxelles.

Les partisans de l'accord soutiennent qu'une zone de libre-échange UE-Mercosur est essentielle pour contrer l'influence croissante de la Chine en Amérique latine.

Selon les chiffres de la Commission européenne, la part de l'UE dans les importations du Mercosur était six fois supérieure à celle de la Chine en 2000, alors qu'aujourd’hui, celle-ci dépasse d'environ 40 % celle de l'UE.

À Bruxelles, l'accord est également jugé crucial pour diversifier les liens commerciaux de l'UE, alors que les États-Unis resserrent l'accès à leur marché et que Pékin renforce son emprise sur les matériaux et technologies stratégiques pour l'Europe.

"Étant donné le contexte géopolitique et géoéconomique – où, par exemple, Donald Trump nous impose des droits de douane insensés – nous ne voulons pas de la loi du plus fort, mais négocier comme l'Union européenne l'a toujours fait avec ses partenaires", a déclaré l'eurodéputé espagnol Javier Moreno Sánchez (S&D) à Euronews.

Le débat à Paris s’envenime

Après 25 ans de négociations menées par la Commission, l'accord a été approuvé par une majorité d'États membres et formellement signé. Lundi, il sera présenté au Parlement européen pour les dernières étapes de sa ratification.

Les législateurs restent divisés selon des lignes nationales, comme le montre le vote du Conseil du 9 janvier. La France, la Pologne, la Hongrie, l'Irlande et l'Autriche se sont opposées à l'accord, tandis que la Belgique s'est abstenue. Les partisans espèrent que l'approbation de la semaine dernière donnera de l'élan au Parlement, mais l'attention se porte déjà sur une résolution qui sera soumise au vote la semaine prochaine, visant à contester l'accord devant la plus haute juridiction de l'UE une démarche qui pourrait rallier des partisans encore hésitants.

En France, la saga du Mercosur est devenue un point de friction politique susceptible d'alimenter l'euroscepticisme, dans un pays où la plus grande délégation au Parlement européen appartient déjà au Rassemblement national (RN), en tête des sondages pour la prochaine élection présidentielle.

N'ayant pas réussi à constituer une minorité de blocage contre l'accord, Jordan Bardella, chef de file du RN, a déposé une motion de censure au Parlement européen, dont le vote est prévu la semaine prochaine. Il a également déposé une motion de censure à l'Assemblée nationale française cette semaine, qui a été rejetée.

Le débat à Paris s'envenime, avec des forces politiques de tous bords opposées à l'accord. Ses détracteurs dénoncent les risques pour les agriculteurs européens, exposés à la concurrence des importations latino-américaines qui ne respecteraient pas les normes de production de l'Union.

Les partisans de l'accord répliquent que les difficultés agricoles de la France sont d'origine nationale et que le Mercosur est devenu un bouc émissaire tout trouvé.

"La responsabilité est purement française, car les problèmes sont français", a déclaré à Euronews Jean-Luc Demarty, ancien directeur général du commerce extérieur à la Commission européenne. "Après 15 ans de politique agricole nationale absolument lamentable – et de politique économique également – la compétitivité de l'agriculture française s'est considérablement détériorée. Le Mercosur sert de bouc émissaire".

Les opposants ont néanmoins obtenu des garanties environnementales importantes, des quotas pour les produits sensibles comme le bœuf et la volaille, ainsi que des clauses de sauvegarde pour protéger le marché. La Commission a également promis un soutien de 45 milliards d'euros aux agriculteurs de l'UE à partir de 2028 des engagements qui ont fait pencher la position clé de l'Italie en faveur de l'accord. Mais pas celle de la France.

Paris met désormais en avant les gains économiques limités de l'accord. Le 8 janvier, le président français Emmanuel Macron a publié sur X des estimations de la Commission selon lesquelles le PIB de l'UE ne gagnerait que 0,05 % d'ici 2040.

Les droits de douane sur les voitures européennes actuellement à 35 %, un élément clé du soutien allemand ne seraient supprimés que sur 18 ans, période durant laquelle les constructeurs chinois pourraient déjà s'être taillé une part de marché importante dans les pays du Mercosur.

Les entreprises européennes dans l’expectative

Les députés favorables à l'accord estiment que d'autres secteurs pourraient en tirer profit, notamment les services, les produits laitiers, les vins et spiritueux, tandis que les entreprises européennes auraient accès aux marchés publics des quatre pays du Mercosur.

"Nous avons une grande majorité d’acteurs industriels et de fournisseurs de services qui attendent cet accord et restent pour l’instant discrets", a déclaré Javier Moreno Sánchez.

Ces arguments peinent toutefois à convaincre en France, où la résistance aux accords de libre-échange reste forte. L'accord commercial entre l’UE et le Canada (CETA), en vigueur de manière provisoire depuis 2017, n'a toujours pas été ratifié par le Parlement français, et le Sénat a voté contre en 2024.

L'eurodéputée allemande Svenja Hahn (Renew) a relativisé ces craintes : "Seuls 2 % des quotas prévus dans le CETA pour le bœuf ont été utilisés", a-t-elle déclaré à Euronews.

Dans les pays opposés à l'accord du Mercosur, les partisans ont eu du mal à se faire entendre après des années de critiques virulentes.

"Dans plusieurs pays, cet accord a d’abord été présenté comme quelque chose qu’il fallait combattre pour obtenir certaines concessions", a déclaré à Euronews Eric Maurice, expert au European Policy Center à Bruxelles. "Il a donc été perçu négativement au départ, avant que ses avantages ne soient défendus par la suite."

Vingt-cinq ans après le lancement des négociations, l'accord du Mercosur pourrait raviver un ressentiment particulièrement malvenu envers l'UE.

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