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75e D-Day : l'armée fantôme, “la bête d’Omaha”, les drôles d'histoires

75e D-Day : l'armée fantôme, “la bête d’Omaha”, les drôles d'histoires
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Reuters
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La journée historique du 6 juin 1944 regorge d'histoires marquantes, étonnantes, émouvantes dont on a eu connaissance des années après le Débarquement en Normandie, voire assez récemment à la suite de l'ouverture des archives tenues secrètes auparavant dans plusieurs pays. En voici un privilège :

Le “Jour le plus long”, mais pourquoi ?

C’est d’abord l’écrivain irlando-américain Cornelius Ryan qui donne le titre de “The Longest Day” à un livre publié en 1959. Il devient très vite un best-seller et il est adapté au cinéma par le réalisateur Darryl F. Zanuck en 1962; la superproduction d’Hollywood connaît un énorme succès auprès du public et devient une référence.

Eh bien, les deux auteurs peuvent dire merci au maréchal allemand Erwin Rommel, chargé d’élaborer et de faire construire les fortifications du fameux “Mur de l’Atlantique” afin de protéger le littoral français d’une éventuelle invasion, il avait eu cette phrase prémonitoire :

“Si on pense que les Anglo-Américains arriveront par beau temps, en empruntant l’itinéraire le plus court, et qu’ils préviendront à l’avance, on se trompe (...) Les Alliés débarqueront par un temps épouvantable en choisissant l’itinéraire le plus long (...) Le débarquement aura lieu en Normandie, et ce jour sera… le jour le plus long !”
Bundesarchiv, Bild 146-1973-012-43 / Unknown / CC-BY-SA 3.0
Erwin RommelBundesarchiv, Bild 146-1973-012-43 / Unknown / CC-BY-SA 3.0

Utah, une plage en plus

Dans le premier plan “Overlord”, l’état-major interallié avait choisi 4 plages pour débarquer. Mais “Monty”, le général britannique Bernard Montgomery, a du caractère. Il n’a pas chassé pour rien le “Renard du désert”, le maréchal Rommel, d’Afrique du nord, et le général cinq étoiles Eisenhower l’a maintenant nommé commandant des forces terrestres pour le D-Day. Alors il tape du poing sur la table.

“Changez le plan ou changez moi !”

"Monty" obtient la cinquième plage qu’il voulait, Utah, qui n’était pas programmée. Et tant qu’à faire, on lui donne aussi les cinq divisions qu’il réclamait pour attaquer, au lieu de trois initialement prévues. 5 plages, 5 divisions, le compte est bon ! Les Américains vont s’occuper d’Utah et d’Omaha, les Britanniques de Gold et Sword, et les Canadiens de Juno.

L’armée fantôme de Patton

C’est une idée de Winston Churchill en personne. Pour mieux préparer “Overlord” et lui assurer le succès, inventons “Fortitude”, le nom de code d’une opération ultra-secrète. Le MI6, service de renseignements extérieurs du Royaume-Uni, n’en a d’ailleurs révélé les détails, en ouvrant ses archives, qu’après l’an 2000.

George Patton en 1943 ou 1944

"Fortitude" consiste à détourner l’attention de l’armée allemande en l’intoxiquant de toutes les manières possibles. Le déjà célèbre général américain George S. Patton est officiellement chargé de mener l'opération à bien; quelle frustration pour un haut gradé aussi fougueux, mais c’est lui qui convient le mieux car il est craint par les Allemands. Son armée fantôme s’appelle la First US Army Group, et elle est censée débarquer dans le Pas-de-Calais, tout au nord de la France.

Elle dispose de véhicules militaires et de chars gonflables en CAOUTCHOUC fabriqués par Goodyear (ce n’est pas une blague !), et de bateaux et canons en bois déployés dans toute la région.

© IWM (H 42531)
Leurre de tank Sherman gonflable© IWM (H 42531)

Des agents infiltrés chez les Allemands et toutes sortes de fausses communications, de faux messages codés vont faire le reste… Réussite totale : le matin du Jour J, l’état-major allemand croyait encore que le vrai débarquement se ferait dans le Pas-de-Calais.

Le flegme très british de Lord Lovat

Tout marche plutôt bien pour les éclaireurs britanniques qui ont pris place à bord de six planeurs et atterrissent silencieusement peu après minuit près de la côte du Calvados. Les hommes de la 6e division parachutiste et du 7e bataillon d’infanterie aéroporté ont l’ordre de s’emparer de deux ponts encore intacts, et par conséquent stratégiques, à Bénouville et à Ranville. Il leur faut un quart d’heure seulement pour contrôler les deux ouvrages mais le plus dur reste à faire, les paras britanniques doivent tenir jusqu’à la relève malgré une forte contre-attaque allemande. Eh bien, ils tiendront !

Depuis cet exploit, le pont levant de Bénouville a été baptisé “Pegasus Bridge”, en l’honneur du 6e Airborne britannique dont Pégase, le cheval ailé, est l’emblème.

