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En Afrique du Sud, des antilopes contre la famine

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Une antilope abattue pour nourrir la population
Une antilope abattue pour nourrir la population   -   Tous droits réservés  AFP
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Dans les ranchs en Afrique du Sud, les touristes ont laissé les propriétaires seuls avec leurs animaux. "Normalement, on les tue en douce" car "les hôtes n'aiment pas tirer", assure Pat*, le fils du propriétaire de ce ranch. "On peut le faire plus ouvertement maintenant".

Tuer les bêtes, c'est chose commune dans ces ranchs. D'habitude, les propriétaires le font pour réguler le nombre d'antilopes. Mais depuis le début de la crise, cette viande est redistribuée aux populations pauvres. A la tête d'une réserve de 200 hectares et suite à l'annulation de l'intégralité de ses réservations jusqu'en août, Coenrad* a décidé d'abattre une centaine d'antilopes pour nourrir le township voisin. "Nous ne pouvons pas avoir accès à ce que nous avons et puis qu'au coin de la rue, les gens, sans que ce soit leur faute, aient faim. C'est donc une décision facile à prendre : c'est la bonne chose à faire" continue-t-il.

Il passe ensuite le relais à Piet*, initiateur de cette distribution et responsable d'un petit supermarché. Ces bons samaritains préfèrent rester anonyme pour éviter tout problème avec les autorités.

Pas d'interférences

"Un jour, je suis allé chasser des animaux avec quelques fermiers et je me suis dit: que vais-je en faire ?", explique-t-il. L'idée est alors née de demander aux lodges de la région de lui offrir quelques-uns des animaux sauvages abattus. Mais devant le refus de participer des grandes exploitations, c'est vers de petits gîtes familiaux qu'il s'est tourné.

Piet affirme avoir été approché par des représentants politiques qui souhaitaient s'associer à sa petite entreprise humanitaire. Il a sèchement refusé. "Plus il y aura de personnes impliquées, plus il y aura de chapardage", soupire-t-il. "Nous ne voulons pas d'interférences, nous travaillons ici depuis vingt ans, nous avons juste intensifié notre activité en faisant de la viande en ce moment... Nous voulons que cela reste durable et nous voulons nous assurer que la nourriture arrive là où elle est le plus nécessaire".

Car la corruption est monnaie courante en Afrique du Sud. Si le gouvernement sud-africains a mis en place un système de distribution de denrées alimentaires, beaucoup de familles restent encore sans nouvelles des colis. Plusieurs responsables politiques sont soupçonnés d'en avoir détournés pour satisfaire leurs besoins personnels. Le porte-parole du gouvernement provincial, Witness Tiva, assure que des sanctions ont été prises contre ces responsables.

Des distributions vitales

Les distributions de Piet sont donc primordiales pour ces familles. Le propriétaire du supermarché à d'ores et déjà distribué plus d'une tonne et demi de viande aux plus démunis. "Je ne me souviens pas de la dernière fois que j'ai mangé de la viande", confie une habitante du township, Tebogo Mabunda, en recevant de la viande de gazelle et un sac de patates.

Avec la pandémie de Covid-19, l'industrie touristique est à l'arrêt complet en Afrique du Sud, le pays du continent le plus touché avec près de 26 000 cas d'infection et 550 morts. Tebogo Mabunda, qui vit d'habitude de petits boulots dans les hôtels et les supermarchés alentour, n'a plus de revenus depuis le début du confinement fin mars. Comme de nombreux autres Sud-Africains. Avec quatre bouches à nourrir, cette mère de famille de 40 ans confie peiner à acheter l'indispensable farine de maïs et du savon, tout aussi vital en pleine crise sanitaire.

Mais Piet l'assure, il continuera ces distributions autant que possible pour pallier le travail du gouvernement.

*Les noms ont été modifiés