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Coronavirus : la Chine, qui a revu le nombre de morts à la hausse, a-t-elle tout dit ?

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Employés de sociétés transports encadrant des voyageurs en provenance de Wuhan pour les conduire vers des lieux de quarantaine à leur arrivée à Pékin, le 15 avril 2020.
Employés de sociétés transports encadrant des voyageurs en provenance de Wuhan pour les conduire vers des lieux de quarantaine à leur arrivée à Pékin, le 15 avril 2020.   -   Tous droits réservés  NOEL CELIS/AFP
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Soupçonnée d'avoir sous-estimé son bilan du coronavirus, la Chine a annoncé vendredi 1 290 morts supplémentaires à Wuhan, épicentre de la pandémie du Covid-19.

Ce nouveau décompte porte à 4 632 le bilan des décès enregistrés dans le pays le plus peuplé du monde. A Wuhan, ces nouvelles données font bondir de 50% le bilan de la seule ville de Wuhan, qui s'inscrit désormais à 3 869 morts.

Dans un communiqué, la ville de 11 millions d'habitants placée sous quarantaine à partir de fin janvier explique qu'au plus fort de l'épidémie, certains patients sont décédés chez eux faute de pouvoir être pris en charge dans les hôpitaux. Ces victimes n'avaient donc pas été comptabilisées jusqu'à présent dans les statistiques officielles qui ne prennent en compte que les personnes décédées à l'hôpital.

Doutes des Occidentaux, Américains en tête

Cette annonce vient renforcer les doutes quant aux bilans officiels des autorités chinoises, accusées d'opacité dans leur gestion de la crise.

Le gouvernement de Donald Trump a accusé Pékin d'avoir "dissimulé" la gravité de l'épidémie à son début en Chine et a gelé mardi la contribution financière des Etats-Unis américaine à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), lui reprochant de s'être alignée sur les positions chinoises.

Les Etats-Unis et la Chine se sont toutefois engagés mercredi à coopérer pour combattre le nouveau coronavirus, malgré les tensions toujours vives entre les deux grandes puissances.

Le président français Emmanuel Macron a aussi estimé jeudi qu'il existait des zones d'ombre dans la gestion de l'épidémie par la Chine, déclarant au Financial Times qu'il y avait "manifestement des choses qui se sont passées qu'on ne sait pas".

Un laboratoire, épicentre de l'épicentre ?

Washington a également évoqué jeudi une "enquête" pour faire la lumière sur l'origine du Covid-19, ne semblant pas exclure que le coronavirus provienne d'un laboratoire chinois à Wuhan, la région d'origine de la pandémie.

"Nous menons une enquête exhaustive sur tout ce que nous pouvons apprendre sur la façon dont ce virus s'est propagé, a contaminé le monde et a provoqué une telle tragédie", a déclaré le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo sur la chaîne Fox News.

Le nouveau coronavirus est soupçonné d'être apparu fin 2019 dans un marché en plein air de la ville chinoise de Wuhan, où sont vendus des animaux exotiques vivants.

Les experts ont découvert qu'il était proche d'un virus présent chez des chauves-souris, qui aurait muté et se serait transmis à l'une des espèces vendues sur le marché, d'où le virus aurait ensuite contaminé des humains. L'animal intermédiaire n'a pas été identifié avec certitude.

Coup sur coup, deux médias américains ont toutefois rapporté ces derniers jours des informations qui ouvrent une autre piste.

Selon le Washington Post, l'ambassade des Etats-Unis à Pékin, à la suite de plusieurs visites à l'Institut de virologie de Wuhan, avait alerté à deux reprises, il y a 2 ans, le département d'Etat américain sur les mesures de sécurité insuffisantes dans ce laboratoire qui étudiait les coronavirus chez les chauves-souris.

Surtout, Fox News rapporte que "plusieurs sources", dont la chaîne ne précise pas la nature, pensent désormais que l'actuel coronavirus émane de ce même laboratoire.

