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Football : la Super League fait un super bide

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Par Vincent Coste
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Capture d'écran du site web de la "Super League"
Capture d'écran du site web de la "Super League"   -   Tous droits réservés  2021 EUROPEAN SUPER LEAGUE COMPANY, S.L.

La fronde des "Big six", les cadors du football anglais, n'aura duré que 48 heures. Dans la nuit de mardi à mercredi, tour à tour, Manchester City, Chelsea, Arsenal, Tottenham, Liverpool et Manchester United ont annoncé qu'ils se retiraient, finalement, du projet de "Super Ligue européenne" (European Super League, ESL).

Et quelques heures plus tard, l'Inter Milan et l'Atlético de Madrid ont également jeté l'éponge. Les deux clubs ont été suivis quelques minutes plus tard par l'autre formation lombarde, le Milan AC, qui n'a, toutefois, pas formellement annoncé son départ. De son côté, la Juventus reconnaît dans un communiqué que la Super League ne se ferait pas dans sa forme initialement conçue, mais le club reste convaincu de "la validité des aspects sportifs" du projet.

Un projet qui a littéralement explosé en quelques heures

Des "12 traîtres" selon l'expression du président de l'UEFA, Aleksander Čeferin qui avait fustigé cette tentative de putsch sur le football européen, seuls deux clubs espagnols et un club italien sont encore partie prenante de cette initiative qui tourne au fiasco.

Une première brèche s'est produite côté espagnol, ce mercredi en fin de matinée, avec l'officialisation du retrait de l'Atlético de Madrid. Pour l'heure, le Real Madrid et le Barça sont toujours en lice.

Côté italien, si l'Inter s'est clairement positionné en indiquant son retrait du projet de la Super League, l'AC Milan est plus mesuré. Le club rossonero a toute fois pris acte du rejet unanime de la part des supporters.

"Les voix et les inquiétudes des supporters dans le monde entier par rapport au projet de Super Ligue ont été fortes et claires et notre club doit rester sensible et attentif à l'opinion de ceux qui aiment ce sport merveilleux", a expliqué l'actuel second de la série dans son communiqué.

La Juve a, elle, indiqué rester "convaincue du bien-fondé des hypothèses sportives, commerciales et juridiques"

En Angleterre, les six clubs impliqués dans le projet ont été les premiers à faire machine arrière. La décision de faire sécession avait été très mal perçue par les supporteurs, les instances du football anglais et le gouvernement de Boris Johnson. Plus de 1 000 fans de Chelsea avaient par exemple manifesté leur colère ce mardi devant Stamford Bridge, le stade de Blues.

AP Photo/Matt Dunham
Les supporters de Chelsea affichant leur colère devant le stade de Stamford Bridge à Londres, le 2021 avrilAP Photo/Matt Dunham

Chez les joueurs des clubs concernés par le projet, l'opposition était également de mise. Notamment à Liverpool où un communiqué collectif avait été posté par plusieurs membres de l'équipe, à l'image du capitaine des Reds, James Milner.

Et l'un des points de bascule a été la volonté affichée par les autorités du football, appuyées par le 10 Downing Street, d'exclure les "renégats" de la Premier League, le championnat anglais.

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Slogan affiché sur les grilles du stade d'Anfield par des supporters de Liverpool, le 20 avril 2021Jon Super/Jon Super

Ce mercredi matin, le Premier ministre britannique a d'ailleurs salué la décision des clubs anglais. "Nous devons continuer à protéger ce sport national qui nous est cher " a également indiqué l'ancien maire de Londres.

La mobilisation des fans de football aura donc payé outre-Manche, il n'y aura donc pas de mini-Brexit à l'échelle du football du Vieux Continent.

"Nous avons fait une erreur, et nous nous en excusons", a confessé, par exemple, Arsenal dans son message posté sur les réseaux sociaux. Ce mercredi, le propriétaire du club de Liverpool, John W Henry, a, lui, présenté ses excuses aux supporters des Reds.

Même son de cloche du côté de Manchester United, où Joel Glazer, copropriétaire du club, a présenté, lui aussi, ses excuses aux supporters des Red Devils

La Super League "en stand-by"

Quelques heures avant l'annonce du retrait des clubs anglais, Florentino Pérez, président du Real Madrid et principal instigateur de cette Super League, affichait encore tout son optimisme dans les colonnes du quotidien sportif français L'Equipe. Mais le rétropédalage des clubs qui se sont retirés à emporter tout l'édifice. "Le produit" censé "sauver le football" avec la perte de ses principales têtes de gondole n'a plus le même poids économique et médiatique.

L'annonce de la création, dimanche soir, de cette ligue privée et quasi fermée, avait provoqué un véritable tremblement de terre sur la planète foot. Les 12 fondateurs de cette ESL, sans doute mort-née, n'avaient visiblement pas pris en compte l'attachement des fans du ballon rond à l'histoire et à la culture de leur équipe de cœur.

Et dans la nuit de mercredi à jeudi, dans un entretien à la radio espagnole Cadena Ser, Florentino Pérez a déclaré que le projet de Super League était "en stand-by", mais "qu'il existe toujours", comme l'atteste son site web qui est toujours accessible et qui n'a pas été mis à jour depuis le désistement de la majeur partie des clubs impliqués.

Eu outre, le président du Real a assuré que "la Juventus et l'AC Milan ne sont pas partis" et que le Barça "est toujours dans le projet", ajoutant "nous sommes tous ensemble, on réfléchit, on travaille".

Florentino Pérez, l'une des éminences grises du projet, s'est également défendu en dénonçant "l'agressivité" du "président de l'UEFA et des présidents des championnats nationaux", affirmant que l'objet de la Super League n'était que de "simplement de sauver le football". Il a également réitéré des arguments économiques pour expliquer la démarche en expliquant que "ce n'est pas possible que les grosses équipes perdent de l'argent et les petites en gagnent". Celui qui avait été désigné comme président de la Super League a aussi "blâmé" un club anglais, sans le nommer, pour avoir communiqué son scepticisme aux cinq autres. Ce qui a conduit, au final, au retrait de l'ensemble des Big six, selon Florentino Pérez.

Ce mercredi, Aleksander Čeferin s'était, lui, réjoui de cette cascade de volte-faces. Pour le président de l'instance européenne du football, "l'important maintenant est d'aller de l'avant, de rebâtir l'unité dont ce sport jouissait auparavant, et d'avancer ensemble".

Se pose maintenant la question de savoir si des sanctions contre la "bande des 12" vont être prises, tant au niveau national, par les instances organisant les championnats dans lesquelles ces équipes évoluent, qu'au niveau européen. Ainsi, les conséquences de cette rocambolesque croisade seront-elles au programme de la prochaine réunion du comité exécutif de l'UEFA prévue ce vendredi ?