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Marinette Pichon: "150 francs, c'était mes premiers revenus !"

L'ex-internationale française Marinette Pichon, le 4 avril 2018 à Paris
L'ex-internationale française Marinette Pichon, le 4 avril 2018 à Paris -
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JOEL SAGET
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Pionnière du football féminin français, l'ancienne attaquante Marinette Pichon se souvient de ses premiers pas Bleues, de ses "150 francs" défrayés par match, et raconte à l'AFP un sport en pleine évolution, à l'aube de la Coupe du monde en France.

Q: Vous avez été le premier visage connu du foot féminin français. Est-ce une fierté ?

R: "Oui. Je mentirais si je disais le contraire. Je suis ravie d'avoir contribué à l'histoire des Bleues".

Q: Qu'est-ce qui vous a poussé vers le foot ? Etait-ce difficile d'aller contre les préjugés ?

R: "Moi, j'ai cinq ans quand je commence à jouer au foot (en 1980). Je suis loin de toutes ces considérations. Je suis attirée par le football parce qu'il y a des gamins qui crient sur un terrain et prennent du plaisir. Et j'ai la chance de rencontrer des gens qui vont juste me dire, +tu veux jouer au foot ? Eh ben tiens prends un chasuble ! Oui, mais je suis une fille ? Mais on s'en fout que tu sois une fille, joue au foot+. A partir de là, je vais commencer une pseudo-carrière".

Q: A 16 ans, vous n'étiez plus autorisée à jouer avec des équipes de garçons. Avez-vous eu peur d'arrêter le football ?

R: "On me dit que j'arrive à la limite d'âge, que je n'ai pas d'autres possibilités. Et moi dans ma tête, je n'entends pas que j'ai des clubs (féminins) aux alentours. Je me dis, je me résigne, c'est fini. Heureusement, mon éducateur Jean-Claude Rychel va contacter la présidente du club (féminin) de Saint-Memmie (Marne). Tout va s'enclencher après".

Q: Quand imaginez-vous que cela puisse devenir un métier ?

R "Quand les Etats-Unis m'appellent. Je me rends compte qu'il y a un championnat professionnel ailleurs, que j'ai peut-être été choisie pour y évoluer. Jusqu'à ce coup de fil des Philadelphie Chargers, à aucun moment, je n'imagine un seul instant que je vais être professionnelle. Pour moi, ce n'est pas possible, parce que la pratique du foot féminin est très récente. Je me disais, je profite, je m'éclate, je gagne ma vie en partie grâce au foot, même si je ne m'y consacre pas pleinement car je travaille en même temps".

Q: Tombez-vous des nues en découvrant l'ampleur du foot féminin aux Etats-Unis ?

R: "Oui, dès le jour où on pose le pied sur le sol américain avec ma mère (en 2002), on se dit +waouh+. On est attendu avec une voiture logotée du club, avec le staff qui porte les tenues des Philadelphie, avec le maillot floqué à ton nom. Là tu te dis +c'est bon, tu rentres dans une autre dimension+. Le soir, lors de la présentation de l'équipe à l'Urban de Philly, il y avait près de 3.000 supporters. Je me demande dans quel monde je suis tombée. Le parallèle avec la France va être difficile à faire".

Q: Qu'est-ce qui a changé entre l'équipe de France d'aujourd'hui et la vôtre ?

R: "Ce sont les moyens, les mentalités. Donner plus de temps sur les rassemblements, plus d'argent, offrir un accompagnement à la hauteur de l'investissement des filles. Les mentalités de présidents de club ont changé. Le regard des médias a changé. Et puis, il y a cette génération qui arrive et qui bouscule les codes. C'est un tout".

Q: Au début de votre carrière internationale, vous étiez défrayée 150 francs par match...

R: "J'étais contente, je les prenais ! 150 francs, c'est mes premiers revenus. Voilà, il y avait très peu de moyens à destination de l'équipe de France. Bon, on était hébergées, les transports étaient remboursés, mais il manquait cette valorisation qu'on retrouve aujourd'hui. Car venir en équipe de France, ça voulait dire manquer à son club, mais manquer aussi des journées de travail... Aujourd'hui, on a beaucoup évolué".

Q: Au début, vous n'étiez pas non plus dans le château de Clairefontaine...

R: "On était chez les Espoirs. Bon, c'est sympa, on ne se plaint pas. Mais c'est sûr que quand tu dors une fois dans le château, tu as envie d'y retourner. Parce que c'est fun de se dire, +attends j'ai dormi dans la chambre de Bixente (Lizarazu), de Lilian (Thuram) ou celle de Zinédine (Zidane)+. Et parce que c'est une reconnaissance".

Q: Quelles sont les prochaines étapes pour le foot féminin français ?

R: "C'est la réussite de la Coupe du monde. Il faut qu'on arrive à toucher tous les publics et à susciter des vocations. En parallèle, il faut que notre équipe de France marche. Ce ne sera pas si facile, tu joues avec une forme de pression, avec l'obligation de réussir, parce que tu es l'équipe hôte".

Q: Peut-on dire que la France est devenue un moteur du foot féminin ?

R: "Oui, même si on n'a pas comblé le retard sur des nations phares comme l'Allemagne ou les Etats-Unis. Développer le foot féminin dès l'âge de cinq ans dans les établissements (scolaires) pourrait être une proposition assez forte".

Propos recueillis par Adrien de CALAN

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