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Les stations de ski ne rouvriront pas le 1er février : le blues des acteurs de la montagne

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Les remontées mécaniques fermées
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Si les stations n'étaient pas fermées à cause du Covid-19, décembre devait marquer un grand événement pour le petit village d'Allemond, en Isère. L'ouverture du télécabine Eau d'Olle Express, qui allait relier la vallée à la station de ski de Oz-en-Oisans, et booster l'attractivité du village en protégeant l'environnement avec moins de voitures sur les routes des stations. Plus de 230 tonnes de CO2 pourraient être économisées par an avec ce projet vieux de 30 ans remis au goût du jour en 2012.

On a essayé d'être les bons élèves de la classe mais on ne nous a pas écoutés

La crise a mis un coup d'arrêt à cette installation de plus de 15 millions d'euros. Le télécabine a à peine fonctionné, et les cabines 10 places flambant neuf soupirent, bien rangées côte à côte, en attendant d'être empruntées par les skieurs qu'on leur avait tant promis. Car en altitude, les remontées mécaniques de la station de Oz sont fermées, sans doute pour toute la saison.

"On a stigmatisé la montagne depuis le début, on a l'impression de n'avoir jamais été entendus, considérés, se désole Claude Gardet, directeur de la SPL (remontées mécaniques) du domaine Oz-Vaujany. Quoi qu'on dise quoi qu'on fasse ils ont décidé que la montagne ne pouvait pas ouvrir. On a essayé d'être les bons élèves de la classe mais on ne nous a pas écoutés. Nos clients auraient été mieux au grand air que dans le métro ou des galeries marchandes."

Les remontées mécaniques vides, et c'est toute une économie qui s'effondre : la France reçoit 10 millions de touristes dans ses montagnes en hiver, 7 millions pratiquent la glisse, dont 1,5 million d'étrangers. Des skieurs qui en 2018-2019 ont emprunté 611 millions de fois une remontée. La France possède 2900 km de remontées mécaniques, du tapis roulant au téléski en passant par le funiculaire ou le télésiège, les oeufs, ou le téléphérique, soit la distance de vol Paris-Le Caire.

Ce qui apparaît comme un loisir de riches vu de Paris est en réalité notre travail

Dans ce contexte, les acteurs de la montagne sont très amers, comme Laurent Reynaud, délégué général de "Domaines skiables de France", le syndicat qui représente les sociétés de remontées mécaniques :

"Le poids des acteurs de la montagne est relatif. La montagne c'est 25% du territoire métropolitain, mais seulement 7% des habitants, peut-être des habitants de seconde zone, je ne sais pas ? Ce qui apparaît comme un loisir de riches vu de Paris est en réalité notre travail, qui nous fait vivre à l'année, et la décision qui a été prise est terrible pour tous les montagnards."

Les stations de ski, petites ou grandes, sont toutes autant menacées, les petites plus fragiles, et les plus grosses, écrasées par des frais et des investissements plus importants. "Toutes les stations souffrent de la même façon, remarque Claude Gardet. Les grosses stations dégagent plus de marge mais nous on est plus agiles."

"Aujourd'hui à part notre colère tout ce qui nous reste c'est aller mendier à Paris, les indemnités qui éviteront que nous soyons en cessation de paiement à la fin janvier, ajoute Laurent Reynaud. Les exploitants de remontées mécaniques n'ont pas reçu un seul euro d'indemnisation contrairement au fond de solidarité qui fonctionne pour tout un tas de professionnels. Ce qui est certain c'est que la montagne mettra des années a ses remettre de cette situation, les investissements vont être durement impactés et nous demandons aussi une aide à la relance."

Selon les élus de la montagne, la décision du gouvernement met en péril 250 stations, 120.000 emplois et 9 milliards d'euros de recettes pour le pays.

"On va différer des investissements, on va utiliser des prêts garantis par l'Etat. Nos sociétés sont saines, mais nos fournisseurs vont souffrir cet été car on ne va pas se renouveler comme d'habitude. On reporte nos investissements sur 2022 et après. Mais pour les clients l'an prochain, il n'y aura peut-être pas de hausse, car on sait que leur pouvoir d'achat a souffert. On va faire un effort et s'adapter à la conjoncture", conclut, résilient, Claude Gardet.