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Récit des derniers instants du général de Gaulle, "monument historique" tombé il y a 50 ans

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Par Joël Chatreau
Le président français Charles de Gaulle lors d'une conférence à Paris, le 9 septembre 1965
Le président français Charles de Gaulle lors d'une conférence à Paris, le 9 septembre 1965   -   Tous droits réservés  Jean-Jacques Levy/AP
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Ce n'est pas un homme qui s'est effondré il y a 50 ans jour pour jour à Colombey-les-Deux-Eglises, dans le nord-est de la France, mais un "monument historique". Quelques minutes après 19 heures, le 9 novembre 1970, le général de Gaulle se plaint d'une voix à peine perceptible d'un mal dans le dos, puis perd connaissance presque aussitôt dans son fauteuil, à la table de bridge où il fait preuve chaque soir "d'oisiveté", comme il aime à le répéter.

Environ vingt minutes plus tard, ce grand serviteur de l'Etat meurt d'une rupture d'anévrisme abdominal, à La Boisserie, le manoir acheté dès 1934 où il vit désormais presque comme un moine (qui aurait été soldat auparavant), après sa démission fin avril 1969 à la suite d'un référendum lors duquel une majorité du peuple français a dit "non".

Georges Pompidou : "La France est veuve"

Charles de Gaulle n'a pas eu le temps d'atteindre ses 80 ans, qu'il aurait eu le 22 novembre. Il n'a même pas attendu l'arrivée de son médecin, alerté par son épouse Yvonne, qui a assisté à sa fin dans la bibliothèque où elle écrivait à ses côtés, en cette journée d'automne pluvieuse et décidément triste. Le père Jaugey, le curé de Colombey, est aussi arrivé un peu trop tard mais lui a administré les derniers sacrements.

C'était une autre époque, pourtant pas si lointaine mais préservée de l'emballement médiatique... La mort du général de la France libre ne sera révélée, y compris aux autorités, que le lendemain matin : le successeur de De Gaulle - qui a été locataire de l'Elysée pendant un peu plus de dix ans, du 8 janvier 1959 au 28 avril 1969 -, le président Georges Pompidou, ne l'apprend qu'à 7H20 et l'Agence France-Presse ne l'annonce qu'à 9H41 exactement. A la mi-journée le 10 novembre, Pompidou intervient à la télévision et déclare gravement que "la France est veuve".

Des dernières volontés pas vraiment respectées

Le 12 novembre, décrété jour de deuil national, deux cérémonies ont lieu simultanément, l'une dans la capitale française, en la cathédrale Notre-Dame de Paris, l'autre à 250 kilomètres de là, à Colombey-les-Deux-Eglises bien sûr.

Le général, ancien président et fondateur de la Vème République, ne voulait pourtant pas de funérailles nationales. Et même dans le village qui l'avait adopté, il fallait que les obsèques soient simples, "extrêmement simples", comme il l'avait écrit dans son testament.

En voici quelques extraits, qui spécifient ses souhaits de grande sobriété :

Je ne veux pas d'obsèques nationales. Ni président, ni ministres, ni corps constitués (..) Aucun discours ne devra être prononcé, ni à l'église, ni ailleurs (...) Et pas d'oraison funèbre au Parlement (...)

Je refuse toute distinction, promotion, dignité, citation, décoration, qu'elle soit française ou étrangère

Tout au contraire, à Notre-Dame de Paris, 33 chefs d'Etat et membres de familles royales assistèrent à une messe solennelle. 70 000 personnes se pressaient sur le parvis de la cathédrale.

AP/AP1970
Chefs d'Etat et simples particuliers devant la tombe de Charles de Gaulle, à Colombey-les-Deux-Eglises, au lendemain des obsèques, le 13 novembre 1970AP/AP1970

A Colombey, le cercueil de Charles de Gaulle n'était recouvert que d'un simple drap tricolore lorsqu'il entra dans le cimetière, déposé sur un engin blindé. Une autre foule était là, de 50 000 Français remplis de chagrin mais recueillis dans le silence.