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Tout sur les élections suédoises : l'extrême-droite aux portes du pouvoir

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Tout sur les élections suédoises : l'extrême-droite aux portes du pouvoir

Tout sur les élections suédoises : l'extrême-droite aux portes du pouvoir
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Les Suédois se choisiront un nouveau gouvernement le 9 septembre prochain. Et le scrutin s'annonce historique.

Pourquoi devrais-je me soucier des législatives en Suède ?

Comme ailleurs en Europe, la perspective d'un virage populiste se dessine.

Les Démocrates de Suède, parti de droite nationaliste et anti-immigration, fait la course en tête des intentions de vote.

Si le parti accède aux responsabilités, cela aura un impact sur les relations entre Stockholm et l'UE, qui se retrouverait affaiblie.

Autre enjeu du scrutin : le changement climatique, l'un des grands thèmes de la campagne électorale, alors que le pays a subi une vague de feux de forêt cet été.

Qui sont les principaux acteurs ?

Les Sociaux-démocrates, pivot de la coalition de centre-gauche suédoise et parti du Premier ministre Stefan Lofven. Il a systématiquement été le premier parti lors de toutes les élections depuis un siècle.

Les Modérés, mouvement de centre-droit résolument libéral. Il a écarté les sociaux-démocrates du pouvoir entre 2006 et 2014.

Les Démocrates de Suède, parti populiste anti-immigration dirigé par Jimmie Akesson. S'il obtient 25 % des suffrages, comme le suggèrent certains sondages, le parti continuera à doubler sa part de votes lors de chaque élection.

Les Verts, parti écologiste qui a goûté au pouvoir pour la première fois en s'alliant avec les Sociaux-démocrates il y a quatre ans. Va-t-il être sanctionné pour son action ou bénéficier de l'attention croissante accordée au changement climatique ?

Parmi les autres formations présentes, citons le Parti du centre, libéral et pro-rural, les ex-communistes eurosceptiques du Parti de gauche ; les Libéraux ; les Chrétiens-démocrates ; l'Initiative féministe et le Mouvement de résistance nordique, néo-nazi.

Que disent les sondages ?

Les enquêtes d'opinion réalisées cet été créditent les Sociaux-démocrates de 21 % des voix. Cela représenterait un recul de 10 points par rapport aux élections législatives de 2014 et la pire performance du parti depuis plus d'un siècle.

"Quand on parle de la Suède et d'autres pays scandinaves, on les associe à la social-démocratie", rappelle Patrik Öhberg, spécialiste de la politique suédoise à l'université de Göteborg.

"Mais il semble que cette ère se termine. Nous sommes devenus un pays comme les autres. C'est un bastion de la social-démocratie qui va peut-être tomber. Quelque chose de grand est en train de se dérouler".

Le principal bénéficiaire de l'effondrement du centre-gauche sera probablement l'extrême droite. Les Démocrates de Suède, placés en tête par les sondeurs avec jusqu'à 28,5 % des suffrages, pourraient doubler le score qu'ils avaient réalisé il y a quatre ans, à l'aube de la crise des réfugiés.

Pourquoi la Suède se tourne vers l'extrême-droite ?

Le taux de chômage est relativement bas. Le PIB par habitant est supérieur à la moyenne de l'UE ; la Suède compte parmi les dix pays les plus heureux du monde.

On peut dire que la Suède va mieux que jamais.

Alors, pourquoi les Suédois sont-ils prêts à donner une claque aux partis traditionnels et soutenir les Démocrates de Suède ? "Pour une seule raison : l'immigration", assure le professeur Öhberg.

Pour Sverker Gustavsson, politologue à l'Université d'Uppsala, les causes sont plus profondes :

"L'économie suédoise fonctionne très bien et le chômage est plus faible que dans la plupart des autres pays", a-t-il confirmé à Euronews. "Mais il y a une augmentation des attentes envers les politiques et l'impression qu'ils n'y répondent pas".

"Ce qui est important, c'est le fait - comme le Brexit en Grande-Bretagne et Trump aux Etats-Unis - que les gens ne se sentent pas chez eux culturellement, ils doutent de la voie que nous prenons", conclut Sverker Gustavsson.

Pourquoi l'immigration est-elle un si gros problème ?

