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Le film de la semaine : Josep, le poids de l'histoire, la force des dessins

Josep d'Aurel
Josep d'Aurel   -   Tous droits réservés  Sophie Dulac Distribution
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Il y a des films qui nous transcende par leur force d’évocation, leur poésie et leur humanité. Josep fait partie de ces œuvres qui permettent de (re)découvrir un pan oublié de l’histoire française à travers le parcours d’un artiste au destin d’exception, Josep Bartolí.

Il aurait eu les honneurs du tapis rouge à Cannes, mais la pandémie en a voulu autrement. Josep fait partie en effet de la Sélection officielle du Festival de Cannes qui n’a pu avoir lieu physiquement cette année. Un exploit pour un film d’animation -un premier de surcroît- et qui se retrouve donc aux côtés des meilleures spécialistes du genre au monde, à savoir les Studios Pixar et Ghibli, eux aussi labellisés Cannes 2020, respectivement pour Soul et Aya et la sorcière.

Gageons que le film trouve le plus de spectateurs possibles malgré le manque de médiatisation dont il a à souffrir aujourd’hui, Cannes ayant dû être une formidable chambre d’écho pour le film, comme l’avait été en 2008 Valse avec Bachir d’Ari Folman, co-produit d’ailleurs par la même société, Les Films d’ici. Les similitudes avec le film israélien sont d’ailleurs nombreux : témoigner d’un passé traumatique (le massacre de Sabra et Chatila en 1982 pour l’un, l’internement en France des réfugiés espagnols antifranquistes en 1939 pour l’autre), une narration en flashback qui fait resurgir du néant un passé oublié, et, enfin, la puissance d’un dessin qui incarne les petites histoires dans la grande.

Nous sommes en 1939, non pas en septembre quand la France entra en guerre contre l’Allemagne, mais en février, quand les exilés espagnols venaient s'entasser à la frontière catalane, fuyant les répressions franquistes et la chasse aux républicains. Nous sommes près de Perpignan, à Rivesaltes précisément. Parqués dans des camps, ils vont être reçus comme des parias par les autorités françaises. Un gendarme, Serge, devant les maltraitances et les injustices dont sont victimes les réfugiés va se lier d’amitié avec un catalan qui passe sa journée à dessiner. Il s’appelle Josep, et deviendra quelques années après un caricaturiste célèbre et reconnu par Frida Kahlo ou encore Jackson Pollock.

Le film est inspiré des véritables dessins réalisés en détention pendant cette période par l’artiste, ce qui en fait leurs forces et leurs puissances, criants de vérité. Un visage de prisonnier ou celui de l’être aimée viennent se fixer dans notre mémoire de spectateurs pendant que Serge, le vieux gendarme, va raconter son histoire à son petit-fils, et le plonger dans un passé qui va revivre sous nos yeux…

Aurel, de son vrai nom Aurélien Froment, a réalisé un film de mémoire et d’espoir. Dessinateur reconnu, officiant au journal Le Monde et au Canard Enchaîné, Josep est un coup d’essai en forme de coup de maître pour le jeune quarantenaire. Un film qui réussit à se faire rejoindre le fond et la forme de son récit, avec un scénario habilement construit autour d’un grand-père qui va transmettre l’histoire d’un destin derrière l’histoire officielle, à partir des propres croquis de Josep Bartolí.

Le scénario est signé Jean-Louis Milesi, vieux complice de Robert Guédiguian depuis Marius et Jeannette, et qui livre une histoire politique venant se glisser comme un gant dans les illustrations ardentes et incarnées de Bartolí revisitées magnifiquement par Aurel. L’art graphique montre ici toute sa complémentarité avec l’art cinématographique, en mouvement par définition. Avec, en prime, une kyrielle d’acteurs, de François Morel à Sergi Lopez, en passant par Gérald Hernandez, Bruno Solo ou Valérie Lemercier, qui donnent leurs voix à une histoire à la fois intime et universelle, d’amour et de résistance.

Un grand film d'animation, et un grand film tout court.

Josep de Aurel (France-Espagne-Belgique)

Animation / Historique (1h14)