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Navalny, vaccins, Turquie... les dossiers brûlants de l'UE

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Par euronews
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Sándor Zsíros, euronews : Vous étiez à Moscou vendredi dernier. Avez-vous demandé la libération d’Alexei Navalny ?

Péter Szijjártó, ministre hongrois des Affaires étrangères : Nous avions des questions bilatérales très importantes à l’ordre du jour. J’ai dû négocier l’achat de vaccins en Russie, depuis que notre autorité de régulation a approuvé l’autorisation d’utilisation d’urgence du vaccin produit par les Russes. Je devais aussi sécuriser l’approvisionnement en gaz du pays pour les années à venir, étant donné que notre contrat d’achat de gaz à long terme va expirer à l’automne. Donc nous avions des questions bilatérales très importantes à traiter et mes négociations ont porté uniquement là-dessus.

S.Z : Quand vous parlez de la question du gaz, certains ici à Bruxelles disent que l’Allemagne devrait simplement arrêter les projets dits Nord Stream 2 à cause du problème d’Alexei Navalny. Pensez-vous que ce soit réaliste ?

P.S : Je pense que nous devrions laisser cette question à l’Allemagne pour discuter et décider. Ce que je sais avec certitude, c’est que la diversification, de l’approvisionnement du gaz en Europe et des sources, est importante. Le gaz joue toujours un rôle très important dans l’approvisionnement énergétique de tout le continent.

S.Z : Avec la présidence de Joe Biden, s’ouvre une nouvelle ère dans les relations entre les Etats-Unis et la Hongrie. La Hongrie était l’un des rares pays à soutenir ouvertement Donald Trump. Le premier ministre Orban a déclaré qu’il n’avait pas de plan B. Le gouvernement hongrois a-t-il un plan B à présent ?

P.S : Ce n’est pas du tout exagéré de dire qu’entre 2016 et 2020 nous avons eu les meilleures relations que les deux pays n’ont jamais connues, et c’était principalement grâce à la très bonne relation entre l’ancien président des Etats-Unis et le Premier ministre hongrois. Ce que nous espérons maintenant c’est que les bases de cette relation politique resteront aussi solides que ces quatre dernières années.

Ce n’est pas du tout exagéré de dire qu’entre 2016 et 2020 nous avons eu les meilleures relations que les deux pays n’ont jamais connues, et c’était principalement grâce à la très bonne relation entre l’ancien président des Etats-Unis et le Premier ministre hongrois.
Peter Szijjarto
ministre hongrois des Affaires étrangères

S.Z : Vous avez aussi critiqué personnellement Joe Biden et son fils. Si je me souviens bien, vous avez demandé à clarifier un problème de corruption présumée en Ukraine. Le regrettez-vous ?

P.S : Je crois que quand vous évoquez une situation, vous devez être précis parce que ce qui s’est passé c’est cela : je n’ai critiqué personne ; ce n’est pas mon travail de juger la qualité des candidats à la présidence, quel que soit le pays.

Maintenant, le président Biden a critiqué la Hongrie et parlait de la Hongrie comme une autocratie ce qui montre selon moi une sorte de manque de respect et de manque de confiance envers un pays. Cela s’est passé pendant la campagne et pourrait s’expliquer par le fait que les choses se disent pendant des campagnes électorales et pas après. Mais évidemment nous avons appelé à davantage de respect envers la Hongrie. Et nous sommes presque sûrs que si le nouveau président voulait traiter avec l’Europe centrale nous serions prêts à coopérer avec lui.

S.Z : Désormais vous êtes aussi responsable au sein du gouvernement hongrois de l’achat des vaccins anti-Covid en dehors de l’UE. Et vous critiquez très durement la stratégie vaccinale commune de Bruxelles. Ce n’est pas un secret : mais je voudrais savoir, la Hongrie serait-elle mieux sans la stratégie commune des vaccins en concurrence avec l’Allemagne, la France et d’autres pays ?

