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Autriche : quatre morts et 16 blessés à Vienne dans une attaque "terroriste islamiste"

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Ambulances et policiers déployés dans une rue de vienne après l'attaque qui a fait trois morts dans la capitale autrichienne, le 2 novembre 2020.
Ambulances et policiers déployés dans une rue de vienne après l'attaque qui a fait trois morts dans la capitale autrichienne, le 2 novembre 2020.   -   Tous droits réservés  Ronald Zak/AP Photo
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Alors que les Viennois profitaient de leurs derniers moments de liberté avant un nouveau confinement pour lutter contre la pandémie de coronavirus, l'ambiance a tourné au drame. Au moins quatre personnes ont été tuées dans une série d'attaques à l'arme automatique dans le centre-ville de Vienne qui ont éclaté ce lundi soir en début de soirée. Dans un premier temps, le bilan faisait état de deux hommes et d'une femme décédés durant la nuit. Mais une quatrième victime a succombé à ses blessures ce mardi matin, a indiqué le ministère autrichien de l'Intérieur.

Cette "attaque terroriste", des mots du chancelier autrichien Sebastian Kurz, a semé la terreur dans la capitale autrichienne. Un des auteurs de cet attentat a été abattu par la police.

Ces fusillades ont fait également plus d'une dizaine de blessés. Seize personnes, dont au moins sept gravement blessées et parmi lesquelles se trouve un policier, ont été prises en charge par les établissements hospitaliers de Vienne.

L'assaillant tué était "un sympathisant" du groupe jihadiste Etat islamique, a annoncé ce mardi matin le ministre autrichien de l'Intérieur lors d'une conférence de presse ."C'est une personne radicalisée qui se sentait proche de l'EI", a ainsi déclaré Karl Nehammer.

Chasse à l'homme

Un impressionnant dispositif sécuritaire est toujours en place ce mardi matin. Unités d'élite de la police et militaires, appuyés par des hélicoptères, ont quadrillé pendant toute la nuit les rues de Vienne, quasiment bouclées, pour interpeller un ou plusieurs assaillants.

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Policiers déployés devant le ministère de l'Intérieur à Vienne le 2 novembre 2020JOE KLAMAR/AFP or licensors

"Au moins un suspect se trouve en fuite", avait déclaré dans la soirée le ministre autrichien de l'Intérieur. Policiers et soldats ont été aussi mobilisés pour protéger les bâtiments importants de la capitale.

"Nous traversons des moments difficiles dans notre République. Je tiens à remercier tous ceux qui ont risqué leur vie, surtout aujourd'hui, pour notre sécurité. Notre police prendra des mesures décisives contre les auteurs de cet odieux attentat terroriste", a affirmé Sebastian Kurz.

Le chancelier autrichien s'est exprimé à 10h30 ce mardi pour faire le point sur la situation. Retrouvez sa conférence de presse ci-dessous :

Sebastian Kurz a notamment indiqué qu'une minute de silence allait être organisée dans tout le pays à 12h ce mardi, à la mémoire des victimes.

L'enquête suit son cours

Plusieurs personnes auraient été arrêtées ce mardi matin dans le cadre de l'enquête, selon l'ORF, l'audiovisuel public autrichien, citant Karl Nehammer, le ministre de l'Intérieur. Des perquisitions ont eu lieu également au domicile de l'assaillant abattu, dont l'âge et la nationalité on été communiqué plus tard dans la matinée par les autorités. Agé de 20 ans, il était originaire de Macédoine du Nord et aussi détenteur de la nationalité autrichienne, a précisé Karl Nehammer à l'agence de presse APA.

Dans la nuit et jusqu'au petit matin, la police avait demandé à la population viennoise de ne pas sortir et de rester chez elle, en réitérant sur son compte Twitter ses messages postés en plusieurs langues :

"Restez à la maison ! Si vous êtes dehors, réfugiez-vous quelque part ! Restez loin des lieux publics, n'utilisez pas les transports !".

Vers 8h du matin, la régie des transports publics viennois a toutefois indiqué que le centre-ville de Vienne est à nouveau accessible. Toutes les stations de métro, y compris celles du plein centre, sont de nouveau desservies.

Les autorités ont indiqué que les enfants étaient dispensés d'école ce mardi. La mise en place du traditionnel sapin de Noël qui devait avoir lieu devant la mairie a été annulé.

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Patrouille de police dans les rues de Vienne, le 3 novembre 2020Ronald Zak/AP Photo

Des policiers, certains lourdement armés, sont toujours déployés dans les rues de Vienne ce mardi matin. Des unités de police scientifique s'affairent sur les lieux des fusillades, notamment près de la Schwedenplatz dans l'Innere Stadt, le centre ville.

"Au moins 50 coups de feu"

Les tirs ont éclaté vers 20h, dans le 1er arrondissement de Vienne (ou Innere Stadt), à quelques heures de l'entrée en vigueur d'un reconfinement d'un mois en Autriche pour lutter contre la pandémie de coronavirus.

