DERNIERE MINUTE

Olaf Scholz : "Construire une union bancaire est une tâche très importante"

Olaf Scholz : "Construire une union bancaire est une tâche très importante"
Euronews logo
Taille du texte Aa Aa

D'après les dernières prévisions européennes le PIB de l'Allemagne pourrait se contracter légèrement au quatrième trimestre de cette année. En conséquence, la croissance de l'Eurozone devrait être faible et les incertitudes, telles que les tensions commerciales et la possibilité d'un Brexit sans accord, pourraient la ralentir encore plus.

Pour discuter de ce sujet et d'autres, The Global Conversation s'est entretenu avec le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz.

Efi Koutsokosta, Euronews : Tout d'abord, pouvez-vous nous dire si nous sommes proches d'une réelle récession ?

Olaf Scholz, ministre allemand des Finances : Nous ne sommes pas proches de la récession. Nous avons une croissance plus lente, et cela est dû aux tensions commerciales mondiales. Tout le monde sait que si ces tensions cessaient, le scénario serait complètement différent. C'est un problème causé par l'homme, comme le disait Christine Lagarde lorsqu'elle était à la tête du FMI. Et si l'on regarde les discussions entre la Chine et les Etats-Unis, il semblerait qu'ils arrivent à une solution, ce qui aurait un impact bénéfique sur le développement de l'économie mondiale. De l'autre côté, si vous regardez l'Europe ou l'Allemagne, vous verrez que notre situation économique est stable. En regardant spécifiquement l'Allemagne, vous verrez qu'il y a un fort taux d'emploi, avec beaucoup de secteurs qui recherchent des personnes hautement qualifiées. Si des centaines de milliers de personnes toquaient à la porte de l'Allemagne, ils seraient embauchés immédiatement. Nous avons par exemple des problèmes dans l'industrie de la construction, car les entreprises n'arrivent pas à répondre à toutes les demandes.

Beaucoup disent que l'Allemagne dispose encore d'une marge de manœuvre budgétaire pour stimuler la croissance et la demande intérieure. Pensez-vous qu'il faille augmenter les salaires ou de réduire les impôts pour booster tout cet environnement ?

Olaf Scholz : C'est un débat un peu théorique. Parfois, j'ai l'impression que les gens lisent les choses qu'ils avaient écrites 5 ans auparavant, sans regarder ce qui se passe vraiment maintenant. Nous avons une politique financière très expansionniste, un niveau d'investissement public sans précédent. Tout cela sera aussi soutenu par la décision du gouvernement de combattre le changement climatique, qui représentera un investissement de 150 milliards d'euros dans les dix prochaines années.

Olaf Scholz et Efi Koutsokosta.

Vous décrivez une situation qui ne reflète pas vraiment ce que l'on voit en Europe ou ailleurs dans le monde. Vous ne pensez donc pas qu'il y ait besoin de mesures préventives ?

Olaf Scholz : Nous avons réduit les impôts des ménages à faibles ou moyens revenus. Nous abolissons désormais une taxe que nous prélevions depuis le début des années 90, pour l'unification de l'Allemagne. Cela aura beaucoup d'impact pour l'économie allemande. Si vous regardez les chiffres, vous verrez que c'est utile. Cela contribue à la stabilité de l'économie allemande.

Un autre point qui en a surpris plus d'un, même ici à Bruxelles, c'est votre proposition d'achever l'Union Bancaire. Cette déclaration montre que vous avez changé d'avis sur ce régime de protection des dépôts, qui représentait pourtant la ligne rouge de l'Allemagne. Désormais, l'Allemagne paiera pour sauver les Etats membres plus faibles, en cas de nouvelle crise ?

Olaf Scholz : Personne ne devrait s'enfermer derrière ses propres murs. Nous devons comprendre que construire une union bancaire est une tâche très importante, et nous devrions d'abord regarder du côté des Etats-Unis. C'est un grand pays avec une union bancaire, et nous devrions apprendre d'eux ce dont nous avons besoin. Si nous voulons avoir quelque chose de similaire dans l'Union Européenne, une union bancaire complète, alors nous devons définir toutes les étapes pour y arriver, et pas seulement discuter d'une étape puis de l'autre, pour finalement ne rien faire - comme cela a été le cas ces dernières années.

Cette proposition est-elle un avis personnel ou une position gouvernementale officielle ?

Olaf Scholz : C'était mon idée de rouvrir ce sujet et de discuter des éléments nécessaires à l'union bancaire. Par exemple, nous avons besoin d'une agence qui travaillerait avec les petites banques, comme le FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation) aux Etats-Unis. Nous devons trouver une solution pour la question de l'insolvabilité des banques. Nous ne pouvons pas avoir des réglementations différentes dans tous les pays sur cette question.

Y a-t-il vraiment beaucoup en jeu, le système bancaire européens n'est-il pas assez sûr ?

Olaf Scholz : Si nous démarrons maintenant un débat comme nous le faisions avant, avec des gens qui lisent leurs anciens rapports et ne font rien, alors il faudra du temps pour trouver un compromis, des solutions. Et après, ce sera dur d'écrire un texte juridique et de se mettre au travail pour l'appliquer. Alors il vaut mieux commencer maintenant, comme si nous étions en période de crise.

Parlons un peu de politique. Vous êtes également candidat à la tête du SPD (Parti social-démocrate). Nous savons que le SPD a perdu beaucoup de terrain lors du dernier processus électoral. Soutenez-vous réellement la coalition avec les conservateurs ?

Nous sommes en coalition avec le parti Conservateur, car ce n'était pas possible de former un autre gouvernement après les dernières élections. Vous noterez que ce n'est pas une coalition facile, et tout le monde sait qu'après les prochaines élections, ce gouvernement ne pourra évidement pas se poursuivre.

Les électeurs pensent toutefois que vous êtes similaires à votre partenaire de coalition. Soutenez-vous donc cette situation, ou voulez vous autre chose pour votre parti ?

C'est le parti qui prendra la décision lors de son congrès en décembre. Je suis absolument convaincu que tout le monde sait que, si vous êtes dans un gouvernement qui fait ce qu'il avait promis, vous ne pouvez pas juste partir, sans raison.

Ma dernière question porte sur un sujet qui fait débat, ici, à Bruxelles : le budget européen. Vous êtes prêts à donner plus à ce budget désormais. 1%, c'est la limite à ne pas franchir ?

C'est ce que de nombreux pays, y compris l'Allemagne, ont proposé et il s'agit même d'une augmentation de l'argent que nous dépensons actuellement. Maintenant, nous verrons ce qu'il va se passer. J'espère qu'un accord sera trouvé avant la présidence allemande (juillet à décembre 2020), pas seulement car cela signifierait qu'on est incapable de trouver une solution ensemble, mais aussi car ce serait trop tard. Le prochain cadre financier pluriannuel de l'UE commencera en 2021. Et si l'on s'accorde sur cette période de 7 ans en octobre, novembre ou décembre de l'année prochaine, de nombreux projets seraient retardé, ce qui serait dommage.

Euronews n'est plus accessible sur Internet Explorer. Ce navigateur n'est plus supporté par son éditeur, Microsoft, et les dernières fonctionnalités techniques de notre site ne peuvent plus fonctionner correctement. Nous vous encourageons à utiliser un autre navigateur, tels que Edge, Google Chrome ou Mozilla Firefox.