La junte accuse la chaîne de télévision française de "désinformation" et "d'apologie du terrorisme" dans le traitement des violences djihadistes dans ce pays d'Afrique de l'Ouest et au Mali. Reporters sans frontières a dénoncé "une interdiction fondée sur des éléments opaques".
Il n'est désormais plus possible de regarder TV5 Monde au Burkina Faso. Ce mardi 5 mai, le régime militaire au pouvoir a décidé d'interdire la diffusion de la chaîne de télévision française. Il accuse le média de "désinformation" et "d'apologie du terrorisme" dans le traitement des violences djihadistes dans le pays ainsi qu'au Mali, pays allié et membre de la confédération de l'Alliance des États du Sahel (AES).
"Cette décision fait suite au constat de nombreux manquement à la loi, à l'éthique et à la déontologie dans le traitement de sujets liés à la lutte contre le terrorisme au Burkina Faso et à l'actualité relative aux attaques terroristes survenues le 25 avril 2026 au Mali", écrit le Conseil supérieur de la communication (CSC) du pays ouest-africain, dans un communiqué.
Fin avril, des djihadistes alliés à la rébellion touarègue ont mené un vaste assaut contre des positions de la junte malienne, qui lutte depuis longtemps contre des militants du JNIM, liés à Al-Qaïda et au groupe État islamique, ainsi que contre un soulèvement séparatiste dans le nord du pays. Sadio Camara, alors ministre de la Défense, est décédé dans cette attaque. Il s'agissait de l'une des plus importantes offensives coordonnées contre l'armée au pouvoir.
Le CSC estime que TV5 Monde est "complice d'apologie d'actes terroristes et d'entreprises de déstabilisation des institutions maliennes, et, subséquemment, de l'espace de l'Alliance des États du Sahel", écrit encore le président de l'instance, Wendingoudi Louis Modeste Ouédraogo.
Auprès de l'AFP, Reporters sans frontières a dénoncé "une interdiction fondée sur des éléments opaques, qui restreint un peu plus l'espace informationnel dans un pays où des journalistes sont enlevés et vraisemblablement réquisitionnés de force au sein de l'armée".
Défiance envers l'Occident
Le Burkina Faso est contrôlé par une junte militaire arrivée au pouvoir par un putsch, le 30 septembre 2022, le deuxième en l'espace de huit mois. Le 14 octobre de la même année, le capitaine Ibrahim Traoré a été désigné président de la transition.
Depuis, il ne cesse de prôner sa souveraineté sur le pays et tourne progressivement le dos à la France. Quelques jours seulement après le coup d'État, des tensions avaient éclatés autour de l'ambassade de France, pris pour cible par des manifestants. Quelques mois plus tard, Paris actait le retrait définitif de ses troupes de l'opération "Sabre" sur le sol burkinabé.
Dans le même temps, et à l'image de plusieurs pays de la région tels que le Mali ou le Niger, le Burkina Faso s'est rapproche de Moscou afin d'assurer la protection de son régime contre, notamment, les djihadistes, qui contrôlent une partie du territoire.
Contrôle assumé des médias
Ce n'est pas la première fois que TV5 Monde est suspendu au Mali. Le CSC avait déjà prononcé une sanction similaire le 27 avril 2024 et le 18 juin de la même année.
Depuis l'arrivée au pouvoir d'Ibrahim Traoré, plusieurs médias ont connu le même sort : le quotidien Le Monde, les chaînes LCI, France 24 et Radio France international et les radios anglophones BBC et Voice of America ont tous été suspendus de manière définitive ou temporaire dans le pays.
La chaîne est également suspendue au Mali depuis mai 2025 et "jusqu'à nouvel ordre", selon les militaires au pouvoir, qui reprochaient un manque d'impartialité lors d'une manifestation de l'opposition.