Le drame s'est déroulé en plein cœur de la capitale autrichienne, non loin du Bermudadreieck, "le Triangle des Bermudes" un quartier très fréquenté du fait de ses très nombreux bars et restaurants. Ce lundi soir, de nombreuses personnes étaient présentes dans les rues de l'hypercentre de Vienne, où se trouvent également une importante synagogue et de l'Opéra.

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Les spectateurs de l'opéra de Vienne évacués par la police, le 2 novembre 2011JOE KLAMAR/AFP

Les spectateurs venus assister à la performance du ténor franco-italien Roberto Alagna et de la soprano polonaise Aleksandra Kurzak ont été évacués sous escorte policière de l'opéra. Les clients des bars et des restaurants se sont retranchés à l'intérieur de ces établissements, toutes lumières éteintes. Dehors, les premières sirènes d'ambulances ont commencé à résonner.

En tout, "six lieux différents" ont été visés par les tirs, selon la police.

Des témoins ont raconté avoir vu un homme tirer "comme un fou" avec une arme automatique. "On aurait dit des pétards, puis on a réalisé qu'il s'agissait de coups de feu", a expliqué l'un d'eux sur la chaîne de télévision publique ORF.

Un témoin interrogé à la télévision a dit avoir vu "une personne courir avec une arme automatique", un autre faisant état d'"au moins 50 coups de feu".

La communauté internationale derrière l'Autriche

Les dirigeants du monde entier ont fait part de leur émoi et ont affiché leur solidarité avec la république alpine. Le chancelier autrichien a remercié ses homologues de l'Union européenne et ses partenaires internationaux pour "leur sympathie et leurs expressions de solidarité".

L'Union européenne a condamné "avec force" cette "horrible attaque", selon les mots sur Twitter du président du Conseil européen Charles Michel, évoquant "un acte lâche" qui "viole la vie et nos valeurs humaines".

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a écrit, également sur Twitter: "L'Europe est totalement solidaire de l'Autriche. Nous sommes plus forts que la haine et la terreur".

L'Allemagne a aussi fait part de sa solidarité. "Nous, les Allemands, nous sommes solidaires de nos amis autrichiens et leur témoignons notre sympathie. La lutte contre le terrorisme islamique est notre combat commun" a ainsi posté sur Twitter le porte-parole d'Angela Merkel, relayant les mots de la Chancelière.

"Nous, Français, partageons le choc et la peine du peuple autrichien frappé ce soir par un attentat au cœur de sa capitale, Vienne. Après la France, c’est un pays ami qui est attaqué. C’est notre Europe. Nos ennemis doivent savoir à qui ils ont affaire. Nous ne céderons rien", a réagi le président français Emmanuel Macron.

"Je suis profondément choqué par les terribles attentats qui ont eu lieu à Vienne ce soir. Les pensées du Royaume-Uni vont au peuple autrichien. Nous sommes unis avec vous contre la terreur" a réagi le Premier ministre britannique Boris Johnson.

Giuseppe Conte, le Premier ministre italien a "fermementcondamné l'attaque terroriste qui a frappé Vienne ce soir. Il ne doit y avoir aucune place pour la haine et la violence dans notre maison européenne commune. Nos Pensées au peuple autrichien, aux parents des victimes et aux blessés".

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, a fait part de sa vive émotion en déclarant que "la haine ne brisera pas nos sociétés. L'Europe sera ferme face au terrorisme. Toute notre affection aux familles des victimes et notre solidarité avec le peuple autrichien".

"Ces attaques du mal contre des innocents doivent s'arrêter", a déclaré le président américain Donald Trump. "Les Etats-Unis se tiennent aux côtés de l'Autriche, de la France, et de l'Europe toute entière dans le combat contre les terroristes, dont les terroristes islamiques radicaux", a-t-il dit.

Son adversaire démocrate à la présidentielle, Joe Biden, s'était lui exprimé plus tôt. "Après l'horrible attaque terroriste ce soir à Vienne en Autriche, Jill et moi-même adressons nos prières aux victimes et à leurs familles", avait-il déclaré en ajoutant que "Nous devons rester unis contre la haine et la violence".

Climat tendu en Europe

Cet attentat, dans une ville où la criminalité est habituellement très faible, intervient dans un climat très tendu en Europe.

En France, trois personnes ont été tuées jeudi dans une attaque au couteau à la basilique Notre-Dame-de-l'Assomption de Nice, dans le sud-est du pays, par un jeune Tunisien récemment arrivé en Europe.

Quelques jours auparavant, la décapitation de Samuel Paty, professeur d'histoire qui avait montré des caricatures de Mahomet à ses élèves dans un cours sur la liberté d'expression, avait choqué en France et au-delà.

L'Autriche avait été jusqu'ici été relativement épargnée par la vague d'attentats islamistes survenue en Europe ces dernières années.

En mars 2018, une série d'attaques au couteau s'étaient produites dans la capitale autrichienne. Dans l'une d'entre elles, un jeune homme, sympathisant islamiste selon la police, avait attaqué un membre des forces de l'ordre devant l'ambassade d'Iran avant d'être abattu.

En juin 2017, un homme né en Tunisie avait tué un couple âgé à Linz, la capitale du land de Haute-Autriche. Il avait déclaré avoir voulu faire un exemple, car il se sentait discriminé en tant qu'étranger et musulman.