C’est un héritage de la crise des réfugiés de 2015, quand la Suède a reçu un nombre record de 163 000 demandeurs d’asile. Avant cela, le pays de 10,1 millions d'habitants était l'un des plus ouverts aux réfugiés.

Tout a changé cette année-là, quand le nombre de demandeurs d'asile par habitant est devenu le deuxième plus élevé de l'UE.

Le gouvernement minoritaire suédois a effectué une spectaculaire marche arrière en mettant en place des contrôles temporaires aux frontières et en durcissant la loi sur les demandes d'asile.

Si cela a freiné le flux, cela n'a pas suffi à sauver la crédibilité de la coalition au pouvoir Sociaux-démocrates-Les Verts, selon Patrik Öhberg.

"Pendant si longtemps, ils ont dit : "Cette immigration n’est pas un problème, vous êtes racistes, nous ne devrions pas en parler, c’est une situation gagnant-gagnant ", déclare l'universitaire à Euronews. "Et soudain, ils ont dû avouer qu'ils s'étaient trompés".

"L'immigration est très importante et nous en parlons de plus en plus. Les gens sont de plus en plus inquiets. Pendant si longtemps, le problème a été rejeté et les lois ont été rendues plus libérales."

Existe-t-il un lien entre immigration et criminalité?

Selon Statistics Sweden, le taux de chômage parmi les Suédois était de 4,4 % l'an dernier, contre 15,3 % parmi les ressortissants nés à l'étranger.

Le nombre de meurtres à l'arme à feu a fortement augmenté ces dernières années, atteignant son plus haut niveau en 11 ans en 2017, avec 43 décès.

Rien n'indique que cela soit lié à l'afflux de demandeurs d'asile en Suède. Mais le crime organisé et la violence dans les banlieues des grandes villes, à forte densité d'immigrés, inquiète les Suédois.

Les mêmes zones ont connu une augmentation du nombre d’incendies criminels et de règlements de compte au cours des derniers mois.

"Il y a des problèmes de voitures incendiées et de fusillades à Stockholm, Göteborg et Malmö", affirme le professeur Gustavsson.

"Il ne faut pas exagérer, dans le contexte international ce n'est pas dramatique. Mais nous n'avions jamais connu cela auparavant".

"Dans une certaine mesure [il existe un lien entre la criminalité violente et l'immigration]. C'est en lien avec le fait qu'il est difficile d'intégrer tous les nouveaux venus. Mais c'est extrêmement exagéré, nous avons intégré beaucoup de réfugiés des Balkans dans les années 1990 et il y a quelques années encore nous étions tous d'accord pour dire que nous l'avons fait brillamment."

Que retenir de la campagne électorale ?

C'est une histoire d'incendies, selon le professeur Öhberg.

Les partis engagés en faveur de l'environnement ont bénéficié d'un pic de soutien après les immenses feux de forêt au cours de l'été, qui ont placé le changement climatique à l'ordre du jour.

Mais à chaque incendie de voiture, des électeurs se tournent vers les Démocrates de Suède, qui accuse le gouvernement d'avoir perdu le contrôle des banlieues.

Quel est le résultat probable ?

La percée des Démocrates de Suède a beau faire les Une des journaux, les experts estiment que leurs chances d'accéder au pouvoir est mince, car les partis de gauche et de droite refusent de s'allier avec eux.

D'après le professeur Gustavsson, le résultat le plus probable est une nouvelle coalition Sociaux-démocrates-Les Verts, ou un gouvernement minoritaire des Modérés qui solliciteraient le soutien d'autres partis sur des questions spécifiques.

Quel pourrait être l'impact sur l'Union européenne?

Les Démocrates de Suède demandent un référendum sur l’adhésion à l’UE, mais ils devront faire une croix dessus s'ils souhaitent former une coalition avec les Modérés, qui sont pro-européens.

"Si vous regardez les sondages d'opinion, l'attachement à l'UE reste populaire", affirme Patrik Öhberg. "Mais le Parti de gauche et les Démocrates de Suède veulent que nous partions".

"S'ils obtiennent au total 30 % des voix, je ne pense pas que cela changera beaucoup de choses. Mais nous aurions une force plus forte en faveur du Swexit".

"Je ne pense pas que cela arrivera, mais je ne prédisais pas Trump et je ne pensais pas que les Démocrates de Suède seraient aussi forts... Alors, que dois-je vous dire ?"