P.S : Ce que je vois c’est que le fournisseur qui a été très fortement mis en avant par l’Union européen, délivre davantage de vaccins aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et à Israël comparé aux état membres de l’Union européenne. C’est un fait et je pense que cela devrait être expliqué. Les attentes étaient très fortes et maintenant nous voyons que les livraisons sont beaucoup plus lentes et qu’elles contiennent beaucoup moins de vaccins qu’elles étaient supposées en contenir. Et donc certaines institutions européennes continuent d’attaquer les pays qui cherchent d’autres alternatives, d’autres sources. Pour nous, la question des vaccins n’est pas politique. Pour nous, la question des vaccins n’est pas une question idéologique. C’est une question des vies que l’on veut sauver. C’est pourquoi nous négocions avec les Russes, ou nous nous mettons d’accord avec eux, parque notre autorité de régulation a approuvé l’autorisation d’urgence du vaccin russe en Hongrie.

S.Z : Qui sera responsable de l’utilisation du vaccin russe ?

P.S : Notre autorité de régulation a regardé dans le vaccin, physiquement et virtuellement. Elle a reçu des échantillons, a payé des visites dans les laboratoires où sont conçus les vaccins, elle a étudié les documents, et a donné son accord. Je comprends que tout le monde veuille parler de questions philosophiques mais dès lors que le régulateur approuve un vaccin sur la base d’une documentation, en envisageant j’imagine les effets secondaires, je ne peux, en tant qu’homme politique, que conclure un accord avec les Russes. Les questions scientifiques devraient être laissées aux spécialistes.

S.Z : Changeons de sujet parce qu’en décembre l’Union européenne a approuvé le budget pour les sept prochaines années et il y a une nouvelle règle, le mécanisme de l’état de droit. Pensez-vous qu’à cause de ça la Hongrie bénéficiera de moins de fonds européen ?

P.S : Non, je veux dire, pourquoi devrions-nous en avoir moins ? Nous n’avons aucun problème avec les conditions d’état de droit et nous n’avons aucun problème avec les conditions de la démocratie parce que nous sommes une démocratie et que l’état de droit s’applique très clairement en Hongrie.

Nous sommes attaqués sur nos positions sur l’immigration, nous sommes attaqués sur nos positions sur la famille, sur nos positions sur le patriotisme, cela n’a rien à voir avec l’état de droit. Nous sommes continuellement attaqués pour des raisons politiques,
Peter Szijjarto
ministre hongrois des Affaires étrangères

S.Z : Alors pourquoi le veto de la Hongrie ?

P.S : A cause de notre expérience. Parce que ce qui s’est passé depuis que nous sommes au pouvoir c’est que nous sommes attaqués sur la base de problèmes politiques et idéologiques. On appelle ces questions état de droit et elles n’ont rien à voir avec cela. Nous sommes attaqués sur nos positions sur l’immigration, nous sommes attaqués sur nos positions sur la famille, pour nos positions sur le patriotisme, cela n’a rien à voir avec l’état de droit. Nous sommes continuellement attaqués pour des raisons politiques, parce que ce que nous faisons est tout simplement indigeste pour le courant libéral international, parce que vous représentez l’approche patriotique, une approche chrétienne-démocrate… mais en attendant nous réussissons !

S.Z : Donc 25 états membres soutiennent ce mécanisme. Font-ils tous partie de ce courant libéral ?

P.S : Vous savez, je n’ai jamais commenté les prises de positions des autres pays parce que je crois qu’il en va du respect mutuel. Je respecte leurs positions. Je respecte le fait qu’ils regardent les problèmes sous un angle différent. Ils n’ont pas été attaqué ces 11 dernières années. Et je comprends que leur approche soit différente. Je ne la commente pas. Et je pense qu’ils ont le droit d’agir ainsi, comme nous avons le droit de veto, parce que l’exercice du droit de veto sur cette question ou sur d’autres questions est posé comme fondement dans le traité de l’Union européenne.

Ce que je veux dire c’est que contester notre droit à la discussion et remettre en cause notre droit de participer à un débat est très antidémocratique je pense.

"Nous ne voulons pas exclure la Turquie de quoi que ce soit"

Efi Koutsokosta, euronews : malgré l’appel de certains états membres, comme les Etats baltes ou la Pologne, les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne ont décidé de ne pas imposer de nouvelles sanctions aux autorités russes au sujet de la détention d’Alexei Navalny. Etes-vous d’accord avec cela ? Comment l’Europe devrait traiter la Russie à ce stade ?

