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Maladie de Kawasaki et coronavirus : des cas rares sous haute surveillance

Maladie de Kawasaki et coronavirus : des cas rares sous haute surveillance
Tous droits réservés  Manish Swarup/AP Photo
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Un syndrome rare affectant les enfants et peut-être lié au Covid-19 a été signalé dans plusieurs pays européens. Les services de santé anglais ont par exemple indiqué que les cas d'enfants en soins intensifs présentant "un état inflammatoire multisystémique" étaient en augmentation. Ces enfants présentaient des symptômes simultanés de Covid-19 grave, de syndrome de choc toxique et de maladie de Kawasaki. Outre le Royaume-Uni, la France, l'Italie, l'Espagne et les États-Unis ont tous signalé des cas similaires, mais tous n'ont pas été testés positifs pour le nouveau coronavirus.

Qu'est-ce que la maladie de Kawasaki ?

La maladie de Kawasaki touche principalement les enfants de moins de cinq ans et peut provoquer une inflammation des vaisseaux sanguins et entraîner des complications telles que le gonflement des artères.

"Ses caractéristiques sont la fièvre, les yeux rouges, les lèvres rouges, la langue rouge, une éruption cutanée, il peut y avoir un gonflement et une rougeur des mains et des pieds. Il peut également y avoir un gonflement des ganglions lymphatiques et du cou", explique Adriana Treboulet, directrice associée du Centre de recherche sur la maladie de Kawasaki à l'Université de Californie, San Diego.

"Elle peut provoquer un gonflement des artères du cœur, qui peut durer toute la vie et peut conduire à des situations telles qu'une crise cardiaque", précise le Dr Treboulet.

La maladie peut être bénigne, mais environ un quart des enfants présenteront un anévrisme des artères coronaires ou un gonflement des artères cardiaques, selon les experts.

Ce qui nous fait le plus peur, c'est que cela affecte le cœur. Une inflammation du cœur est toujours dangereuse.
Kate Sullivan
professeure de pédiatrie

"La maladie de Kawasaki est donc reconnue depuis longtemps et elle est vraiment aussi horrible qu'elle en a l'air", souligne Kate Sullivan, professeure de pédiatrie à l'hôpital pour enfants de Philadelphie. "Elle entraîne une inflammation de tous les organes du corps. (...) Habituellement, ce que les gens voient en premier, c'est la peau, mais ce qui nous fait le plus peur, c'est que cela affecte le cœur. Une inflammation du cœur est toujours dangereuse".

Que sait-on d'un possible lien entre la maladie de Kawasaki et le Covid-19 ?

Dans les pays ayant connu une importante épidémie de coronavirus, il a été constaté davantage de cas de chocs septiques pédiatriques et de maladie de Kawasaki. Certains de ces enfants ont été testés positifs au Covid-19, mais on ne sait pas exactement combien.

Le ministre français de la Santé, Olivier Véran, a déclaré au Parlement qu'il y avait eu une quinzaine de cas de maladie de Kawasaki dans l'Hexagone, bien que tous ces cas n'aient pas été testés positifs au coronavirus.

Le NHS anglais a aussi averti que certains enfants présentaient des symptômes du syndrome de choc toxique - causé par des bactéries qui pénètrent dans le corps et libèrent des toxines nocives - et de la maladie de Kawasaki atypique "avec des paramètres sanguins correspondant à un Covid-19 grave chez les enfants".

L'association espagnole de pédiatrie a, elle, lancé un avertissement similaire, déclarant qu'il y avait des cas de chocs septiques pédiatriques, mais elle conseille aux parents de ne pas s'alarmer. "Les cas de choc chez les enfants qui coïncident temporairement avec l'épidémie de Covid-19 sont très rares", a expliqué l'association.

Le professeur Simon Kenny, directeur clinique national du NHS pour les enfants et les jeunes, a déclaré dans un communiqué que "heureusement, les maladies de type Kawasaki sont très rares, tout comme le sont actuellement les complications graves liées au Covid-19 chez les enfants. Mais il est important que les médecins soient informés de tout lien potentiel émergent afin qu'ils soient en mesure de donner rapidement les bons soins aux enfants et aux jeunes".

Comment pourrait-il être lié au Covid-19 et quand le saurons-nous ?

Selon les experts, il est trop tôt pour déterminer s'il existe un lien direct entre le virus qui provoque le Covid-19, le virus SRAS-CoV-2, et la maladie de Kawasaki. Mais, dans sa mise en garde, le NHS britannique laisse également entendre qu'"il pourrait y avoir un autre agent pathogène infectieux, non encore identifié, associé à ces cas".

Le professeur Robert Tulloh, cardiologue au Bristol Royal Hospital for Children, a déclaré à Euronews : "Il pourrait y avoir des cas plus graves de [la maladie de Kawasaki] parce qu'ils se présentent tardivement - car on a cru à tort qu'il s'agissait de Covid-19 jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Ou bien il pourrait y avoir davantage de cas de maladie de Kawasaki déclenchés par le Covid-19, se faisant passer pour le Covid-19 ou étant en fait liés au Covid-19".

"Il faudra de nombreux mois avant que les épidémiologistes puissent nous dire s'il existe un lien. Ce sera compliqué et ce ne sera pas une réponse simple", a ajouté M. Tulloh.

Selon le Pr Tulloh, on pensait qu'il y avait un lien entre la maladie de Kawasaki et le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) lors de l'épidémie de 2003, mais cette théorie a été réfutée depuis. "Comme pour le Covid-19, la maladie de Kawasaki peut être bénigne dans la plupart des cas et nous ne voudrions pas susciter l'inquiétude ou la panique chez les parents de jeunes enfants", a-t-il ajouté.

"Cependant, environ un quart des enfants atteints de la maladie de Kawasaki auront un anévrisme des artères coronaires, soit un gonflement des artères du cœur, s'ils ne sont pas traités au bon moment, c'est-à-dire environ 5 jours après le début de la maladie" précise le cardiologue.

"Il est donc très important que les parents et les médecins se rappellent que toute la fièvre n'est pas due au Covid-19 mais peut-être à d'autres maladies infantiles comme la maladie de Kawasaki. Ces enfants doivent être envoyés à l'hôpital au bon moment, c'est-à-dire cinq jours, où un traitement est disponible pour minimiser le risque de dommages cardiaques".

Le professeur Russell Viner, président du Royal College of Paediatrics and Child Health, a souligné que les cas d'enfants tombant gravement malades du Covid-19 ont été "très rares". "Des preuves provenant du monde entier nous montrent que les enfants semblent faire partie de la population la moins touchée par cette infection".

Ce que dit l'Organisation mondiale de la santé (OMS)

L'OMS a confirmé mercredi 29 avril qu'elle enquêtait sur cette maladie inflammatoire rare.

"Ils [les enfants] ont tendance à avoir des formes bénignes de la maladie" a déclaré le Dr Maria Van Kerkhove, responsable technique du Covid-19 au sein du programme d'urgence sanitaire de l'OMS. "Mais certains enfants ont développé des formes graves et d'autres sont morts."

"Il existe quelques rares descriptions récentes d'enfants dans certains pays européens qui ont eu ce syndrome inflammatoire, qui est similaire au syndrome de Kawasaki. Mais il semble être très rare," précise la responsable.

"Ce que nous avons demandé, c'est qu'un réseau mondial de praticiens soit en alerte sur le sujet et qu'il recueille systématiquement des informations sur les enfants afin que nous puissions mieux comprendre ce qui se passe chez eux et que nous puissions mieux comprendre et orienter les traitements". Des cas rares, donc, mais un syndrome sous haute surveillance.