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A la frontière mexicaine, une milice américaine patrouille en attendant le mur

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Quelques tentes, une remorque un peu vieillotte et des hommes armés, en treillis militaire: le décor planté à quelques mètres de la frontière avec le Mexique, à l'extrémité sud-est de l'Etat américain du Nouveau-Mexique, est le foyer d'une demi-douzaine de miliciens.

Les membres de ce petit groupe d'autodéfense baptisé United Constitutional Patriots (UCP) patrouillent pour surveiller, expliquent-ils, la frontière sud des Etats-Unis.

Ces derniers mois, des milliers de migrants sont arrivés au Mexique, avec les Etats-Unis pour destination finale. La plupart d'entre eux ont fui violence et pauvreté en Amérique centrale.

Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l'immigration illégale son cheval de bataille, les qualifie régulièrement de menace pour la sécurité nationale. Le président américain a réclamé des milliards de dollars au Congrès pour la construction d'un mur anti-immigration à la frontière avec le Mexique.

"Nous sommes là pour venir en aide aux gardes-frontières parce qu'ils sont vraiment en manque de personnel", raconte à l'AFP le leader de l'UCP, "Striker".

"Nous avons de bons rapports de travail avec eux", poursuit l'homme âgé de 70 ans.

"Notre objectif était d'être ici jusqu'à ce qu'on n'ait plus besoin de nous. Et on n'aura plus besoin de nous quand le mur sera en place."

Basé à Flora Vista, au Nouveau-Mexique, la milice est constituée en majorité d'anciens combattants dans la force de l'âge. Sur le terrain, ses membres se déploient, munis d'équipement tactique et de fusils.

Selon les United Constitutional Patriots, la mission de ses membres inclut la surveillance de la frontière, monter la garde autour des personnes qui veulent se rendre aux forces de l'ordre et poursuivre ceux qui ne le font pas.

"C'est un peu comme si nous avions des pouvoirs citoyens d'arrestation", explique l'un de ses membres, Jim Benvie, à l'AFP.

Cet homme de 43 ans, originaire du Minnesota dans le nord des Etats-Unis, précise que les gardes-frontières ne les autorisent qu'à "observer et rapporter".

Dans un communiqué, la police des frontières (CBP) indique pourtant ne pas "approuver des groupes ou organisations privées qui prennent en main les procédures d'application de la loi".

- "Un monde fantaisiste" -

Pour Mark Pitcavage, un expert de l'Anti-Defamation League, une ONG luttant contre l'antisémitisme et le racisme, les membres de l'UCP ne joignent pas forcément le geste à la parole.

"Ces types, encore davantage que d'autres milices ou groupes d'autodéfense, semblent vivre dans un monde fantaisiste bien à eux", confie-t-il à l'AFP, ajoutant que ces militants sont en activité depuis environ deux ans et demi.

"Ils ont cette vision grandiose d'eux-mêmes comme protégeant l'Amérique des cartels de drogue", explique ce spécialiste de l'extrême droite.

"C'est ironique que les zones sur lesquelles ils semblent avoir décidé de se concentrer (...) sont une portion de frontière très bien gardée", estime-t-il.

Ce mouvement de la surveillance aux frontières par des groupes d'autodéfense est bien implanté aux Etats-Unis: dès 1999, l'observatoire des groupes extrémistes, le Southern Poverty Law Center, parlait "d'appréhensions discutables de migrants par des citoyens à titre privé".

Selon l'expert de l'Anti-Defamation League, si ce mouvement trouve ses racines dans une forme d'extrémisme anti-migrants, le suprémacisme blanc y reste en revanche minoritaire. Et Mark Pitcavage ne voit aucun milicien de l'UCP embrasser cette idéologie.

"Des pays qui ont des frontières, ce n'est pas raciste", estime Jim Benvie, des United Constitutional Patriots.

"Ce n'est pas lié à la race. Nous avons des Latinos qui travaillent dans notre équipe, avec nous."

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