Nikos Dendias, ministre grec des affaires étrangères : Nous sommes d’accord avec la position de l’immense majorité des états membres exprimée par Josep Borrell (NDLR : haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères), à savoir que nous devrions donner une chance à la Russie de reconsidérer la situation. Et après 30 jours, nous rediscuterons. Nous en sommes là.

E.K : Parlons maintenant des sanctions. Les sanctions évoquées depuis des mois sur les activités illégales de la Turquie en Méditerranée orientale restent toujours en suspens malgré la décision politique de l’Union européenne en décembre. Nous avons clairement entendu le ministre allemand des Affaires étrangères dire que le nouveau climat positif récemment instauré par la Turquie ne devrait pas être terni par de nouvelles sanctions. Pensez-vous que cette nouvelle atmosphère justifie de ne plus envisager de sanctions ?

N.D : Et bien si vous m’autorisez à le dire : les sanctions n’étaient pas sur la table pour en être retirées. Bien sûr, Heiko Mass (NDLR : ministre allemand des Affaires étrangères) a dit exactement la même chose que vous, mais les sanctions n’ont pas été discutées. Elles n’étaient pas à l’agenda. Ce dont nous avons parlé, ce sont des affaires courantes, comme vous l’avez très bien dit, la description du grand changement dans la politique turque… de la diplomatie coup de poing à une sorte d’effort pour persuader qu’elle devient un interlocuteur normal capable de discuter avec nous sur la base du droit international. Et bien, attendons de voir ce que les Turcs vont faire.

E.K : Donc vous pensez que les sanctions sont toujours sur la table ?

N.D : L’Union européenne dit qu’elles ne le sont plus et l’union européenne espère qu’elles ne seront pas appliquées. La manière pour l’UE de ne pas les mettre en œuvre est que la Turquie respecte le droit international.

Espérons que le président Erdogan et mon ami Mevlut Cavusoglu voient clairement l’intérêt de la société turque. Et je suis de ceux qui croient que l’intérêt de la société turque et de la Turquie elle-même réside dans de bonnes relations avec l’Union européenne et peut-être, qui sait, dans le fait d’en devenir un jour membre.
Nikos Dendias
ministre grec des Affaires étrangères

E.K : Ne voyez-vous pas un risque que la Turquie prenne ce qu’elle veut, à travers cette attitude positive envers l’UE, pour finalement revenir à l’attitude qu’elle avait avant ?

N.D : Espérons que le président Erdogan et mon ami Mevlut Cavusoglu (NDLR : ministre turc des Affaires étrangères) voient clairement l’intérêt de la société turque. Et je suis de ceux qui croient que l’intérêt de la société turque et de la Turquie elle-même réside dans de bonnes relations avec l’Union européenne et peut-être, qui sait, dans le fait d’en devenir un jour membre. Mais cela signifie avoir des relations plus proches et une parfaite adhésion à l’acquis européen. Mais s’il vous plaît, laissez -moi rappeler que l’acquis européen consiste aussi, bien sûr, dans la Convention internationale du droit de la mer. La Turquie doit donc aussi souscrire à cela.

E.K : Venons-en aux discussions exploratoires qui ont repris pour la première fois après cinq ans. Je voudrais vous demander quelle est votre attente réaliste là-dessus ?

N.D : Je suis d’accord avec tout le monde pour dire que c’est une étape importante. Mais si vous permettez, ce n’est pas un grand pas. Les discussions exploratoires ne sont pas des négociations, ce sont des discussions au niveau des ambassadeurs qui tentent de définir les termes de référence pour avoir de vraies négociations. C’était la première réunion après cinq ans. Mais soyons francs, la Turquie a arrêté les réunions en 2016, pas la Grèce comme le prétend la Turquie mais bien sûr on est d’accord là-dessus. Allons plus loin. L’important c’est que les discussions aient repris. Maintenant il s’agissait de la première réunion. C’était je pense une simple réunion de reprise. Nous verrons ce qu’il en ressortira.

