Le 24 février, le Parlement européen a annoncé avoir approuvé un prêt de 90 Md € pour soutenir l'Ukraine. Sur les réseaux sociaux, certains ont affirmé que cela signifiait que Bruxelles avait contourné l'opposition de la Hongrie. Il s'agit toutefois seulement d'une étape du processus législatif.
Un message publié sur X par la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a déclenché une vague de désinformation autour du prêt de 90 milliards d'euros accordé par l'UE à l'Ukraine. Ce soutien est destiné à aider Kyiv à couvrir son budget général et ses besoins en matière de défense face à l'invasion russe en cours.
La Hongrie a annoncé en début de semaine qu'elle bloquerait à la fois ce prêt – approuvé par les dirigeants de l'UE en décembre – et un nouveau train de sanctions contre Moscou, en raison d'un différend sur l'approvisionnement en pétrole.
Peu après, Roberta Metsola a précisé sur X qu'elle avait signé le prêt de soutien à l'Ukraine au nom du Parlement. Elle a déclaré que les fonds seraient utilisés pour maintenir les services publics essentiels, soutenir la défense ukrainienne, protéger la sécurité européenne partagée et ancrer l'avenir de l'Ukraine au sein de l'Europe.
L'annonce a suscité une vague de réactions en ligne, certains affirmant à tort que le veto de la Hongrie avait été ignoré.
Roberta Metsola a bien signé le prêt au nom du Parlement européen, mais il ne s'agit là que d'une étape dans le processus législatif de l'UE. Sa signature ne signifie pas que le prêt a été définitivement mis en œuvre.
Le processus expliqué
En décembre, après avoir échoué à trouver un accord sur l'utilisation des avoirs russes gelés pour financer l'effort de guerre de l'Ukraine, le Conseil européen a donné son accord de principe à l'octroi de 90 milliards d'euros pour aider Kyiv à couvrir ses besoins budgétaires et militaires sur les deux prochaines années.
Le 14 janvier, la Commission européenne a présenté un ensemble de propositions législatives visant à assurer un soutien financier continu à l'Ukraine en 2026 et 2027. Il s'agit notamment :
- d'un projet de prêt de 90 milliards d'euros pour soutenir l'Ukraine,
- de modifications de la facilité pour l'Ukraine – instrument de l’UE utilisé pour fournir une assistance budgétaire,
- de changements dans le cadre financier pluriannuel de l'UE afin que le prêt puisse être garanti par toute marge budgétaire inutilisée.
En vertu du droit communautaire, ces propositions doivent être adoptées par le Parlement européen et le Conseil européen. Comme le prêt implique des modifications des règles budgétaires des Vingt-Sept, il doit être approuvé à l’unanimité par tous les États membres.
La signature de Roberta Metsola ne constitue donc pas une décision finale et ne supprime pas le veto de la Hongrie.
Le différend pétrolier à l'origine de l'opposition de la Hongrie
Budapest affirme que son opposition au prêt à l'Ukraine est liée à un différend autour de l'oléoduc Droujba, datant de l'époque soviétique qui transporte le pétrole russe vers la Hongrie et la Slovaquie via l'Ukraine.
Selon le Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur (CREA), la Hongrie et la Slovaquie ont importé pour environ 137 M€ de brut russe via cet oléoduc au seul mois de janvier, grâce à une exemption temporaire de l'UE.
Les flux de pétrole se seraient arrêtés fin janvier après une attaque aérienne russe qui, selon Kyiv, aurait endommagé la branche sud de l'oléoduc dans l'ouest de l'Ukraine. La Hongrie conteste cette version, le Premier ministre Viktor Orbán accusant l'Ukraine de bloquer l'utilisation du pipeline.
S'exprimant à Kyiv aux côtés de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et du président du Conseil européen, António Costa, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé que l'oléoduc avait été endommagé par la Russie et non par Kyiv.
Il a précisé que les réparations étaient dangereuses et ne pouvaient être effectuées rapidement sans mettre en danger les militaires ukrainiens.
Les tensions se sont accrues après que l'Ukraine a frappé une station de pompage russe desservant l’oléoduc. Viktor Orbán a réagi en renforçant la sécurité des sites d'infrastructures critiques, accusant Kyiv de chercher à perturber le système énergétique hongrois.