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La crise du coronavirus signe la fin de l'Airbus A380 chez Air France

Un Airbus A380 sur le tarmac de l'aéroport de Cancún au Mexique, le 27 novembre 2013.
Un Airbus A380 sur le tarmac de l'aéroport de Cancún au Mexique, le 27 novembre 2013.   -   Tous droits réservés  ELIZABETH RUIZ/AFP
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L'Airbus A380 aux couleurs d'Air France, c'est fini. Le groupe Air France-KLM, dont l'activité a été quasi mise à l'arrêt par la crise du coronavirus, a en effet décidé d'accélérer la sortie de sa flotte de l'A380 en annonçant mercredi "l'arrêt définitif" de l'exploitation du coûteux gros-porteur quadriréacteur à double pont, deux ans et demi avant la date prévue.

"Face à la crise de la Covid-19 et compte tenu de son impact sur les niveaux d'activité prévus, le groupe Air France-KLM annonce aujourd'hui l'arrêt définitif de l'exploitation des Airbus A380 d'Air France", a indiqué le groupe dans un communiqué.

Le transporteur franco-néerlandais avait déjà expliqué en juillet 2019 que pour des raisons de rentabilité de l'appareil, plus gourmand en kérosène et plus polluant que les dernières générations d'avions long-courrier, il allait cesser de faire voler le géant des airs à la fin 2022.

"Avec ses quatre réacteurs, l'A380 consomme 20% à 25% de carburant en plus par siège que les appareils long-courriers de nouvelle génération et émet plus de CO2", justifiait alors le groupe.

ERIC PIERMONT/AFP
Vue de la classe business de l'A380 d'Air France, le 11 novembre 2009.ERIC PIERMONT/AFP

L'A380 d'Air France avait commencé son aventure commercial le 23 novembre 2009, pour un vol entre Paris CDG et New-York. Pour les besoins de la compagnie aérienne française, le plus gros appareil de l’avionneur européen avait été configuré pour embarquer plus de 510 voyageurs sur les deux nivaux de l'avion.

Lourde perte et sombres perspectives pour Air France-KLM

Air France-KLM a accusé une perte nette de 1,8 milliard d'euros au premier trimestre, affecté par les premiers effets du Covid-19 sur le transport aérien en mars, et affiche des perspectives très sombres jusqu'au troisième trimestre.

Le retrait du Super Jumbo de la flotte d'Air France "s'inscrit dans le cadre de la stratégie de simplification de la flotte du groupe Air France-KLM qui vise à la rendre plus compétitive, en poursuivant sa transformation avec des avions plus modernes, plus performants et dont l'empreinte environnementale est considérablement réduite", poursuit le groupe.

Pour Air France-KLM, "l'impact global de la dépréciation de la flotte d'Airbus A380 est estimé à 500 millions d'euros et sera comptabilisé au deuxième trimestre 2020 en résultat non courant", selon le groupe.

Depuis fin mars, Air France assure entre 3 et 5% de son programme habituel et dessert 43 destinations. Elle compte "reprendre progressivement ses vols" d'ici à la fin du mois de juin "et sous réserve de la levée des restrictions de voyage".

Les A380 seront remplacés par des A350 et des Boeing 787

"Cinq des Airbus A380 de la flotte actuelle sont la propriété d'Air France ou en crédit-bail, les quatre autres sont en location d'exploitation", a-t-il précisé, ajoutant que les "Airbus A380 seront remplacés par des appareils de nouvelle génération, comme l'Airbus A350 et le Boeing 787, dont les livraisons sont en cours".

Terrassée par la crise provoquée par les fermetures de frontières pour éviter la propagation du coronavirus, Air France s'est vu octroyer par l’État un soutien de 7 milliards d'euros, dont 4 milliards de prêts bancaires garantis à 90% par l’État et 3 milliards de prêt direct de l’État, avec en contrepartie des engagements sur l'amélioration de sa rentabilité et sur le plan environnemental.

La compagnie française doit réduire de 50% les émissions de CO2 sur ses vols intérieurs d'ici à 2024 et engager une réflexion sur son réseau en France, quand des alternatives ferroviaires de moins de 2 heures 30 existent.

Le gouvernement néerlandais projette aussi d'aider la compagnie KLM à hauteur de deux à quatre milliards d'euros.

Le groupe avait annoncé en juillet qu'il allait s'équiper de 60 exemplaires de l'Airbus A220-300 pour remplacer progressivement les A318 et A319 qui composent la flotte court et moyen-courrier d'Air France.

L'A380, de la révolution des airs à l'échec commercial

Le géant allemand Lufthansa, également pris à la gorge par la chute du trafic depuis mars, a annoncé début avril qu'il allait avancer la date de retrait de ses six A380 dont la vente était prévue pour 2022.

La compagnie Emirates, premier opérateur de l'A380 avec 115 appareils, ne s'est pour l'instant pas prononcée sur l'avenir de l'A380 dans sa flotte. Initialement la compagnie du Golfe avait passé commande de 162 avions. Mais en février 2019, Emirates avait décidé de n'acquérir finalement que 123 appareils.

La réduction de la commande d'Emirates avait poussé Airbus à prononcer la fin de la production de l'A380, entré en service en 2007. Avant de tirer définitivement sa révérence, neuf A380 restent à livrer : les 8 derniers pour Emirates et un pour la compagnie japonaise ANA, qui avait passé commande de trois appareils. Le dernier avions produit pour ANA était sorti des ateliers de peinture d'Airbus à Hambourg en janvier dernier.

Au total, 251 A380 ont été vendus avant l'arrêt de sa production dans les usines d'Airbus. Un premier appareil a été démantelé en novembre 2019 en France.

Plébiscité par les pilotes qui ont pu prendre ses commandes, ainsi que par les passagers qui ont voyagé à son bord, l'A380 a été boudé par les compagnies aériennes en raison de sa faible rentabilité. Le destin de l'A380 se rapproche ainsi de celui du Concorde. Annoncés pour être la révolution des airs, ces deux programmes se sont soldés par des échecs commerciaux.