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Covid-19 : la rééducation olfactive en aide aux victimes de Covid long

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Par Vincent Coste  & rédaction allemande
Le plaisir de sentir l'odeur d'une rose, comme ici dans un parc de Rome, en Italie, le 19 mai 2020
Le plaisir de sentir l'odeur d'une rose, comme ici dans un parc de Rome, en Italie, le 19 mai 2020   -   Tous droits réservés  Mauro Scrobogna/LaPresse lapresse

La perte de l'odorat est l'un des symptômes fréquents de la Covid-19. Dans la majorité des cas, les victimes d'anosmie causée par le coronavirus indiquent avoir retrouvé assez rapidement leur capacité à reconnaître et à identifier toutes les odeurs. Mais, parfois, ce symptôme du virus peut être persistant. Ce dysfonctionnement prolongé fait partie de la forme longue du Covid-19, qui toucherait entre 5 et 30% des patients.

Si des zones d'ombre existent encore dans les mécanismes mis en place par le virus SARS-CoV-2 pour altérer les compétences olfactives, de nombreux scientifiques s'accordent pour avancer que chez certains malades de la Covid-19, le cerveau et le système nerveux central peuvent être impactés par l'infection. Et dans le cas spécifique de l'anosmie, c'est le bulbe olfactif qui subit des troubles neurologiques.

Dans les faits, selon l'avancée des recherches, 15 à 85% de tous les patients atteints par la Covid-19 seraient victimes de troubles de l’olfaction, ainsi que la gustation (l'agueusie). Si plus de 70% des malades récupèrent leur odorat (et leur sens du goût) dans les huit jours, l'anosmie peut être observée jusqu'à 12 mois.

Pour les personnes concernées par cette forme longue, où le virus a laissé des traces, la vie quotidienne est éprouvante. Sur ce point, et plus généralement, les victimes de "Covid-long" se plaignent de leur peu de reconnaissance de leur pathologie. Face à cette situation, des collectifs s'organisent, comme #ApresJ20. La prise en charge des complications à long terme de la Covid‑19 a également fait l'objet d'une proposition de résolution à l'Assemblée nationale en janvier dernier.

L'anosmie, un handicap sensoriel et social

Un peu partout en Europe, des études sont lancées pour aider les personnes qui souffrent d'une perte de l'odorat à long terme, comme au CHU de Nice en France. En outre, certains patients souffrent également de confusion d'odeurs, la parosmie, comme le rapporte le professeur Thomas Hummel du Centre pour l'odorat et le goût de l'hôpital universitaire Carl Gustav Carus de Dresde : « Pour certains malades, l'odeur du café peut sembler soudainement "étrangement chimique" ».

La perte d'odorat est aussi une perte des repères sociaux. « Cela signifie non seulement une expérience gustative moindre lors des repas, mais aussi une perte de compétences sociales», explique le professeur Hummel. Dans nos vies, la table est l'un de nos espaces de socialisation privilégiés. Manger avec sa famille, ses amis ou de simples connaissances est un "moment social" d'importance où la nourriture est forcement centrale. Etre ainsi privé d'odorat et/ou du sens du goût est forcement handicapant, lorsque les convives échangent sur la nature du repas. Que se passe-t-il donc si toute la nourriture a simplement une odeur et un goût « fade » ?

Des pistes existent pour réduire les effets de ce trouble. Ainsi, « vous pouvez entraîner votre odorat, mais vous devez avoir de l'endurance pour cela », explique le professeur Hummel. Des installations telles que le Centre interdisciplinaire de l'odorat et du goût à Dresde aident les patients après la mise en place de diagnostic clinique et de thérapies. Ces rééducations olfactives s'organisent souvent au tour d'un nombre réduit d'odeurs.

Des odeurs de rose, d'œillet citron, pour entraîner le nez

Pour re-sensibiliser leur odorat, les patients reçoivent des parfums simples et naturels comme la rose, le clou de girofle, le citron ou l'eucalyptus à emporter chez eux. « Pour commencer, quatre parfums suffisent, le matin et le soir, une demi-minute par parfum. Il faut suivre ce processus régulièrement sur une longue période », explique le professeur Hummel. Les patients reçoivent soit des flacons d'huiles parfumées ou des huiles essentielles.

Des vidéos ont été aussi postées, en France notamment, par des spécialistes ORL pour aider les victimes d'anosmie. Ces "tutos" reposent sur le même principe, celui de sentir quatre ou cinq odeurs par jour.

La réussite de cette rééducation olfactive peut se mesurer de différentes manières. Un médecin ORL peut, par exemple, mesurer le seuil au-dessus duquel une certaine odeur est perçue. Les spécialistes peuvent aussi attester des progrès d'un patient lorsqu'il est capable d'attribuer correctement différentes odeurs à leur source. Sur ce point de réassociation, des jeux de société comme "Le loto des odeurs" peuvent être aussi préconisés.

Des initiatives ont aussi été lancées en ligne. Ainsi, en France, une association de victimes d'anosmie a mis au point une application, baptisée covidanosmie, dont l'objectif est "d’accélérer la récupération olfactive par un coaching et un suivi personnalisé du trouble de l’odorat."

L'Institut des Sciences de la Vigne et du Vin (ISVV), à Bordeaux, s'est également emparé du problème. Les défaillances de l'odorat et du goût sont en effet des plus préjudiciables pour les professionnels du monde viticole. L'ISVV a donc développé un livret d’entraînement pour sensibiliser ses étudiants aux troubles sensoriels. L'institut a également mis au point un kit olfactif pour aider à retrouver la sensibilité aux odeurs.