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Les Suisses vont interdire le port de la burqa et du niqab

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Par euronews avec AFP, AP
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Monika Ruegsegger-Hurschler, membre du conseil national et du parti UDC qui a proposé l'initiative sur l'interdiction de dissimuler son visage dans les lieux publics, 7/03/21
Monika Ruegsegger-Hurschler, membre du conseil national et du parti UDC qui a proposé l'initiative sur l'interdiction de dissimuler son visage dans les lieux publics, 7/03/21   -   Tous droits réservés  Peter Klaunzer/AP
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En pleine pandémie de Covid-19, la votation en Suisse sur l'interdiction de dissimuler son visage dans les lieux publics pouvait ressembler à une mauvaise blague... Mais non.

Les Suisses se sont divisés sur la question, mais ont finalement voté oui à 51,2 %. Le texte était proposé par le parti populiste de droite UDC et visait clairement le port de la burqa et du niqab.

Pour les uns, il s'agit de sauvegarde de la culture suisse, de la défense des femmes, d'envoyer un signal contre l'islam radical, pour les autres, c'est islamophobe et sexiste.

"Dans l'ensemble, bien sûr, il était question du voile. Dans notre culture, on montre son visage, parce que le voile enlève la personnalité de celle qui est couverte. Cela n'a pas sa place dans notre culture. C'est contre nos valeurs fondamentales, contre notre système social", a expliqué Walter Wobmann, membre du Conseil national et de l'Union démocratique du centre UDC, le parti populiste à l'initiative du texte.

Andrea Caroni, membre du Conseil national et du parti libéral FDP, s'opposait au texte :

"Nous avons un pays très inclusif, nous avons les moyens d'accueillir les gens et de les intégrer dans notre société. Nous avons aussi les moyens de faire la police quand les gens ne respectent pas les règles. Mais ce genre de solutions bidons à des problèmes bidons, où l'on choisit quelques femmes inoffensives et on leur dit quels vêtements porter ... J'espère qu'on en parlera plus."

La Suisse rejoint donc la France, l'Autriche, la Bulgarie, la Belgique et le Danemark, après des années de débat, bien que peu de femmes portent le voile intégral dans le pays, à l'exception de riches touristes venues faire les boutiques de Genève ou Zurich.

Selon les chiffres de l'Office des statistiques de 2019, environ 5,5% de la population suisse est musulmane, essentiellement avec des racines en ex-Yougoslavie, où cette tradition vestimentaire est absente.

Isabelle Pasquier-Eichengerger, représentante des Verts au Conseil national, a dénoncé l'absurdité de l'initiative et son usage abusif :

"Si on a la chance en Suisse, de pouvoir proposer de nouvelles lois et de les faire inscrire dans la constitution, alors il faut l'utiliser à bon escient et pour des choses qui en valent la peine. Ici, on a voté pour un texte qui concerne une trentaine de femmes. Donc, c'est vraiment un usage démagogique de ce droit d'initiative populaire et c'est en ce sens-là que nous le dénonçons. Ce mauvais usage d'un droit est un moyen d'ostraciser une communauté qui est extrêmement bien intégrée ici en Suisse".

Le gouvernement fédéral et le parlement s'opposaient aussi à cette mesure qualifiée "d'excessive et de contraire aux intérêts touristiques du pays".

Des groupes musulmans ont condamné le vote et ont promis de le contester.

En 2009, les Suisses avaient déjà voté l'interdiction de la construction de minarets sur les mosquées, provoquant la colère dans les pays musulmans et l'approbation des partis nationalistes européens.

Peu après le vote dimanche quelque 150 manifestants, essentiellement des jeunes, s'étaient rassemblés contre l'initiative à Berne.