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Préserver l'emploi dans l'UE sur fond de coronavirus : un enjeu colossal

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Préserver l'emploi dans l'UE sur fond de coronavirus : un enjeu colossal
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L'impact de la pandémie de coronavirus sur l'emploi s'annonce immense : l'Organisation internationale du Travail (OIT) prévoit la disparition de 12 millions d'emplois à temps plein en Europe en 2020.

Parmi les secteurs les plus à risque, l'hébergement, la restauration, la production manufacturière, la vente au détail et l'administration.

Réponse européenne

L'Union européenne apporte une réponse dans l'objectif de préserver l'emploi aux côtés des Etats membres. La Commission a lancé un nouvel instrument financier européen appelé SURE qui fait partie du vaste paquet de 540 milliards d'euros et destiné à soutenir les entreprises et travailleurs européens.

L'instrument s'appelle SURE selon son acronyme anglais qui signifie Soutien temporaire à l'atténuation des risques de chômage en situation d'urgence. Jusqu'à 100 milliards d'euros au total sont disponibles, un mécanisme soutenu par 25 milliards d'euros de garanties apportées par les Etats membres.

Les Etats peuvent prétendre à ces fonds après avoir activé des mesures pour aider les travailleurs ou les indépendants qui subissent une perte de revenus. Ce qui entraîne une hausse des dépenses publiques. L'assistance européenne prend la forme de prêts à des conditions favorables.

L'Italie dans l'ombre du chômage

En Lombardie dans le nord de l'Italie, pays européen le plus durement touché par la crise, la pandémie meurtrière de coronavirus dévaste l'économie.

Pour aider les pays les plus touchés par la crise du coronavirus comme l'Italie, Bruxelles a annoncé la création d'un fonds de 100 milliards d'euros destiné à préserver les emplois affectés par le confinement. Des conditions que subit Gemma Monteverdi : elle vit à Brescia, près de Milan. Au chômage partiel, elle ne travaille plus que quelques heures par semaine. Ce mois-ci, elle touchera 80% de son salaire.

"Mon mari travaille dans la même entreprise que moi, alors forcément, nos deux salaires vont baisser," explique Gemma Monteverdi. "__Si les choses durent un mois, on fera face, mais si c'est deux mois, on serrera les dents ; si c'est plus long, il va falloir qu'on se pose des questions sur l'avenir," reconnaît-elle avant d'ajouter : "L'entreprise pour laquelle je travaille est saine ; ma crainte, c'est qu'ils doivent supprimer des postes."

​Gemma Monteverdi travaille dans l'usine de textile Ciocca SpA. L'entreprise familiale tourne au ralenti et Filipo Ciocca, son employeur, enregistre déjà une perte de 35% de son chiffre d'affaires annuel. Pour ne pas perdre la prochaine collection, il se tient prêt à remettre progressivement ses employés au travail.

"Il est clair qu'on devra trouver les instruments pour que les gens puissent garder leur emploi même s'ils ne peuvent pas retravailler immédiatement dès la réouverture de l'entreprise," estime ​Filipo Ciocca. "Les mécanismes de chômage partiel ont été créés pour des périodes de crise normale ; je crois que les mesures qui doivent être mises en place par l'Etat d'une part et par la communauté européenne d'autre part devront être exceptionnelles," assure-t-il.

Aide d'Etat

Près de la moitié des travailleurs italiens font face à une baisse de leurs revenus. Depuis le début de la crise, le gouvernement a versé huit milliards d'euros à près de sept millions d'employés et quatre millions de travailleurs indépendants.

Mais Giovanni Scandale, chauffeur de taxi à son compte, n'a toujours rien reçu. Il n'a plus assez de clients pour payer son crédit et ses dépenses. Il devrait toucher 600€ pour le mois de mars et 800€ pour le mois d'avril.

"C'est un montant qui est vraiment trop faible," indique Giovanni Scandale. "J'espère que l'Union européenne pourra nous aider pour qu'on soit capable de faire face à nos frais et de continuer à payer toutes nos dépenses et à vivre," dit-il.

