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Faire comprendre le danger nucléaire aux Hommes du futur

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Faire comprendre le danger nucléaire aux Hommes du futur

Un militant anti-nucléaire éclaire un symbole
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Florian Blanquer est sémioticien. Sa thèse, intitulée "Robustesse sémiotique et pérennité interprétative. La vie des signes à l’épreuve du temps long", porte sur les problématiques posées par la transmission d'un message sur un temps dépassant une génération.

Mandaté par l'Andra, l’Agence nationale française pour la gestion des déchets radioactifs, il étudie aussi cette question du point de vue de la transmission de la mémoire des sites de stockage des déchets nucléaires [voir notre article complet sur le sujet].

Dans le cadre de sa thèse, il a conceptualisé un dispositif dont le but est de forcer la compréhension quelque soit le bagage culturel des personnes et donc de forcer la compréhension dans un futur dont on ne sait rien.

Un dispositif de l'action

Il n’est, selon Florian Blanquer pas possible de créer un signe universel, qui demanderait une convention universelle pour que tout le monde puisse le comprendre. (voir commentaire dans le doc)

Pour forcer la compréhension, il propose plutôt de “placer les personnes dans un dispositif qui les contraigne à comprendre les choses d’une certaine manière”. Il qualifie ce dispositif de “praxéologique”. “Praxéologique” vient de “praxis”, l’action ; le dispositif lie donc signe et action.

Il est le fruit direct de ses recherches, à la fois recherche documentaire et enquête sémiotique sur des sites variés où se trouvent déjà des déchets nucléaires.

Il propose d’imaginer qu’une personne entre dans une maison où pour progresser elle doit réaliser des actions comme descendre une échelle, puis entrer dans un tunnel.

Avant chaque action, on place un signe dont l’objet est visible en même temps que le signe. Par exemple, un signe d’échelle placé juste devant une échelle qui est physiquement là. Un premier signe représente et signale l’échelle. Un second signe représente le fait de tenir la rambarde de l’échelle et un troisième signe montre que l’on tombe si on ne tient pas la rambarde. Puis la personne est obligée de descendre l’échelle pour avancer. On voit bien comment la personne peut comprendre que si elle ne se tient pas, elle risque de tomber et de se faire mal.

Puis après l’échelle, trois nouveaux signes avec un tunnel, par exemple, sont présentés et suivis d’un tunnel. Les signes indiquent la présence d’un tunnel, le fait de devoir se baisser pour ramper et enfin que si la personne ne se baisse pas, elle va se cogner et se faire mal.

Et là avec ces six signes que j’ai mis en place et les deux actions que je vous ai fait faire, je vous ai premièrement fait lier votre action aux dessins qui sont sur le mur. Vous savez désormais que chaque signe sur le mur est lié aux actions que vous allez devoir faire. Et ensuite, je vous ai fait comprendre que ces signes sont liés les uns aux autres. Il y a un signe pour vous informer d’un objet qui arrive ; un autre signe qui vous informe de ce que vous allez devoir faire pour réaliser une tâche et enfin un signe qui vous dit ‘attention si tu ne fais pas ça, voici ce qui va t’arriver.’” Il explique que la compréhension des signes (“l’inférence”) est “basique et à la portée de tout le monde, même d’un enfant de six ans” : si une personne ne se baisse pas mais tente de prendre le tunnel, elle va effectivement se faire mal et donc elle va vite comprendre qu’il faut s’accroupir.

Je vous ai alors donné un système, des informations de base, qu’il me suffit de complexifier, sur la base de ce système, pour tendre vers ce que je veux arriver à vous faire comprendre à savoir qu’il y a des choses radioactives en-dessous et qu’il ne faut pas creuser car c’est dangereux.

C’est bien sûr plus simple à dire qu’à faire car la complexification est limitée avec un tel système. On ne peut pas tout dire. Le message est nécessairement basique. Il n’a pour but que d’informer d’un danger. Avec un tel système, on ne peut pas, bien entendu, empêcher un tiers de creuser…

Par ailleurs, ce système visuel et d’action peut, suggère-t-il, être agrémenté d’éléments sensitifs (son, odeur, toucher etc.).

Ce dispositif permet à tout le monde, quelque soit son bagage culturel ou autre, de comprendre car il n’y a que des signes iconiques liés à une action.

Pour que le système fonctionne, il faut donc “plusieurs signes, faire tout un parcours et qu’il y ait un lien iconique entre ce qu’on fait et ce que l’on voit, sent etc.