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Voici le pilote qui a défié le KGB pour jeter des fleurs sur la Voie balte

Voici le pilote qui a défié le KGB pour jeter des fleurs sur la Voie balte
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Euronews a parlé au pilote patriote qui a défié les ordres du KGB pour jeter des fleurs au dessus de la chaîne humaine de 675 kilomètres formée il y a 30 ans entre la Lettonie, la Lituanie et l'Estonie pour réclamer l'indépendance des pays Baltes.

Le 23 août 1989, quelque deux millions de personnes - un quart de la population des trois pays - se donnaient la main sur un parcours long de 650 kilomètres, entre Vilnius, Riga et Tallinn. L'Histoire se souvient de l'événement comme "la Voie balte".

Pour soutenir ses compatriotes, le pilote Vytautas Tamošiūnas a bravé l'interdiction de vol qui lui avait été émise et dispersé des tonnes de fleurs sur des manifestants pacifiques en Lituanie.

"Je ne me considère pas comme un héros", avertit Vytautas Tamošiūnas. "L'impression que l'Union soviétique était sur le point de se désagréger était écrasante, alors beaucoup ont osé attaquer le lion mourant", explique-t-il à Euronews.

Vytautas Tamošiūnas assure que l'idée des fleurs lui est venue d'Algimantas Norvilas, qui allait être l'un des signataires de l'acte de 1990 rétablissant l'indépendance de la Lituanie vis-à-vis de l'Union soviétique.

"Il y avait un décret interdisant tous les vols ce jour-là, y compris les vols réguliers d'Aeroflot, la compagnie aérienne soviétique. Mais comme je n’avais reçu aucun ordre direct de rester au sol, j’ai n'ai pas eu l'impression de faire quelque chose de très mal", se souvient le pilote lituanien.

La nuit précédant la Voie Balte, lui et un autre pilote, Kazimieras Šalčius, avaient repeint la queue de leur avion AN-2, remplaçant le drapeau de l'URSS par les couleurs du drapeau lituanien : jaune, vert et rouge.

"Seules quelques personnes étaient au courant de nos vols le 23 août. Nous ne voulions dire à personne quelle route nous allions emprunter, à quelle hauteur, qui seraient nos deuxièmes pilotes, où nous allions remplir nos réservoirs de carburant, etc. Ces précautions visaient à prévenir toute provocation et tout sabotage", se rappelle-t-il.

Les hommes ont décollé de l'aérodrome de Pociūnai, près de Kaunas. Des fleurs cueillies dans toute la Lituanie y avaient été transportées clandestinement. Une fois la dispersion des fleurs terminée, il a atterri près d'Ukmergė, à environ 70 kilomètres de son lieu de décollage, où il a pris un deuxième chargement.

"Il semblait y avoir tellement de fleurs apportées qu'il me fallait peut-être sept atterrissages et autant de décollages dans l'aérodrome d'Ukmerge pour les charger et les disperser. J'ai entendu plus tard qu'il avait fallu 12 camions pour les livrer de Kaunas à Ukmergė. La majeure partie des fleurs ayant été dispersée, le reste a été jeté au dessus des bases militaires soviétiques", a déclaré Tamošiūnas.

La cargaison était principalement constituée de lilas, glaïeuls, tournesols, échinacées et de phloxes. Mais voler à une douzaine de mètres au-dessus de la tête des manifestants comportait des risques ; le pilote surveillait avec attention la présence éventuelle de lignes électriques.

Lors de son dernier atterrissage, le pilote a été encerclé par des officiers du KGB, qui lui ont confisqué ses affaires personnelles ainsi que son appareil photo.

Pourtant, ces derniers l'ont pas arrêté, mais l'ont simplement convoqué pour témoigner au siège du KGB. L'agent auquel il avait affaire n'a pas été sévère. La priorité des officier était plutôt de quitter la Lituanie avant que l'Union soviétique ne s'effondre afin de ne pas devoir répondre de leurs actes, selon Tamošiūnas.

Au final, la dispersion des fleurs a coûté à Tamošiūnas ses avions. Les Soviétiques les ont confisqués et lui ont retiré son permis de pilote. Heureusement, l’indépendance de la Lituanie et de la Baltique était imminente.