Concernant les crimes contre les enfants, les actes d’enquête devront être effectués "dans un délai maximal de trois mois", a aussi proposé mardi le premier ministre, à l’issue d’une réunion interministérielle.
Sébastien Lecornu, qui a réuni ce mardi plusieurs ministres pour tenter de répondre à l'émotion suscitée par la mort de Lyhanna, 11 ans, a proposé de renforcer les peines pour les violeurs en série, qui pourront encourir la perpétuité au lieu de 20 ans actuellement, selon Matignon.
Concernant les crimes contre les enfants, les actes d'enquêtes devront être effectués "dans un délai maximal de 3 mois", a également proposé le Premier ministre à l'issue d'une réunion avec cinq ministres. Une mesure qui répond à l'inaction de la justice face au principal suspect, qui avait fait l'objet de plusieurs plaintes et signalements.
D'autres mesures sont "en cours de finalisation", et toutes seront intégrées dans le projet de loi sur la protection des enfants, déjà présenté en Conseil des ministres il y a une dizaine de jours et qui sera examiné par le Parlement en juillet.
Des procureurs saturés de "priorités" pointent des moyens insuffisants
Confrontés depuis plusieurs jours à une vague d'émotion et de critiques, plusieurs procureurs décrivent un système judiciaire sous tension, marqué par l'accumulation de dossiers où il devient difficile de distinguer "une super-priorité parmi les priorités".
Tout en comprenant "parfaitement la colère" de l’opinion publique, ils insistent sur la pression structurelle qui pèse sur la justice, et la multiplication des priorités politiques. En 2025 et 2026, les parquets ont reçu des dizaines de circulaires, assignant des objectifs variés – narcotrafic, violences intrafamiliales, atteintes aux élus ou à l’environnement –, sans qu’elles soient toujours accompagnées des moyens nécessaires.
La mère d'une victime présumée de Jérome B. va déposer plainte contre l'Etat
Au même moment, près de 60 400 personnes ont participé à 216 rassemblements partout en France devant les tribunaux pour manifester leur colère.
À Toulouse, la mère de Rosa, une mineure qui avait déposé plainte pour viol sur mineure contre Jérôme B., principal suspect dans l'affaire Lyhanna, va déposer plainte contre l'Etat pour faute lourde, reprochant à la justice sa lenteur, a annoncé son avocat Pierre Debuisson.
"Nous déposons plainte contre le procureur de Toulouse et d’Auch qui n’ont pas cru bon de devoir donner l’instruction d’interpeller ce criminel, et enfin devant la Cour de justice de la République contre Gérald Darmanin, le garde des sceaux, pour les mêmes infractions", a-t-il déclaré au cours d’une conférence de presse. L'avocat compte lancer deux procédures : une plainte contre l'État en responsabilité devant le tribunal judiciaire pour faute lourde, ainsi qu'une procédure au pénal, a-t-il indiqué.
Le 22 août 2025, la mère de cette enfant née en 2014 avait déposé plainte à Plaisance-du-Touch, en Haute-Garonne, accusant Jérôme B. d'avoir commis des viols sur sa fille, entre septembre 2024 et mai 2025, au domicile de ce dernier. La petite fille avait été entendue cinq jours plus tard et des examens médico-légaux et psychologiques réalisés en septembre et octobre 2025.
Lors de la conférence de presse, elle a rappelé que sa fille avait été entendue pendant "des heures et des heures" par un médecin, qui avait constaté des lésions physiques et des impacts psychologiques. Mais "rien n’a été fait. La justice n’a pas fait son travail. Je ne comprends pas".
Les réactions des autres partis politiques se multiplient
Marine Le Pen a déclaré, à l’issue de la réunion hebdomadaire des chefs de groupes à l’Assemblée nationale, qu’elle soutiendrait les mesures qui seront proposées par le gouvernement en réponse à la mort de Lyhanna. Plusieurs pistes ont été avancées par Sébastien Lecornu, qui a convoqué les ministres concernés à Matignon, parmi lesquelles un durcissement des peines, un changement des règles de prescription ou une meilleure information des victimes.
La cheffe de file du Rassemblement national estime toutefois que, comme "Sébastien Lecornu l’a dit lui-même, aucun de ces textes n’est susceptible de changer véritablement les choses". Certaine que ces mesures "n’auraient pas pu empêcher le drame de Lyhanna", la patronne des députés RN a affirmé que "ce que les Français attendent, ce ne sont pas des lois de circonstance qui agissent à la marge des problèmes, mais une vraie introspection dans le fonctionnement de la justice".
De son côté, la cheffe de file des députés La France insoumise, Mathilde Panot, a estimé en conférence de presse qu’il était "indécent de voir un ministre au pouvoir se décharger de toute responsabilité politique sur des magistrats" dans l’affaire de la mort de Lyhanna.
"Je rappelle que la responsabilité politique est celle de Gérald Darmanin, de ses prédécesseurs, de la politique menée depuis neuf ans par Emmanuel Macron", a-t-elle fait valoir. Selon elle, le garde des sceaux n’a pas, contrairement à ce qu’il affirme, fait de la violence faites aux enfants et aux femmes une priorité. Elle déplore que la circulaire publiée par le ministre de la justice en janvier explicite fortement la lutte contre le narcotrafic, et beaucoup moins ce sujet. "C’est eux qui sont responsables des coupes budgétaires", accuse aussi Mathilde Panot."Gérald Darmanin doit assumer sa responsabilité politique et en assumer toutes les conséquences, et donc démissionner", martèle-t-elle.
La candidate des écologistes à la primaire de la gauche Marine Tondelier affirme que le meurtre de Lyhanna, "l'injustice de trop", fait "exploser une cocotte-minute qui bouillait depuis trop longtemps". "Tant que notre société refusera d’entendre la parole des femmes et des enfants, il y aura malheureusement d’autres Lyhanna", déplore-t-elle.
"Alors même si ça déplaît à Gérald Darmanin, on va continuer de réclamer sa démission, et surtout : 3 milliards et une loi intégrale contre les VSS", poursuit-elle, et juge "abjecte" l'attitude du ministre de la Justice qui "se défausse de sa responsabilité politique sur des magistrats dont nous savons très bien qu’ils et elles n’ont pas les moyens de travailler correctement".