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En infectant le porte-avions Roosevelt, le coronavirus affaiblit la puissance américaine

Le porte-avions américain USS Theodore Roosevelt dans la baie de Manille - Philippines - le 13 avril 2018
Le porte-avions américain USS Theodore Roosevelt dans la baie de Manille - Philippines - le 13 avril 2018   -   Tous droits réservés  AP Photo/Bullit Marquez
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Qui aurait pu penser qu'un jour, un coronavirus, même très virulent, rendrait fébrile à lui tout seul la puissance militaire américaine !? Ordres, contre-ordres, le gouvernement des Etats-Unis et l'état-major de l'US Navy ont du mal à se mettre d'accord sur le sort à réserver au porte-avions nucléaire USS Theodore Roosevelt, qui se trouve "en rade" - au double sens du terme ! - près de Guam, une île de l'archipel des Mariannes, à cheval entre la mer des Philippines et l'océan Pacifique.

Le Covid-19 a embarqué comme passager clandestin sur le prestigieux bâtiment de la marine américaine, et il sème la zizanie à bord en se faufilant facilement et rapidement. Le 28 mars dernier, trois cas de contamination ont été détectés au sein de l'équipage, mais au dernier comptage officiel ce 2 avril, ils sont au nombre de 93 infectés sur les 1 200 militaires qui ont été testés pour le moment.

L'honneur l'emporte sur l'humanisme

Et la situation ne peut qu'empirer quand on sait que le porte-avions abrite pas moins de 4 865 personnes dans un espace plutôt limité. Le nouveau coronavirus est parfaitement à son aise dans ce genre d'environnement ; il a à disposition des centaines de marins entassés dans des dortoirs et des officiers qui doivent partager des chambrées. Les hauts gradés seraient en fait les seuls à pouvoir éventuellement se confiner dans leurs cabines individuelles.

Comprenant que cela commençait à dégénérer, le commandant de l'USS Roosevelt, le capitaine de vaisseau Brett Crozier (photographié ci-dessous), n'avait pas hésité à lancer un SOS dès mardi dernier :

Nous ne sommes pas en guerre. Il n'y a aucune raison que des marins meurent

Mais l'honneur de la marine nationale étant en jeu, le ministre américain de la Défense, Mark Esper, refusant toute évacuation, avait aussitôt rétorqué :

Nous avons une mission : notre mission est de protéger les Etats-Unis et notre peuple (...) Nous vivons dans des quartiers étroits, que ce soit à bord d'un porte-avions, d'un sous-marin, d'un char ou d'un bombardier, c'est comme ça !

L'évacuation finalement autorisée

Ce jeudi, le secrétaire à l'US Navy, Thomas Modly, a fini par temporiser. Près d'un millier de membres d'équipage a déjà pu débarquer ; en tout, 2 700 marins vont mettre pied à terre sur l'île de Guam. L'opération consiste à soigner les hommes ou femmes malades, et à placer en quarantaine ceux qui ont été testés positifs, dans la grande base navale du Pacifique. En revanche, les militaires non contaminés sont hébergés dans des hôtels.

Thomas Modly a toutefois prévenu :

Nous ne pouvons pas retirer tous les marins du navire et nous ne le ferons pas (...) Ce navire a des armes à son bord, il a des munitions, il a des avions très chers et il a une centrale nucléaire. Il faut un certain nombre de gens pour maintenir sa sécurité

Et puis, les Etats-Unis doivent absolument tout faire pour que cet imposant porte-avions à propulsion nucléaire reste opérationnel sur zone, en cas de crise grave dans la région. Il s'agit également pour les Américains de montrer leur puissance, leur force de frappe dans le Pacifique, où la Chine ne cesse d'accroître son influence.