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Dans quel état de santé se trouve Julian Assange après sept ans d'isolement ?

Dans quel état de santé se trouve Julian Assange après sept ans d'isolement ?
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REUTERS/Henry Nicholls/File Photo
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L'image de Julian Assange arrêté par la police britannique jeudi 11 avril 2019 a fait le tour du monde. On y voit le co-fondateur de WikiLeaks, visiblement affaibli, porté par les policiers britanniques jusqu'à un fourgon des forces de l'ordre.

Après sept années passées dans l'ambassade d'Equateur de Londres, l'état de santé de Julian Assange interroge. Brock Chisholm, psychologue clinicien consultant fondateur de Trauma Treatment International a eu l'occasion d'examiner le lanceur d'alerte à plusieurs reprises au cours des derniers mois.

Dans un article paru dans le Guardian en 2018, Brock Chisholm et Sondra Crosby, médecin et professeure associée à la faculté de médecine et de santé publique de l'université de Boston, affirment que l'état de santé de Julian Assange était dangereux et nécessitait une hospitalisation.

Manque de soleil, d'exercice et d'accès à une alimentation saine

"En tant qu'êtres humains, nous avons évolué pour vivre à l'extérieur, en société avec d'autres hommes" a indiqué Brock Chisholm à notre journaliste Emma Beswick (Euronews English).

Julian Assange avait accès à deux pièces dans l'ambassade d'Equateur. La première, où il vivait, était plutôt spacieuse et se situait à l'avant du bâtiment. La seconde lui servait à recevoir des invités.

Selon le psychologue, Julian Assange n'était pas totalement isolé mais vivait avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, avec la crainte permanente de ce qui pourrait lui arriver s'il sortait de l'ambassade.

Il pouvait utiliser Internet et divers moyens de communication, mais au cours de la dernière année, de "sévères restrictions" lui ont été imposées, ce qui a eu un effet nuisible.

Le manque d'exposition au soleil a été un facteur déterminant pour son état de santé, entraînant une carence en vitamine D, de la fatigue ainsi que des douleurs musculaires et osseuses.

En alerte pendant sept années

D'après Brock Chisholm, la crainte de ce qui pourrait lui arriver s'il quittait l'ambassade a eu le plus de conséquences sur lui. Il pensait que s'il quittait le bâtiment, sa vie ou sa liberté seraient en danger.

"Il craignait d'être extradé aux États-Unis et placé en isolement cellulaire, comme l'est de nouveau Chelsea Manning " depuis le 8 mars dernier indique Chisholm. "D'une certaine manière, ses plus grandes craintes se concrétisent maintenant" ajoute-t-il.

Cela pose un problème car "le système nerveux de Julian Assange est en état d'alerte permanent contre un potentiel danger, ce qui signifie que tous les facteurs neurochimiques associés à ce phénomène, tels que l'adrénaline, sont en surproduction".

Toute ceci peut avoir de graves conséquences sur le corps humain, notamment le manque de sommeil, le diabète ou le cancer.

La détention arbitraire accroît le risque de suicide

Le caractère arbitraire de sa détention peut le soumettre à une forte pression psychologique.

"Il ne savait pas quand et s'il pourrait quitter l'ambassade - une situation à laquelle les demandeurs d'asile sont confrontés tout le temps au Royaume-Uni", a déclaré Chisholm.

Le fait, pour une personne, de ne pas savoir quand elle va pouvoir sortir, est une "charge psychologique supplémentaire" qui active le sentiment de menace, et donc l'anxiété, la psychose et la dépression.

Les personnes qui sont dans ce cas peuvent devenir agressives, et tenter de fuir cette situation d'après le psychologue.

"Si vous ne pouvez pas fuir une situation, l'hypothèse du suicide s'ouvre à vous, a-t-il ajouté. Ainsi les personnes maintenues en isolement et soumises à un stress prolongé risquent davantage de devenir suicidaires".

Quelle suite pour Julian Assange?

Le chef de WikiLeaks a été reconnu coupable d'avoir enfreint les conditions de sa liberté provisoire par un tribunal de Westminster. Le Royaume-Uni doit maintenant décider de l'extrader aux États-Unis, où il fait face à des accusations de complot fédéral et à des allégations du ministère de la Justice selon lesquelles il aurait comploté avec Chelsea Manning, une ancienne analyste du renseignement américain.

S'il est reconnu coupable de complot, il risque jusqu'à cinq ans d'incarcération dans une prison américaine.

Pour sa part, le psychologue Brock Chisholm maintient fermement qu’Assange doit être conduit en toute sécurité dans un hôpital. "Maintenant qu'il est en prison, j'imagine qu'il a accès aux soins de santé. C'est mon espoir", a-t-il conclu.