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L'Académie de ballet de Vienne secouée par des révélations de maltraitances

L'Académie de ballet de Vienne secouée par des révélations de maltraitances
Tous droits réservés  TIMOTHY A. CLARY / AFP
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La prestigieuse Académie de ballet de l’Opéra d’État de Vienne a été secouée par des accusations selon lesquelles les jeunes danseurs étaient encouragés à fumer pour rester minces.

Un rapport commandé par le gouvernement autrichien accuse l'école de maltraitance physique et mentale sur des enfants et des adolescents. Une enquête a été ouverte au début de l'année à la suite d'informations faisant état de mauvais traitements.

Méthodes du "19ème siècle"

Le scandale a été révélé par l'hebdomadaire Falter, qui a publié un article en avril sous le titre «We Were Broken» ("Nous étions brisés"). Il décrivait la façon dont les élèves étaient maltraités mentalement et physiquement en utilisant des méthodes du «19e siècle».

De jeunes danseurs ont été frappés, égratignés jusqu'à ce qu'ils saignent, tirés par les cheveux et soumis à des commentaires humiliants sur leur corps. Certains ont développé une boulimie ou une anorexie, selon le Falter. Témoignage à l'appui, le journal avait dénoncé des "méthodes de dressage dignes de la pédagogie tsariste" importées notamment par une professeure russe - licenciée en janvier - et se faisant au détriment de la scolarité et de la santé des élèves. Il avait publié une photo montrant les pieds ensanglantés d'une jeune ballerine pour illustrer les cadences infernales imposées aux enfants, âgés de 10 à 18 ans. Un autre enseignant, accusé par un élève d'agression sexuelle, a été suspendu.

16 audiences, 24 personnes interrogées

"Les enfants et les adolescents ne sont pas suffisamment protégés des effets négatifs" qu'engendre la pratique intensive de la danse classique, peut-on lire dans le rapport de cette commission indépendante consulté par l'AFP. Ses conclusions rendues publiques mardi font état de la mise "en danger" du "bien-être" des élèves et de pratiques inappropriées, encourageant par exemple des jeunes âgés de 10 à 18 ans à fumer pour rester minces. 16 audiences et 24 auditions ont été nécessaires lors de l'enquête.

L'établissement, fondé en 1771, rejette les conclusions de la commission indépendante en affirmant avoir amendé son fonctionnement en coopérant avec une association d'aide à l'enfance. L'institution, qui promet une réponse plus approfondie après avoir étudié le rapport, affirme avoir réduit le nombre de représentations, introduit un cours sur la nutrition et l'image corporelle et embauché des psychologues. Elle dit par ailleurs avoir mis en place un code de bonne conduite à l'attention de l'encadrement.

Mais la commission estime que ces changements "donnent le sentiment d'être moins motivés par le bien-être des enfants que par la volonté de démontrer à l'opinion publique que quelque chose est fait".

Le gouvernement autrichien, qui finance le Staatsoper (nom de l'Opéra d'État de Vienne), a affirmé mardi vouloir étudier "dès que possible et sans compromis" les possibilités de réforme.

Interrogée en conférence de presse sur la responsabilité du directeur du Staatsoper, le Français Dominique Meyer, la rapporteuse Susanne Reindl-Krauskopf a estimé que ce dernier n'avait pas "suffisamment pris au sérieux" sa fonction de contrôle. Cette affaire vient entacher le bilan de M. Meyer, à la tête depuis dix ans du Staatsoper, dont il quittera la direction début 2020 après avoir été nommé à la Scala de Milan.

L'Académie de ballet de Vienne, l'une des plus connues d'Europe, s'enorgueillit de voir ses diplômés danser au sein des plus grands corps au monde, comme le Royal Ballet, le Kirov ou l'American Ballet Theatre.