A la différence de plusieurs thèses complotistes largement démenties par les experts, selon lesquelles il aurait pu s'agir d'un agent pathogène créé par les autorités chinoises, voire d'une arme bactériologique, ce média conservateur américain évoque un virus naturel, étudié dans le laboratoire.

Sa "fuite" ne serait pas volontaire, mais due aux mauvais protocoles de sécurité de cet institut pourtant censé respecter les normes les plus strictes. Dans cette hypothèse, le "patient zéro" serait donc un employé du laboratoire, qui aurait propagé le virus dans la population après avoir été accidentellement contaminé.

Ce que nous savons, c'est que ce virus est né à Wuhan, en Chine
Mike Pompeo

Le sommet de l'Etat américain, en refusant de l'exclure, semble accréditer cette piste. Mike Pompeo est en première ligne pour dénoncer le manque de transparence des Chinois, voire une opération de "dissimulation" de Pékin pour "cacher" initialement la gravité du virus. Le chef de la diplomatie américaine a ainsi ni démenti les informations du Washington Post, ni celles de Fox News.

"Rien que le fait qu'il faille poser ces questions, rien que le fait que nous n'en connaissons pas les réponses, que la Chine n'a pas partagé les réponses, cela en dit long", a dit Mike Pompeo.

"Ce que nous savons, c'est que l'Institut de virologie de Wuhan n'est qu'à quelques kilomètres du marché de rue. Il y a encore beaucoup à apprendre", a-t-il insisté.

Sur ce point, Mike Pompeo reprend une théorie qui avait été largement relayée au début de la pandémie affirmant qu'un laboratoire du Centre de prévention et du contrôle des maladies de la ville (WHCDC) était situé non loin du marché incriminé. Une hypothèse qui s'est rapidement avérée sans fondements, en raison de l'inexactitude de ses sources.

Hector RETAMAL / AFP
Le laboratoire P4 de l'Institut de virologie de Wuhan, située dans la banlieue de la ville, le 17 avril 2020.Hector RETAMAL / AFP

Dans les faits, Fox News et le Washington Post pointent du doigt le laboratoire P4, inauguré en 2015 par l'Institut de virologie de Wuhan. Dans ce type d'établissement, sont étudiés des organismes éminemment pathogènes comme le virus Ebola par exemple.

S'il est donc question de ce laboratoire P4, ce qu'avance Mike Pompeo est faux, car ce centre de recherche est situé à 35 kilomètres du fameux marché de Wuhan, le Huanan South China Seafood. Market. Le laboratoire de Wuhan est le premier établissent P4 ouvert en Chine. L'Institut de virologie de la capitale de la province du Hubei, pour mener à bien ce projet, a bénéficié d'une coopération avec des équipes françaises, en l’occurrence celles d'un laboratoire à Lyon. Le centre de Wuhan s'est donc fortement inspiré du P4 Jean Mérieux de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Insern).

JOHANNES EISELE / AFP
Le Premier ministre français Bernard Cazeneuve, lors de sa visite du laboratoire P4 de Wuhan, le 23 février 2017JOHANNES EISELE / AFP

Le 23 février 2017, le premier Ministre français d'alors, Bernard Cazeneuve s’etait rendu à Wuhan, pour assister à l'accréditation officielle du laboratoire par les agences nationales chinoises.

Démenti de la Chine

Interrogé jeudi, un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, a démenti cette possibilité. "De nombreux experts médicaux réputés dans le monde estiment que l'hypothèse d'une soi-disant fuite n'a aucune base scientifique", a-t-il déclaré, estimant que l'origine du virus devait faire l'objet d'études de spécialistes.

Ce vendredi, ce même Zhao Lijian, a appelé à l'unité internationale face au coronavirus, après des critiques du président français Emmanuel Macron et de plusieurs capitales occidentales sur la gestion de l'épidémie par Pékin. "Il est impératif que tous les pays s'unissent pour combattre l'épidémie et gagner la guerre" contre le Covid-19, a relevé ce porte-parole de la diplomatie chinoise.