Prix des engrais en forte hausse: la Commission européenne tente de calmer les agriculteurs avant des négociations clés sur le budget agricole de l’UE.
La Commission européenne présente mardi un plan sur les engrais destiné à éviter une nouvelle fronde agricole avant des négociations clés sur le budget agricole de l'Union, alors que le conflit en cours au Moyen-Orient fait flamber les prix des engrais.
Après les mouvements de colère du monde rural qui ont secoué les capitales, de la Belgique à la France et à l'Allemagne, au cours des deux dernières années, Bruxelles se montre de plus en plus inquiète de voir la forte hausse des coûts de l'énergie et des engrais relancer la contestation contre l'agenda climatique de l'UE.
Les responsables européens redoutent tout particulièrement que la cherté des engrais ne réduise les rendements, ne fasse baisser la production alimentaire et n'alimente le ressentiment à l'égard des politiques vertes, alors que les partis d'extrême droite et populistes progressent dans les zones rurales partout dans l'Union.
Dans le projet de plan sur les engrais de l'UE, dont Euronews a pu prendre connaissance et qui pourrait encore légèrement évoluer avant sa présentation officielle, les agriculteurs devraient bénéficier de fonds agricoles européens d'urgence et de paiements anticipés, à condition d'adopter des pratiques plus durables, comme la réduction de l'utilisation d'engrais de synthèse et l'adoption d'engrais biosourcés.
Alors qu'aucun nouveau financement n'est prévu pour les agriculteurs dans le plan de la Commission, celui-ci propose des actions à court terme pour « améliorer l'accès » à des engrais abordables, ce qui implique une réaffectation des fonds agricoles européens dans le cadre de la politique agricole commune (PAC).
À propos de ce plan sur les engrais, Christophe Hansen, commissaire européen à l'Agriculture, a récemment indiqué qu'il restait 200 millions d'euros dans la réserve de crise de la PAC et a exprimé son intention de « au moins doubler ce montant » pour soutenir les agriculteurs.
Un haut responsable de la Commission a indiqué lundi à des journalistes que l'exécutif fournirait un « soutien exceptionnel » ciblé aux agriculteurs les plus touchés et que davantage de fonds seraient mobilisés dans le budget de l'UE « pour renforcer la recherche agricole ». Le montant reste toutefois en discussion.
Les défenseurs de l'environnement ont déjà estimé que la proposition de la Commission sur la PAC dans le cadre du budget 2027-2034 était « hautement problématique » et ne permettait pas d'augmenter les fonds destinés à la protection et à la restauration de la nature et des agroécosystèmes.
« Sans financement dédié à la nature ou aux agroécosystèmes, comment espèrent-ils engager de véritables changements dans un secteur déjà frappé de plein fouet par les crises du climat, de la biodiversité et de la pollution ? », pouvait-on lire dans une déclaration commune de quatre ONG environnementales basées à Bruxelles.
Une course contre la montre
L'UE dispose d'une réserve de crise agricole annuelle d'au moins 450 millions d'euros pour aider les agriculteurs à faire face aux perturbations des marchés, aux maladies animales et aux événements météorologiques extrêmes. Le fonds de la PAC est actuellement divisé en deux volets, l'un important pour soutenir les agriculteurs actifs et un plus modeste pour les zones rurales.
Mais la Commission a proposé de démanteler ce budget agricole traditionnel dans le prochain cadre financier pluriannuel et de le fusionner au sein d'un fonds unique plus important, doté de 6,3 milliards d'euros sur sept ans, une proposition à laquelle les agriculteurs se sont opposés.
Le groupement professionnel Copa-Cogeca a jugé « inacceptable » la proposition de la Commission pour le financement de la PAC dans le prochain budget pluriannuel, réclamant des alternatives qui respectent la nature de la PAC, en la maintenant comme une « politique autonome à deux piliers, avec un budget sécurisé et indépendant et un financement protégé contre l'inflation ».
Les dirigeants de l'UE se sont fixé une échéance stricte, fin 2026, pour s'accorder sur le montant exact des fonds qui seront disponibles au titre de la PAC pour le budget de sept ans.
Une question d'urgence
Le plan de la Commission vise aussi à stimuler la production intérieure d'engrais, qui reste inférieure de 10 à 15 % à son niveau d'avant l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie et la flambée des prix du gaz qui s'en est suivie.
La dépendance du bloc aux importations d'engrais est apparue au grand jour lors de la crise énergétique de 2022, lorsque plusieurs usines d'engrais ont réduit ou temporairement arrêté leur production, celle-ci n'étant plus rentable.
Alors que les marchés mondiaux sont aujourd'hui fortement perturbés par la fermeture du détroit d'Ormuz, la Commission indique que la production intérieure de l'UE a elle aussi été « fortement affectée » par les prix de l'énergie, notamment pour les engrais azotés, dont les prix sont désormais supérieurs de 70 % à la moyenne de 2024.
Le commissaire Hansen a déploré l'insuffisance actuelle de la production d'engrais au sein de l'Union, reconnaissant les limites actuelles du bloc.
« Certains agriculteurs doivent payer pour se débarrasser de leurs effluents d'élevage, car ils sont limités dans l'usage des nitrates et de l'azote sur leurs sols », a expliqué le commissaire autrichien. « Je pense que si la crise devait se prolonger, nous devrions aussi, éventuellement, revoir les plafonds actuellement en vigueur. »
Nicoló Giacomuzzi-Moore, directeur exécutif de l'entreprise commune Circular Bio-Base Europe soutenue par la Commission, estime que les engrais biosourcés pourraient remplacer une part substantielle des nutriments de synthèse, soulignant que des études indiquent que le simple remplacement de 20 à 40 % des engrais de synthèse permettrait de réduire nettement les coûts lors des pics de prix, tout en apportant des bénéfices environnementaux.
Mais même si le secteur cherche à gagner en reconnaissance pour stimuler la demande, les solutions biosourcées restent plus coûteuses pour les agriculteurs que les engrais traditionnels.
Giacomuzzi-Moore a averti que l'Europe n'était pas seule dans cette course, des pays tiers « investissant massivement » et se disant prêts à concurrencer les Européens pour, à terme, faire baisser les prix.
« Nous faisons clairement partie des meilleurs en matière de recherche et d'innovation, a-t-il déclaré. Maintenant, nous devons devenir les meilleurs pour garantir un accès fiable au marché, et nous devons le faire de toute urgence. »