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Le film de la semaine : Drunk, à voir sans modération !

Drunk
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Drunk de Thomas Vinterberg (Danemark)

Drame / Comédie (1h55)

En ces temps de confinement et de couvre-feu, un film comme Drunk ne pourra que vous remontez le moral à défaut de votre degré d’alcool. Ou comment vaincre la morosité ambiante en parlant du pouvoir euphorique de l’alcool, mais aussi de ses limites et de ses dangers…

Le Danemark est un petit pays en taille, mais un grand sur la carte du cinéma européen contemporain, avec des auteurs aussi importants que Lars von Trier (Breaking the Waves, Melancholia), Nicolas Winding Refn (Pusher, Drive), ou encore Thomas Vinterberg à qui l’on doit l’indélébile Festen, tourné selon les lois du Dogme 95, et qui entendait inventer un genre en filmant ses récits sans aucun artifice sonore ou visuel. Le Dogme oublié depuis longtemps, Vinterberg a continué une carrière passionnante avec notamment en 2012, La Chasse, qui valut à l’acteur principal Mads Mikkelsen, le Prix d’interprétation masculine à Cannes. Aujourd’hui, l’acteur et le réalisateur se retrouve pour ce Drunk, tiré du titre original Druk qui veut dire en danois « boire avec grandeur », selon les propres termes de Thomas Vinterberg. Celui qui avait marqué les esprits en interprétant le méchant dans le James Bond Casino Royale, est tout simplement époustouflant.

Soit quatre amis, professeurs en lycée, qui voit leur vie se dérouler sans encombres, mais sans étincelle non plus. Un étiolement progressif qui tourne à la dépression pour certains, dont Martin, interprété par Mads Mikkelsen, chahuté par ses élèves, remis en cause par les parents d’élèves, et peu soutenu par ses pairs. A la maison, ses deux fils adolescents l’ignorent plus ou moins, et sa femme, infirmière de nuit, ne fait que le croiser. Lorsque son ami Peter propose au groupe de mettre en théorie une pratique d’un pseudo-psychiatre norvégien qui voudrait que le métabolisme de l’homme manque de 0,5 degré d’alcool en permanence pour se sentir bien, il hésite mais se laisse finalement convaincre. Mais après l’euphorie, il y a aura forcément la gueule de bois…

Toute la première partie du film est néanmoins une comédie où l’on ne boude pas son plaisir de voir des personnages bien cuités capables de dire et de faire n’importe quoi. Depuis Les Tontons flingueurs, on connaît ce genre de scènes cinématographiques hilarantes à souhait. Les personnages nous donnent la pépie, et l’on se surprend d’avoir une furieuse envie d’un bon cocktail relevé en pleine séance de cinéma. Le premier objectif du cinéaste est atteint.

Il y a aussi très rapidement ce sentiment de liberté qui traverse le film, une douce anarchie s’empare des personnages qui vont de plus en plus loin dans la transgression, et de ce que peut accepter l’entourage familiale et professionnelle des quatre compères. Et l’on pense alors immanquablement à La Grande bouffe de Marco Ferreri, mais si le cinéaste danois n’a pas le même jusqu’au-boutisme que son confrère italien. Loin du nihilisme mortifère, Vinterberg reste optimiste et joyeux, malgré les verres cassés, et rend au passage hommage à sa patrie scandinave, à travers ses chansons, ses traditions dont celle de boire comme un trou à Noël ou lorsque l’on réussit un examen, même si l’on finit dans le caniveau.

Le film, en Sélection officielle à Cannes en 2020, n’a pu concourir pour la Palme d’or, mais réussit une belle carrière en festival avec un Prix d’interprétation à San Sebastián, et le Prix du Public au London Film Festival. La réussite de Drunk tient d’abord à sa forme, en perpétuel mouvement, la caméra suivant les personnages au plus près et donnant des scènes particulièrement vivantes. Le montage est aussi alerte, syncopant certaines séquences pour donner l’effet d’exaltation et parfois d’hébétement propres à l’alcool.

Servi aussi par un quatuor d’acteurs qui font tous partie du cinéma de Vinterberg, et sans oublier les rôles féminins, Drunk n’est pas seulement un film de copain, mais un film qui pousse un peu plus loin les perspectives en se questionnant sur ce qu’est la vie en communauté, la vie amicale et la vie de couple. Le film n’est pas une ode à l’alcool, mais à l’ivresse de la vie, à ses bulles comme à ses brûlures.

Journaliste • Frédéric Ponsard