E.K : Quelles sont selon vous les lignes à ne pas franchir dans ce processus ? Y en a-t-il ?

N.D : Ne définissons pas un argument par des lignes rouges mais essayons de voir le côté positif des choses. La Turquie a décidé après tout que la diplomatie coup de poing ne conduit à rien et elle revient à un effort pour parvenir à une entente avec la Grèce, avec Chypre, avec l’Union européenne. Je vois ça comme quelque chose d’extrêmement important et j’espère que l’on pourra construire là-dessus.

E.K : Dans ce contexte, la semaine dernière, la Grèce a étendu ses eaux territoriales vers l’Ouest et la mer Ioniènne et bien sûr, elle prévoit de le faire aussi à l’Est. Insistez-vous toujours sur ce point, malgré les avertissements répétés de la Turquie sur une action militaire en cas d’extension ?

N.D : Je dois dire que cela a été annoncé par le Premier ministre Mitsotakis en août 2000. L’extension des eaux territoriales du pays est une déclaration qui lui est propre. Il ne l’a négocié avec quiconque d’autre. C’est un droit souverain de la Grèce et la Grèce l’exercera chaque fois que le gouvernement grec le jugera opportun. Il ne va pas négocier avec la Turquie ou d’ailleurs avec qui que ce soit d’autre.

E.K : Alors que nous parlons des différences entre la Grèce et la Turquie dans l’Est de la Méditerranée nous pensons bien sûr aux ressources naturelles. Nous avons vu que la Grèce a conclu de nombreux accords avec plusieurs acteurs de la région, comme Israël, l’Egypte… cela signifie-t-il que la Grèce peut agir sans la Turquie ?

N.D : Mais nous ne voulons pas exclure la Turquie de quoi que ce soit. Cela est absolument faux. Nous voulons impliquer la Turquie dans tout, mais selon cet ensemble de règles, qui sont les règles du droit international, la Grèce aimerait avoir une relation cordiale et mutuellement bénéfique avec la Turquie. Je pense que c’est une voie à suivre pour la Grèce, une voie à suivre pour la Turquie ; la voie à suivre pour tout le monde.

La nouvelle administration Biden a une grande connaissance des Balkans, une grande connaissance de l’Europe de l’Est et connait la situation sur le terrain. Nous sommes très impatients de travailler avec elle
Nikos Dendias
ministre grec des Affaires étrangères

E.K : Regardons maintenant au-delà de notre continent européen. Il y a du changement aux Etats-Unis avec une nouvelle administration. On sait qu’Erdogan a perdu un très bon ami à la Maison Blanche. Cela signifie-t-il que la nouvelle administration sera plus favorable aux intérêts de la Grèce ?

N.D : Nous ne cherchons pas les faveurs de la nouvelle administration américaine. Au sujet de l’amitié entre le président Trump et le président Erdogan, je dois dire que la Grèce n’a aucun problème avec Mike Pompéo bien au contraire. Mike Pompeo avait une grande compréhension des problèmes, de la région, et ce qu’il a essayé de faire a été reçu, je crois, de manière très positive par les Grecs.

La nouvelle administration Biden a une grande connaissance des Balkans, une grande connaissance de l’Europe de l’Est et connait la situation sur le terrain. Nous sommes très impatients de travailler avec elle ; je me répète, non parce que nous attendons des faveurs de sa part, mais parce que travailler avec des personnes qui connaissent la région sera très utile pour résoudre les problèmes existants.

E.K : Nous avons entendu à maintes reprises des responsables, des leaders de l’UE, dire qu’ils souhaitent coordonner leurs politiques étrangères avec la nouvelle administration dans cette nouvelle ère de relations transatlantiques. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

N.D : Soyons francs. C’est très important que l’Union européenne, les Etats-Unis soient sur la même longueur d’onde. Après tout, nous croyons aux mêmes règles et aux mêmes principes. Donc il est très important que nous soyons proches et malgré les différences que nous essayions de résoudre les problèmes et avancions ensemble. Il y a une profonde compréhension entre les Etats-Unis et l’Union européenne. Et je dois dire, que c’est quelque chose sur lequel nous pouvons nous appuyer.