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Accusés d'insulte à Erdogan, deux journalistes chypriotes-turcs acquittés

Accusés d'insulte à Erdogan, deux journalistes chypriotes-turcs acquittés
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Un tribunal de la République turque autoproclamée de Chypre-Nord a acquitté jeudi deux journalistes qui risquaient jusqu'à cinq ans de prison pour "insulte" contre le président turc Recep Tayyip Erdogan en raison de la publication d'une caricature.

Le jugement a été accueilli par des applaudissements nourris du public présent dans la salle d'audience et des vivats quand les deux journalistes sont sortis libres, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Sener Levent, rédacteur en chef du quotidien chypriote-turc Afrika et candidat aux élections européennes du 26 mai, ainsi qu'Ali Osman Tabak, journaliste de la même publication, étaient poursuivis pour diffamation et "insulte contre un dirigeant étranger", en l'occurrence le président Erdogan.

Le procureur leur reprochait d'avoir reproduit dans leur journal un dessin montrant une statue grecque urinant sur le chef de l'Etat turc.

Initialement publié par des internautes sur les réseaux sociaux à l'occasion d'un déplacement en Grèce de M. Erdogan en 2017, ce dessin avait été reproduit dans Afrika accompagné du commentaire: "vu à travers des yeux grecs".

La publication de ce dessin "ne constitue pas une insulte", a conclu le juge Inan Cenkay lors de la lecture du jugement dans une salle comble, au tribunal de Nicosie-Nord.

Il a estimé que le journal Afrika avait ainsi fait état du sentiment de certains Grecs après les rencontres entre les dirigeants turcs et grecs.

Il a rappelé les nombreuses décisions de la Cour européenne des droits de l'Homme acquittant des journalistes accusés d'avoir insulté des dirigeants politiques au titre de la liberté d'expression.

"Reporters sans frontières voit cette décision comme un signe encourageant pour la liberté de la presse", a indiqué à l'AFP Pauline Ades-Mevel, responsable pour l'Union européenne au sein de l'organisation de défense de la liberté de la presse.

- Vigilance -

"Erdogan a perdu et nous avons gagné", a déclaré à l'AFP à la sortie de l'audience Sener Levent, un féroce critique du président turc.

"La Turquie ne peut pas faire à Chypre ce qu'elle fait chez elle", a-t-il ajouté. Il s'agit d'"un pas pour mettre fin à l'occupation vécue par les Chypriotes-turcs", a-t-il ajouté.

La Turquie est intervenue militairement en 1974 à Chypre en réaction à une tentative de coup d’Etat menée par des Chypriotes-grecs voulant unir l’île à la Grèce contre la volonté des Chypriotes-turcs.

Elle y maintient depuis dans la partie nord de l'île plus de 30.000 soldats, ce qui constitue une occupation, selon la communauté internationale. Une République turque de Chypre-Nord (RTCN) a été autoproclamée mais n'est pas reconnue internationalement. Elle applique toutefois des lois distinctes de la Turquie.

La République de Chypre, membre de l'Union européenne et reconnue internationalement, n'exerce son autorité que les deux tiers sud de l'île.

Le procureur a indiqué à l'AFP qu'il n'avait pas décidé à ce stade s'il ferait appel ou non.

L'ONG Reporters sans frontières a indiqué "rester vigilante dans la mesure ou Sener Levent fait face à deux autres procès".

Il est notamment poursuivi après avoir publié début 2018 un article critiquant l'offensive turque contre des milices kurdes dans le nord-ouest de la Syrie, à Afrine.

"Afrine, une deuxième occupation par la Turquie" après Chypre, avait titré Afrika.

Après la Une d’Afrika, M. Erdogan avait appelé ses "frères à Chypre-Nord à donner la réponse nécessaire". Le lendemain une foule d'ultranationalistes avaient caillassé le journal sous les yeux de la police chypriote-turque.

Sener Levent a déjà fait de la prison en 2002 pour ses écrits jugés "offensants" au président de la RTCN de l'époque, Rauf Denktash.

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