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Jean-Pierre Mocky, le "punk" du cinéma français, s'en est allé

Jean-Pierre Mocky, le 15 novembre 2016
Jean-Pierre Mocky, le 15 novembre 2016 -
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JOEL SAGET / AFP
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"Moteur, putain de merde !". Le cinéma français vient de perdre le plus irrévérencieux et anticonformiste de ses réalisateurs. Le cinéaste Jean-Pierre Mocky est mort ce jeudi à l'âge de 90 ans.

"Jean-Pierre Mocky est parti tourner son prochain film avec Bourvil, Michel Serrault, Michel Simon, Fernandel, Jacqueline Maillan, Jeanne Moreau, Jean Poiret, Francis Blanche, Charles Aznavour et tant d'autres. Le cinéaste s'est éteint dans sa 91e année à son domicile parisien, entouré de sa famille et de ses proches", ont indiqué le fils et la fille du cinéaste, Stanislas Nordey et Olivia Mokiejewski, dans un communiqué.

Jean-Pierre Mocky a été l'un des plus prolifiques réalisateurs français. Au cours de sa carrière, il a été l'auteur et le réalisateur de plus de 65 longs métrages, entre 1959 avec son premier film "Les dragueurs" et "Votez pour moi", sa dernière réalisation sortie en 2017.

Dans sa longue filmographie, emprunte d'humour noir et au ton souvent corrosif, "La Grande Lessive (!)" (1968) , "A mort l'arbitre" (1984) et "Le miraculé" (1987) comptent parmi ses plus grands films.

Mocky a également œuvré pour le petit écran en réalisant plus d'une quarantaine de téléfilms. Avant de passer derrière la caméra, Il a débuté sa carrière en tant qu'acteur. En 1942, il a décroché un rôle de figurant en 1942 dans "Les visiteurs du soir" de Marcel Carné. Il a interprété ensuite de nombreux petits rôles avant de connaitre son premier succès d'estime en 1949 dans "Le Paradis des pilotes perdus" de Georges Lampin. C'est après avoir été en Italie pour jouer dans quelques films, dont "Les Vaincus" de Michelangelo Antonioni en 1952, que Mocky s'est rapproché de la réalisation en effectuant des stages auprès de Luchino Visconti ("Senso" en 1954) et de Federico Fellini ("La strada" également en 1954).

En mars dernier, jean-Pierre Mocky avait confié qu'il travaillait sur un nouveau projet où "il sera question des Gilets jaunes". "Je les défends, ce sont de braves types" a-t-il indiqué lors d'un entretien accordé au site Chaosreign.fr

Les réalisateurs d'aujourd'hui sont tellement inféodés aux exigences racoleuses de leurs producteurs qu'ils finissent par y perdre leur âme. Ce sont des prisonniers.
Jean-Pierre Mocky
Citation tirée de son ouvrage "Je vais encore me faire des amis !", sorti en 2015 au Cherche Midi

Jean-Pierre Mocky tenait particulièrement à son indépendance, à sa liberté. Il avait réalisé plusieurs de ses films avec des bouts de ficelle. Ses longs métrages ont connu des fortunes diverses oscillant entre succès populaire et véritable fiasco.

Mais tout au long de sa longue carrière, il a su s'entourer et convaincre de très nombreux acteurs de renom : Bourvil, Fernandel, Michel Serrault, Jacqueline Maillan, Catherine Deneuve, Charles Aznavour, Anouk Aimée, Michel Galabru, Sabine Azéma, Gérard Depardieu, etc.

Des hommages appuyés du monde de la culture et du cinéma

Le ministre français de la Culture Franck Riester a salué le "style", "la gouaille" et "la liberté de ton", du cinéaste, après l'annonce de la disparation.

Premier à réagir à l'annonce du décès du réalisateur, Jack Lang, qui était son ami, a rendu un hommage appuyé au cinéaste "talentueux irrévérencieux et insurgé du quotidien".

"Sa liberté, sa démesure, son impertinence, son regard caustique, sa gouaille râleuse manqueront au cinéma français. C'est un sublime et salutaire impertinent que la France perd et pleure aujourd'hui", a indiqué l'Elysée dans un communiqué rendant hommage à celui "qui faisait des films comme d'autres respirent".

Le comédien Pierre Richard a rendu hommage à Jean-Pierre Mocky en saluant celui qui avait réussi à le réunir avec Gérard Depardieu, 28 après "Les fugitifs".

L'ancien directeur de Canal Plus, Pierre Lescure a posté une photo de Mocky en jeune premier pour témoigner de son affection pour un réalisateur "sans pareil".

Un râleur invétéré

Jean-Pierre Mocky, l'anarchiste, était également célèbre pour ses nombreux coups de gueule et ses grosses colères. A ce titre, le documentaire réalisé en 2000 sur le tournage du film "La candide madame Duff", pour le compte l'émission Strip-tease, restera à n'en pas douter dans les annales. Les prises de bec, les engueulades entre Mocky et son directeur de la photographie Edmond Richard sont ainsi devenues cultes.

Morceaux choisis :

- Mocky : "Elle est là, la caméra. Elle peut pas être ailleurs !"

- Richard : "Ta gueule, ta gueule ! Là, le projecteur ! Tu me fais chier !!!"

Mocky avait donné son dernier entretien au micro d'Europe 1 dimanche 4 août, reçu par Karl Zéro dans son émission "Culture culte".

86 ou 90 ans ?

Si la naissance de Jean-Pierre Mocky, de son vrai nom Mokiejewski, à Nice est avérée, il persiste un doute sur sa date de naissance entre 1929 et 1933.

Dans son autobiographie, Je vais encore me faire des amis (Cherche-Midi, 2015), Mocky raconte être né en 1933 mais que son registre d'état-civil avait été falsifié au début de la guerre pour qu'il puisse prendre seul le bateau pour l'Algérie afin d'échapper aux nazis.