L'Italie est le deuxième pays le plus endetté d'Europe et le Fonds monétaire international prévoit une chute de 9,1% de son PIB cette année. Sans aides appropriées, les travailleurs les plus touchés par cette crise risquent de se retrouver en grande difficulté.

​2% du PIB de l'UE ?

De son côté, le Secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats Luca Visentini alerte sur le risque que cette récession ne frappe l'économie et l'emploi en Europe en profondeur sans mesures généreuses de la part de l'Union.

"Selon nous, le plan de relance devrait impliquer au moins deux fois plus de fonds à l'échelle des finances européennes, pas seulement 1% du PIB de l'Union, mais 2%," insiste-t-il.

"Donc il faut que 1000 milliards d'euros supplémentaires soient disponibles et la seule manière de financer tout cela et de nous assurer que cela sert vraiment à injecter de l'argent frais, c'est de mettre en place une forme d'euro-obligations," affirme-t-il.

Nicolas Schmit : "Nous devons être très ambitieux pour relancer notre économie"

Pour aller plus loin sur cette réponse européenne, nous avons interviewé à Bruxelles, le Commissaire européen en charge de l'emploi Nicolas Schmit.

Efi Koutsokosta, euronews :

"Les dernières prévisions évoquent la disparition de douze millions d'emplois à temps plein en Europe cette année. Que peut-on faire ? Quelle est la prochaine étape ?"

Nicolas Schmit :

"Premièrement, je pense que nous devons maintenir autant de personnes que possible dans leur emploi. C'est ce que nous essayons de faire à travers l'instrument de chômage partiel, l'instrument SURE qui, je l'espère, sera adopté très, très prochainement. Deuxièmement, nous devons préparer la relance, nous devons être très ambitieux pour relancer notre économie le plus tôt possible et il est certain que nous devons le faire en tenant compte des contraintes sanitaires qui sont encore très strictes. Mais c'est quelque chose que les Etats membres ont aujourd'hui commencé à lever prudemment et progressivement pour limiter l'impact sur l'emploi. C'est une action que nous devons mener dès maintenant et elle devra s'inscrire dans la durée."​

Efi Koutsokosta :

"Quelques-uns des pays les plus durement touchés comme l'Italie et l'Espagne sont déjà fragiles au plan économique et leurs économies dépendent de secteurs en difficulté comme le tourisme. Que peut-on faire pour les aider ?"

​Nicolas Schmit :

"Tous les pays n'ont pas été touchés de la même manière. Même chose pour les différents secteurs. Quand on regarde les pays où le tourisme représente plus de 10% du PIB, voire environ 20% du PIB, ce sera un vrai coup dur. Donc il faut tout d'abord aider ces pays à assurer la survie de nombreuses entreprises dans le tourisme ou dans des domaines liés à ce secteur. Et cela veut dire qu'en Europe, nous devons avoir un échelon de solidarité."

​Efi Koutsokosta :

"Une immense part de la population européenne travaille dans ce qu'on appelle l'économie souterraine. Ces personnes perdent leur emploi or elles ne peuvent pas avoir accès à des allocations chômage. Comment les protéger ? Envisagez-vous de les inclure dans les nouveaux instruments ?"​

Nicolas Schmit :

"Quand j'ai lancé il y a quelques semaines l'initiative pour lutter contre le travail au noir, c'était avant l'arrivée de ce virus. J'ai insisté alors sur le fait que cette forme de travail ne devrait plus exister en Europe. Mais je suis réaliste. Malheureusement, dans plusieurs Etats membres, cette économie souterraine est encore très importante et très répandue. Donner à ces personnes la possibilité d'avoir un revenu est absolument indispensable. Il faut également essayer de les amener vers des emplois déclarés et continuer à lutter contre le travail au noir parce que c'est mauvais pour ces personnes, mauvais pour l'économie, mauvais pour les finances publiques et mauvais pour nos systèmes de sécurité sociale."