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Affaire Benalla : Collomb nie en bloc et charge le préfet de police

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Affaire Benalla : Collomb nie en bloc et charge le préfet de police

Gérard Collomb avant son audition concernant l'affaire Benalla
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Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a nié lundi avoir commis une quelconque faute dans la gestion de l'affaire Benalla, en imputant les éventuels manquements notamment au préfet de police, qui s'est défendu et a renvoyé l'Élysée et la Place Beauvau à leurs responsabilités.

Les vidéos montrant Alexandre Benalla, 26 ans, un proche collaborateur du chef de l'État, en train de frapper et malmener deux manifestants le 1er mai à Paris alors qu'il accompagnait les forces de l'ordre en tant qu'"observateur" (mais avec brassard et casque de policier), ne cessent d'avoir des répercussions : Emmanuel Macron est directement mis en cause, et les débats parlementaires sur sa réforme constitutionnelle ont été renvoyés à la rentrée.

Sous pression, le président de la République a promis, via son entourage, la "vérité" sur des faits "inacceptables", en espérant éteindre la première grave crise politique de son quinquennat. Il a assuré qu'il n'y aurait "pas d'impunité".

Entendu pendant près de deux heures et demie par la commission des Lois de l'Assemblée dotée de prérogatives d'enquête, le ministre de l'Intérieur, appelé à la démission par des personnalités de droite comme de gauche, a dû affronter un feu nourri de questions.

Gérard Collomb a affirmé avoir été informé le lendemain des faits par son cabinet de l'existence de la vidéo sur laquelle on voit Alexandre Benalla s'en prendre à deux manifestants en présence d'un employé de La République en marche (LREM), Vincent Crase, lui aussi "observateur".

Mais il a estimé que ce n'était pas à lui de saisir la justice de ces actes qu'il a de nouveau condamnés "avec la plus grande fermeté".

"Je considère que c'est à ceux qui sont en responsabilité dans leurs administrations, au plus près du terrain, de recueillir les éléments permettant de justifier la transmission d'un signalement au titre de l'article 40" du Code de procédure pénale, a-t-il déclaré.

Le 2 mai, "je m'étais assuré que tant le cabinet du président de la République que le préfet de police avaient été destinataires de l'information. (...) C'était à eux de prendre les sanctions et éventuellement d'informer les autorités judiciaires", a lancé Gérard Collomb.

Le préfet de police Michel Delpuech, entendu dans l'après-midi par la même commission, a contesté ce point de vue, rappelant être "sous l'autorité des autorités exécutives".

Après avoir appris l'existence de la vidéo le 2 mai, il a contacté le ministère de l'Intérieur, qui lui a répondu être "déjà en liaison" avec la présidence de la République, a-t-il rapporté. Dès lors, "il était établi pour moi que le sujet Benalla était traité par l'autorité hiérarchique dont il dépendait".

De même, alors que Gérard Collomb a contesté connaître Alexandre Benalla, dont il ignorait les fonctions même s'il l'a forcément "croisé" lors de la campagne électorale d'Emmanuel Macron, le préfet a assuré que ce chargé de mission à l'Elysée "était un interlocuteur connu".

Cet adjoint du chef de cabinet de la présidence jouait un grand rôle dans la sécurité entourant le chef de l'État et était régulièrement en contact avec des responsables policiers.

Le préfet de police a en revanche "assumé" avoir autorisé Alexandre Benalla à porter une arme, sur demande de l'Elysée qui n'a pas fait pression en ce sens, a-t-il précisé, mais sans que le cabinet du ministre de l'Intérieur n'en soit avisé.

Gérard Collomb n'en a pas fini avec les explications : il sera mardi devant la commission des Lois du Sénat, qui entendra mercredi Patrick Strzoda, le directeur de cabinet du président de la République. Patrick Strzoda et Michel Delpuech apparaissent tous deux comme de potentiels "fusibles" dans cette affaire.

"On a bien compris la stratégie qui est celle du ministre de l'Intérieur : se sauver, quitte à renvoyer la responsabilité vers le préfet de police et le directeur de cabinet du président de la République, comme si ceux-là n'avaient eux-mêmes aucune espèce d'autorité hiérarchique" au-dessus d'eux, a réagi le porte-parole du PS, Boris Vallaud. A gauche toujours, les anciens candidats à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon ont chacun demandé qu'Emmanuel Macron soit auditionné.

Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a assuré de son côté que le président était "extrêmement déterminé à ce que la vérité puisse être établie".

Critiqué pour son silence public sur ce dossier, le chef de l'État a annulé son déplacement mercredi sur le Tour de France.

Alexandre Benalla, Vincent Crase et trois hauts gradés de la police soupçonnés d'avoir transmis au conseiller de l'Elysée des images de vidéosurveillance de l'incident ont été mis en examen dimanche soir : les deux premiers notamment pour "violences en réunion" et les trois policiers pour "violation du secret professionnel" et "détournement d'images issues d'un système de vidéoprotection".

"Fondamentalement, ces événements résultent de dérives individuelles inacceptables, condamnables, sur fond de copinages malsains" entre les policiers mis en cause et Alexandre Benalla, a jugé le préfet Delpuech devant les députés.

M. Benalla a, lui, dénoncé "l'utilisation médiatique et politique" de son intervention contestée du 1er mai, qu'il a justifiée par la volonté de "prêter main forte" aux policiers face aux manifestants, dans un communiqué de ses avocats.

L'ancien chargé de mission (dont le licenciement a été annoncé vendredi par l'Elysée), de même que Vincent Crase, a en outre été soumis à un contrôle judiciaire qui lui interdit d'exercer une fonction publique ou une mission de service public, de détenir une arme et d'entrer en contact avec d'autres protagonistes de l'affaire.

Quant aux deux manifestants malmenés sur les vidéos au coeur du scandale, ils ont demandé à être parties civiles dans l'enquête judiciaire, tout comme un syndicat de policiers.

"Pour éviter qu'un tel dysfonctionnement se reproduise", le chef de l'État a demandé au secrétaire général de l'Élysée Alexis Kohler, qui sera entendu jeudi au Sénat, de "mener la réorganisation" des services de la présidence.

Parallèlement à l'enquête parlementaire, une enquête administrative a été confiée à la "police des polices", qui devrait remettre son rapport "à la fin de cette semaine", selon le président de l'Assemblée nationale François de Rugy.

L'affaire a bouleversé l'agenda politique et paralysé l'Assemblée : l'examen de la révision constitutionnelle a dû être suspendu jusqu'à la rentrée.