Lord Lovat **(en vidéo ci-dessous) va poser la cerise sur le gâteau. Toujours précédé par le joueur de cornemuse Bill Millin**, en toutes circonstances au cours des combats, le commandant de la Première brigade spéciale arrive comme prévu à la mi-journée pour assurer la relève au “Pegasus Bridge”... mais à 12H03 au lieu de midi comme il était prévu sur le papier. Ses premiers mots sont :

“I’m sorry, I’m late” (“Je suis désolé, je suis en retard !”)

Autre anecdote, le café-restaurant “Gondrée” situé tout près du pont - qui était tenu à l’époque par un couple d’Alsaciens et existe toujours - est ainsi entré dans l’Histoire en devenant lepremier bâtiment libéré de France.

Les "Magnificent Eleven" de Capa

Robert Capa, l’un des plus grands photographes de guerre, a peaufiné sa légende ce jour-là, le 6 juin 1944. Le reporter hongrois travaille pour l’hebdomadaire américain Life et faisant preuve d’un courage insensé, il se porte volontaire pour faire partie de la première vague d’assaut sur Omaha Beach, menée à partir de 06H45 le matin par la 1e division d’infanterie américaine, célèbre sous le nom de “Big Red One”.

Pendant plus de six heures, Capa va “mitrailler” avec son mythique appareil Leica, dans le bruit, la fureur et le sang, sans jamais être blessé, même légèrement. Epuisé, il finit par s’évanouir, il est évacué inconscient par des infirmiers qui le croient mort. Il a pris exactement 144 photographies. Pour gagner du temps, un motard vient chercher les pellicules à son arrivée à Londres mais, catastrophe !, lors du développement dans le laboratoire de Life, une erreur fatale est commise : la plupart des photos fondent.

Il n’en restera que 11, floues mais tellement fortes. Les “Magnificent Eleven” (“onze magnifiques”), comme on les a appelées, vont faire le tour du monde et continuent de nous émouvoir 75 ans après le Débarquement.

Voici l'une des "Magnificent" :

“La bête d’Omaha”

Les 34 000 soldats américains, qui ont baigné dans la mer rougie de sang sur la plage d’Omaha jusqu’en début d’après-midi le Jour J, ne pouvaient pas connaître son nom, bien sûr. Ils l’ont découvert bien après, et ils l’ont haï. Heinrich Severloh, caporal de la 352e division d’infanterie, âgé de 22 ans, fait partie des forces allemandes qui se retrouvent en première ligne. Abrité dans une casemate, il a le doigt sur la gâchette de sa mitrailleuse et il attend. Quand les Américains se rapprochent, il reçoit l’ordre de tirer. Des années plus tard, il témoignera :

“Je tire sur tout ce qui bouge dans l’eau et sur la plage. On m’amène des milliers de cartouches. C’est comme des agneaux à l’abattoir !”

Un bombardement meurtrier va finir par frapper le bunker dans lequel est posté Severloh. Beaucoup de ses camarades sont morts, il réussit à sortir et à fuir dans les dunes, mais il est capturé et interrogé par les Américains. Le caporal allemand a tué des centaines de GIs, il va être envoyé aux Etats-Unis où il restera en prison pendant des années. C’est là-bas qu’on le surnommera “La bête d’Omaha”.

Le GI, prototype du soldat américain

Le terme est à l’origine l’abréviation de “Government Issue” (“Fourni par l’Etat”), employé systématiquement par l’armée américaine pour désigner tout, absolument tout ce qui est attribué au soldat, son uniforme, son équipement, sa nourriture… au point que les humoristes vont le détourner pour surnommer GI le soldat lui-même.

Le correspondant de guerre Ernest Pyle, dit “Ernie”, a rendu ce mot encore plus célèbre en racontant dans ses chroniques les aventures d’un militaire de base, “GI Joe”. Le général Omar Bradley, grand stratège de l’infanterie américaine qui a multiplié les victoires tout au long de la Seconde Guerre mondiale, était également surnommé “GI General”.

Un bon GI a toujours (ou presque) sur lui ou dans son paquetage plusieurs produits de consommation qui seront peu à peu adoptés par les Français. Certains deviendront même cultes à la Libération du pays :

- le chewing-gum

- le Coca-Cola

- les cigarettes blondes

- et le briquet tempête qui résiste à tout, le Zippo.

Le jour de gloire de la Jeep

Quand le petit véhicule tout terrain conduit par les Américains débarque pour la première fois sur la côte française, il passe tout d’abord plus ou moins inaperçu. Mais ses nombreuses qualités, facilité de déplacement, légèreté mais robustesse dans le même temps, et rapidité quand il le faut, vont le rendre indispensable, pour les simples soldats comme pour les gradés.

La Jeep a parfaitement réussi son baptême du feu lors du Débarquement, elle va en plus gagner en popularité auprès de la population au fur et à mesure de la libération de l’Europe. Depuis, elle colle à la peau des militaires américains.