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Pédophilie : le pape sous pression pour annoncer des mesures concrètes

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Pédophilie : le pape sous pression pour annoncer des mesures concrètes

Le pape François lors d'une audience générale, au Vatican, le 22 août 2018
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Vincenzo PINTO
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Déstabilisé par une enquête sur des sévices sexuels qu'ont fait subir des membres du clergé à un millier d'enfants aux Etats-Unis, le pape François a reconnu que l'Eglise avait "abandonné les petits" dans une lettre inédite aux catholiques, mais reste sous pression pour changer radicalement la donne dans les diocèses.

"L'horloge tourne pour nous tous dirigeants de l'Eglise, les catholiques ont perdu patience avec nous et la société civile a perdu confiance en nous", a reconnu dans une déclaration écrite le cardinal Sean O'Malley, l'archevêque de Boston, qui dirige justement une commission de lutte contre la pédophilie conseillant le pape sur le dossier le plus explosif de l'Eglise catholique-romaine.

L'archevêque de Dublin, Mgr Diarmuid Martin, qui accueillera samedi le pape François en Irlande, un autre pays où les abus de pouvoir de l'Eglise ont laissé de profondes blessures, juge cette commission trop petite pour être efficace.

"Ca ne suffit pas de présenter ses excuses", lâche-t-il, "des structures qui permettent ou facilitent des abus doivent être démantelées pour toujours".

Une enquête du procureur de Pennsylvanie a mis au jour la semaine dernière des abus sexuels perpétrés par plus de 300 "prêtres prédateurs" sur au moins mille enfants.

"Des prêtres violaient des petits garçons et des petites filles et les hommes d'Eglise qui étaient leurs responsables n'ont rien fait des décennies durant", ont écrit les membres d'un jury populaire dans un rapport fournissant des détails cauchemardesques.

Un nouveau coup porté au pape François, critiqué pour sa lenteur à agir et sa réticence à prendre ses distances vis-à-vis de certains cardinaux soupçonnés d'omerta.

"Avec honte et repentir, en tant que communauté ecclésiale, nous reconnaissons que nous n’avons pas su être là où nous le devions, que nous n’avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l'ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies. Nous avons négligé et abandonné les petits", a écrit le pape dans une lettre ouverte adressée cette semaine au "Peuple de Dieu".

En 2010, le pape Benoît XVI avait reconnu la responsabilité de l'Eglise dans les abus commis en Irlande, via une lettre aux fidèles.

Fin mai, François a écrit aux Chiliens, qui font face à un vaste scandale de pédophilie. Lundi, il a choisi de parler aux 1,3 milliard de catholiques de la planète des "atrocités" commises par l'Eglise, une démarche sans précédent.

- Appels à légiférer -

Certes, mais "François n'a proposé aucune mesure spécifique", relève le vaticaniste américain John Allen, notant qu'il ne prononce pas une seule fois le mot "évêque".

"Dans cette grande mer de l'opinion publique, l'idée commence à avancer que les mea culpa, les déclarations et les rencontres avec les victimes ne suffisent plus", estime Marco Politi, un expert italien du Vatican.

"Il revient à François d'agir maintenant en législateur suprême", en modifiant le droit canon qui régit l'Eglise, suggère-t-il. Dans ce domaine, il y a déjà "des exemples vertueux", dans les épiscopats des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne ou de l'Allemagne.

"Le pape pourrait obliger les conférences épiscopales à envoyer aux autorités judiciaires les signalements d'abus reçus", dit à l'AFP Emiliano Fittipaldi, auteur de plusieurs livres d'enquête critiques sur l'Eglise, considérant lui aussi que "les excuses ne suffisent plus".

"Nous ne voulons pas de procès au sein du Vatican !", confie pour sa part Francesco Zanardi, à la tête d'une association italienne de victimes.

D'après le blog vaticaniste "Il Sismografo", le pape pourrait très prochainement faire publier un document de procédures très spécifiques à l'intention des évêques. Le Vatican ne confirme cependant pas cette information.

A l'actif du pape François, l'introduction en 2016 dans le droit canon de la révocation d'évêques en cas de "négligence" dans des signalements d'actes de pédophilie.

Mais l'obligation de dénonciation à la justice civile par la hiérarchie n'est effectivement pas inscrite dans le droit de l'Eglise. En dehors des cas où la loi du pays l'impose, certains épiscopats ne veulent pas en entendre parler.

L'écrivaine franco-canadienne Nancy Huston a pour sa part demandé au souverain pontife de mettre fin au célibat des prêtres et de reconnaître l'importance de la sexualité dans l'équilibre des êtres humains, via une tribune parue cette semaine dans Le Monde. Le Vatican ne semble toutefois pas y être encore prêt, même si le pape François avait assuré en 2014 que le célibat des prêtres n'était "pas un dogme".

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