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L'Espagne face au devoir de mémoire envers les victimes de la dictature de Franco

L'Espagne face au devoir de mémoire envers les victimes de la dictature de Franco
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C'est à la lecture d'un livre que la vie de Carmen a été bouleversée.

L'ouvrage retraçait les atrocités commises à l'époque franquiste de 1936 à 1975 dans la province espagnole de Soria. Au fil de la lecture, Carmen s'est rendue compte qu'un des noms évoqués ne lui était pas inconnu : Adolfo Morales, le cousin de sa mère.

Son aïeul, qui a été victime du franquisme, a bel et bien été enterré dans une fosse commune comme des dizaines de milliers d'hommes et de femmes ayant subi les atrocités de la dictature espagnole. Pour Carmen ça ne fait aucun doute, la personne nommée dans cet ouvrage est bel et bien son ancêtre :

Il était membre de la jeunesse socialiste, il avait 26 ans, il a été arrêté quelques jours après le soulèvement avec d'autres camarades à Soria. Il a été emmené à la prison d'Almazán, puis un jour, il a été emmené avec un camarade à La Riba de Escalote et exécuté.

En Espagne, plus 100 000 personnes auraient disparu sous le régime franquiste. Selon le ministère de la Justice, seuls les restes d'environ 25 000 victimes pourraient être retrouvés. Bien que certaines fosses communes aient été creusées et fouillées, il reste encore beaucoup à faire.

Malheureusement, la situation n'évolue pas. En cause, le manque de fonds financiers pour mettre en oeuvre la loi sur la mémoire historique. Les cartes permettant de répertorier et retracer les différents sites des fosses communes n'ont pas été mises à jour depuis 2011 de par ce manque d'argent...

Sites de fosses communes exhumées ou transférées
Carte des fosses communes n'ayant pas été fouillées ou ayant disparu

Une organisation qui tente de guérir les blessures des atrocités du franquisme

Une association, lauréate du Prix national des droits de l'Homme, tente de compenser ces difficultés financières. Il y a quelques temps, elle a alerté Carmen de la découverte possible du corps de son grand-oncle. Mais pour mener à bien ces recherches, l'association "Mémoire et Dignité" ne bénéficie que d'un soutien partiel des autorités. Ivan Aparicio, président de l'organisation explique la complexité des démarches de recherches :

Quand quelqu'un vient à l'association, c'est qu'il a un parent disparu ou assassiné. Nous activons alors un protocole qui implique beaucoup de gens et de travail, pendant des années, et qui comprend la recherche d'archives, la demande de permis, la visite des villes, des discussions avec les gens, la recherche de l'emplacement des tombes et tout le travail de prospection et d'exhumation.

Carmen attend désormais le résultat des tests ADN pour confirmer l'identité de son aïeul : "D'une part, il est émouvant de dire que j'ai retrouvé un parent qui pourra être enterré dans un endroit digne. Mais d'autre part, il y a une pensée profonde de tristesse et de colère car il y a encore de nombreux corps dans cette situation à travers le pays". Les deux tombes dans lesquelles Adolfo et trois autres hommes ont été retrouvés, sont les premières à être ouvertes depuis l'annonce officielle del'exhumation de la dépouille de Franco qui se tient ce jeudi.

Un devoir de mémoire pour panser les blessures causées par la dictature

Malgré les obstacles, les associations et les familles de victimes souhaitent poursuivre ce travail de mémoire pour tenter de guérir les blessures causées par les atrocités menées au nom de l'ancien dictateur. Aujourd'hui, il ne s'agit plus seulement d'identifier et d'exhumer les corps. De nombreuses victimes enterrées dans ces fosses communes ont été jugées et condamnées sous le régime franquiste. Or, ces peines n'ont jamais été annulées. Les familles demandent aujourd'hui réparation en mémoire des victimes.

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