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Droits humains: Washington épingle ses adversaires mais ménage certains alliés

Droits humains: Washington épingle ses adversaires mais ménage certains alliés
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Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a choisi d'épingler la Chine et l'Iran en présentant mercredi son rapport annuel sur les droits humains dans le monde, tout en se montrant conciliant avec d'autres mauvais élèves au nom des "intérêts des Etats-Unis".

Ce long rapport dresse un bilan qui se veut factuel de la situation dans chaque pays. Mais il est aussi l'occasion de glisser des messages, parfois uniquement symboliques mais qui en disent long sur les orientations du gouvernement américain.

Et cette année, un petit glissement sémantique a sauté aux yeux des observateurs: le Golan syrien n'est plus présenté comme un territoire "occupé par Israël" mais uniquement "contrôlé" par l'Etat hébreu. L'an dernier déjà, la section consacrée auparavant à "Israël et les Territoires occupés" avait été renommée "Israël, Golan, Cisjordanie et Gaza".

Interrogé sur ces évolutions, qui sont loin d'être anodines vu le soutien à toute épreuve de l'administration Trump envers Israël, un haut responsable américain, Michael Kozak, a déclaré qu'il n'y avait "pas de changement" dans la "politique vis-à-vis de ces territoires et la nécessité d'une solution négociée".

Ce responsable a invoqué une simple "description géographique" plutôt que "juridique".

Mais le rapport, et sa présentation par Mike Pompeo, sont parsemés d'autres exemples qui "soulignent le deux poids, deux mesures de l'administration Trump lorsqu'il s'agit de soutenir et protéger les droits humains", déplore Rob Berschinski, de l'ONG Human Rights First.

La Chine, considérée par Washington comme son adversaire stratégique numéro un, "joue dans une catégorie à part lorsqu'il s'agit de violations des droits humains", a ainsi lancé devant la presse le secrétaire d'Etat, l'accusant d'avoir "intensifié sa campagne de détention des membres des minorités musulmanes à des niveaux record".

Quant à l'Iran, bête noire du gouvernement républicain au Moyen-Orient, la mort et les arrestations de personnes qui manifestaient "pour leurs droits" sont "la continuation d'une histoire de cruauté infligée par le régime aux Iraniens" depuis la révolution islamique de 1979, a-t-il asséné dans un réquisitoire très politique.

- Le prince saoudien pas cité -

Alors que les auteurs de l'étude s'abstiennent généralement d'établir des gradations, ils semblent avoir fait une exception pour Téhéran en évoquant "un bilan extrêmement mauvais", "qui s'est aggravé dans plusieurs domaines-clés".

Au contraire, pour la Corée du Nord, la référence à des violations "flagrantes" des droits humains utilisée l'an dernier a laissé la place à une énumération qui se veut plus neutre, bien qu'accablante: "exécutions extrajudiciaires ou arbitraires par le gouvernement", "disparitions forcées", "torture", présence de 80.000 à 120.000 "prisonniers politiques"...

Depuis près d'un an, Donald Trump affiche sa "très bonne relation" avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un. Auparavant omniprésentes, les dénonciations des violations des droits humains par le régime de Pyongyang, considéré par les observateurs comme l'un des pires en la matière, ont quasiment disparu des discours du locataire de la Maison Blanche.

"La politique de cette administration est de discuter avec les autres gouvernements, quel que soit leur bilan" sur les droits humains, "si cela favorise les intérêts des Etats-Unis", justifie Mike Pompeo dans sa préface du rapport.

Cet argument a déjà été invoqué pour confirmer l'alliance stratégique avec l'Arabie saoudite malgré l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, dont la responsabilité a été attribuée par le Sénat américain au prince héritier Mohammed ben Salmane.

Dans le rapport, si le département d'Etat mentionne bien ce meurtre par "des agents gouvernementaux" parmi les violations des droits humains, le nom du prince n'est pas cité. "L'insistance persistante de l'administration à dire qu'elle attend une enquête saoudienne est risible, au regard de l'absence totale d'Etat de droit dans ce pays", proteste Rob Bershinski.

Amnesty International juge pour sa part "scandaleux" le "gouffre entre l'évaluation officielle de la situation des droits humains dans le monde par le département d'Etat et le refus de l'administration Trump d'en faire une priorité de politique étrangère".

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