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Forum économique de Bruxelles : quelles priorités face aux multiples crises que traverse l'Europe?

Par Naomi Lloyd  & Guillaume Desjardins
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La guerre menée par la Russie en Ukraine est avant tout, une tragédie pour la population ukrainienne. Immédiatement, l'Union européenne a fait preuve de solidarité et a délivré de l'aide aux réfugiés. Mais alors que les prix de l'alimentation et de l'énergie montent en flèche et que les États membres prennent des mesures urgentes pour se libérer de leur dépendance au gaz russe, que signifie ce conflit pour l'économie européenne ?

C'est la question centrale qui sera abordée au Forum économique de Bruxelles, le 17 mai. Lors de cet événement phare de l'UE en matière d'économie, décideurs, universitaires, représentants de la société civile et chefs d'entreprise débattent des grands défis économiques que les pays européens doivent relever. Ce rendez-vous se tient depuis plus de vingt ans.

"Il faut aider les ménages et investir" selon la numéro 2 du FMI

Numéro 2 du Fonds monétaire international à Washington, Gita Gopinath fait partie des nombreux intervenants de renom qui participeront au Forum. Nous l'avons interrogée sur l'ampleur des répercussions économiques de la guerre sur les pays européens.

"La guerre en Ukraine aura un effet significatif sur quasiment toute l'Europe: nous avons baissé nos prévisions de croissance pour les principales économies européennes d'environ 1 % pour les ramener à 3 % cette année," fait-elle remarquer. "Dans le même temps, nous prévoyons que l'inflation sera nettement plus élevée," poursuit-elle. "L'effet le plus direct que nous constatons sur la vie des gens - en dehors bien sûr, de ce qui se passe en Ukraine et de la crise des réfugiés -, c'est le fait que le prix des matières premières a augmenté et que ceux de l'énergie ont fait un bond substantiel : cela affecte le pouvoir d'achat des consommateurs ; de plus, l'impact de la guerre et des sanctions n'a pas encore été pleinement ressenti à ce stade," estime-t-elle.

Nous lui demandons quelles mesures l'Union européenne doit prendre pour garantir une reprise économique forte, en particulier pour les jeunes. "La pandémie a été particulièrement dure pour les jeunes et aujourd'hui, il y a la guerre et la grande incertitude qui l'accompagne et cela a des effets sur la confiance : ce qui a des conséquences sur la manière dont les entreprises embauchent et vous pouvez voir que cela tend aussi à toucher les jeunes qui viennent d'entrer sur le marché du travail," répond Gita Gopinath.

"Concernant ce qu'il faut faire," renchérit-elle, "il nous semble adéquat de fournir un soutien ciblé en termes, par exemple, d'aides financières aux ménages durement touchés par cette augmentation des prix de l'énergie. Il est également important d'investir," dit-elle. "Nous avons besoin que la transition verte se fasse tout en tenant compte de la sécurité énergétique ; un fonds d'investissement climatique serait également très utile," affirme-t-elle.

Une jeunesse entre craintes et espoir

2022 est l'Année européenne de la jeunesse et une question se pose : à quoi ressemblera l'avenir pour la nouvelle génération ? Pour le savoir, nous nous sommes tournés vers de jeunes économistes et politiciens qui seront présents au forum économique de Bruxelles.

Au Parlement européen, nous avons ainsi interrogé Kira Marie Peter-Hansen, jeune Danoise, élue eurodéputée il y a trois ans, sur sa vision du futur. "Je crains que nous n'atteignions pas les objectifs climatiques et que nous ayons dans l'Est de l'Europe, un bloc qui recule en matière de démocratie et de droits de l'homme," indique-t-elle. "Je crains aussi que nous soyons confrontés à des défis dans notre démocratie et que nous soyons pris dans une nouvelle guerre froide," ajoute-t-elle.

"Mais en même temps, je suis très optimiste et je pense que nous pouvons gérer toutes ces crises et quand je vois la jeune génération, je suis remplie d'espoir," assure-t-elle.

Générations de crises

Chaque génération doit relever son lot de défis, mais pour celles qui se nomment Z et Alpha, ils sont colossaux : crises financière et économique en 2008, pandémie de Covid-19, crise climatique et environnementale, crise de la démocratie, guerre en Ukraine et révolution technologique et numérique qui va bouleverser leur monde.

Roxana Mihet est professeure assistante de finances en prétitularisation conditionnelle à la Faculté des hautes études commerciales de l'Université de Lausanne. "Notre avenir va dépendre des politiques que nous mettons en œuvre aujourd'hui en vue d'aboutir à un équilibre entre les avantages et les inconvénients de la transformation numérique," estime-t-elle. "Je pense que dans le monde entier, les gouvernements doivent faire très attention quand ils déterminent comment et quand réglementer ces technologies car une réglementation trop faible sera nuisible aux individus, mais trop de réglementation peut aussi leur nuire et nuire à la croissance économique," fait-elle remarquer.

Changement de comportement individuel et de politique

Engager la double transition écologique et digitale est donc vital pour une génération née avec un smartphone dans les mains. Mais comment s'assurer que les bouleversements associés n'accroissent pas les inégalités sociales ?

"Chacun peut jouer un rôle en changeant son comportement, mais il est évident que l'on ne peut pas faire grand-chose," indique pour sa part, Diego Känzig, postulant au doctorat en économie à la London Business School. "Je crois qu'il appartient aux responsables politiques d'établir un cadre qui nous permette de réduire les émissions carbone et d'encourager les changements de comportement dont nous avons besoin pour relever le défi climatique et l'Union européenne fait beaucoup à cet égard," estime-t-il.

Entre la crise climatique, la robotisation et la remise en cause de la démocratie, le monde change à vitesse grand V. La future génération entreprendra, travaillera et consommera bien différemment des précédentes à la fois en s'adaptant à ce nouveau monde, mais également en le forgeant à son image.

Quelle stratégie européenne ?

Quelle économie allons-nous transmettre à la prochaine génération ? Et que faut-il faire dès maintenant pour s'assurer de sa solidité ? Nous posons ces questions au vice-président exécutif et Commissaire européen au commerce, Valdis Dombrovskis.

"Tout d'abord, il est évidemment important de travailler à faire cesser la guerre en Ukraine, je pense que c'est un objectif que nous devons poursuivre en tant que tel," insiste-t-il. "Il est également clair que plus vite nous arrêterons la guerre, mieux cela permettra à l'économie de se rétablir," fait-il remarquer.

"Il est important que nous renforcions la résilience de l'économie européenne et que les États membres fassent bon usage des financements disponibles dans le cadre de la Facilité pour la reprise et la résilience et il est évident que nous devons nous défaire de notre dépendance à l'égard des combustibles fossiles de la Russie," dit-il.

Quant aux craintes de l'eurodéputée Kira Marie Peter-Hansen, à l'image des inquiétudes d'une partie de la jeunesse européenne, sur notre capacité à atteindre les objectifs climatiques, voici son point de vue : "Il est clair que nous devons maintenir le cap en ce qui concerne nos objectifs climatiques : la réduction de nos émissions de 55 % d'ici à 2030 et la neutralité climatique d'ici à 2050," indique le Commissaire européen au commerce. "Je dirais que le fait que nous accélérions notre abandon des combustibles fossiles russes n'est pas en contradiction avec cela car c'est exactement l'objectif du Pacte vert européen," rappelle-t-il.

Journaliste • Naomi Lloyd

Video editor • Jean-Christophe Marcaud

Sources additionnelles • Production : Louise Lehec ; cameramen Jorne Van Damme, Bram Verbeke ; Motion Design : NEWIC