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Violences policières : son frère tué par la police, elle témoigne et réclame justice

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Alors que les manifestations contre le racisme et les violences policières se multiplient en France après la mort de George Floyd, Euronews s'est entretenue avec Myriam Bouhouta, qui réclame justice, 5 ans après la mort de son frère Mehdi, tué par la police.

Reportage de Guillaume Petit pour euronews

Une question hante Myriam depuis 5 ans : pourquoi son frère Mehdi, en fuite mais non armé a-t-il été tué par un policier d’une balle dans la tête ? C’était près de Lyon, en France, en 2015. Et depuis, la plainte contre le policier, qui plaidait la légitime défense, a débouché sur un non-lieu. Mais la cour d’appel de Lyon a finalement décidé de demander une reconstitution, relançant ainsi le dossier.

Myriam n’en veut pas à tous les policiers, mais critique les discours médiatiques qui utilisent les erreurs commises par son frère comme excuse.

"Si par le passé, la personne a fait des bêtises, c’est pas pour ça qu’il faut le tuer. C’est quelqu’un qui a une famille, des enfants, et qui est aimé. On n’est pas en chasse, ce ne sont pas des animaux. Ils discréditent la personne pour que les gens se disent : c’est bien fait pour lui, c’est tout ce qu’il méritait. Et je trouve ça injuste", explique Myriam Bouhouta, chez elle, au micro d'euronews. "On a voulu bâcler l’affaire. Pourquoi ? Parce que c’est un jeune qui a fait de la prison, et on veut les effacer. Et ça pour nous c’est pas possible. Si mon frère avait tué le policier, l’enquête aurait été bien faite, il aurait pris au moins 30 ans. Alors nous aussi, on réclame la justice."

"Surenchère sécuritaire"

Mehdi Bouhouta, Adama Traoré, George Floyd... Leurs noms sont scandés par des manifestants, genoux à terre, et poings levés à l’unisson, dimanche dernier à Lyon, pour appeler à en finir avec le racisme dans la société et au sein de la police. Une violence qui n’aurait fait qu’empirer ces trente dernières années.

"Cela fait 35 ans qu’on se bat. Parfois il y a des avancées, parfois deux pas en arrière, mais le problème c’est qu’à chaque nouveau gouvernement, il y a une nouvelle surenchère sécuritaire", explique Naguib Allam, membre de l’Association des victimes de violences policières qui soutient les proches de Mehdi Bouhouta.

Mais ce sont désormais plusieurs catégories de population, y compris dans les centre-villes lors des manifestations des gilets jaunes, qui dénoncent des violences policières. Lors d'assemblées générales de gilets jaunes, certains manifestants ont d'ailleurs confié à Naguib qu'ils s'étaient "trompés" : "Ils nous ont dit : on est désolés car on pensait que dans les banlieues il n'y avait pas de fumée sans feux". C'était avant de se retrouver confrontés au même problème.

L'impunité ? Un "fantasme"

Des manifestations quasi hebdomadaires en 2019 qui ont donné lieu à un bond des enquêtes confiées à l'IGPN, la police des police : +23% en un an. Et pour moitié, ces enquêtes concernent des accusations de violences policières, note un rapport de l'IGPN.

Violentes interpellations incluant plaquage au sol, blessures dus aux tirs de LBD (flash-ball) : des images ont choqué et les méthodes d’intervention de la police française sont décriées. Mais les syndicats policiers réfutent toute impunité.

"Il n’y a pas de couvercle qui soit mis sur les manquements, c’est un fantasme qui circule", affirme Thierry Clair, Secrétaire national du syndicat UNSA Police. "Ce qu’on oublie de dire c’est que le métier est difficile, les interventions sont difficiles. Sur les manifestations des gilets jaunes, rien qu'en 2019 il y a eu 2 000 policiers blessés", souligne-t-il.

Si de nombreux manifestants sont conscients que les policiers ne peuvent être tous mis dans le même panier, l’institution cristallise des tensions sociales accumulées depuis des décennies. Un fossé qui ne cesse de se creuser.